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29 Mai 2012

Ulver

Childhood's End

par Florent Canepa

Il est très étonnant qu’un groupe comme Ulver décide de faire paraître un disque composé de reprises. On ne pourra jamais reprocher aux Norvégiens de manquer de créativité pour leurs musiques originales, tant la carrière du groupe est jalonnée d’expressions diverses, aussi riches dans leur réalisation que dans les styles abordés, du black au folk jusqu’aux confins de l’art rock. Childhood’s End est donc un trip: un voyage régressif consenti dans la musique de la fin des années soixante, déjà plus psyché que rock. Des Byrds à Jefferson Airplane pour les connus jusqu’aux plus pointus Beau Brummels, espèce de crypto Beatles ou encore Music Emporium qui n’a offert qu’un introuvable album en 1969, puis s’en est allé.

Ulver nous fait plonger la tête la première dans cette abondance rêveuse avec la maestria d’un guide touristique inspiré. Le groupe n’a pas décidé de raconter, il incarne. Il réussit le tour de force d’ancrer ces morceaux dans leur temps, sous le sceau du respect, sans les dater trop pour autant. La simplicité désarmante de ritournelles douces et graves (« Today », « Magic Hollow »), la festivité inhérente aux accents surf rock (« Street song » ou « I had too much to dream last night » des Electric Prunes, à renfort de claps), la générosité liturgique pop (« Where is yesterday »): tout est là pour immerger l’auditeur. A chaque instant, guitares acoustiques et orgues sont savamment produits comme aujourd’hui, mais fidèles à hier.

Comme si le groupe voulait montrer que c’est bien là qu’est né le rock. En tous les cas, leur rock. Pas celui des yéyés, celui du LSD. Pas « I wanna hold your hand », mais « Tomorrow never knows ». Plaisir enfantin, on ne peut monter qu’avec entrain sur ces carroussels lumineux, sans finalement trop se poser de questions. Le groupe imagine sans doute implicitement une vertu éducative à ces seize titres, comme des parents qui apportent à leurs enfants leurs premières impressions auditives. Dans une interview, Garm, chanteur et tête pensante dit, un peu effrontément, qu’il n’y a finalement rien eu de nouveau depuis les années quatre-vingt dix. On comprend alors sa volonté de se tourner vers le carrefour musical qu’ont vécu ses parents. Après tout, ce croisement - des 13th Floor Elevators présents ici et ayant été les premiers à offrir l’adjectif psychédélique à leur musique, à George Harrison, figure l’incarnant pour la masse - vous et nous fait sans doute un peu lire ces pages aujourd’hui. Le loup n’est donc pas solitaire : dans sa tête tournent des esprits dansants d’une autre époque auxquels il repense, nostalgique et jouisseur.

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