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09 Mai 2012

Meshuggah

Koloss

par Christophe Manhès

Colossal. Voilà par quel adjectif on a facilement envie de commencer cette chronique. Un jour peut-être, le monde de la musique, que ce soit la « grande » ou la « petite », l’impétueuse ou la simple, peu importe, eh bien ce monde-là prendra conscience de la dimension d'un groupe tel que Meshuggah. Car au-delà de la nature peu rassembleuse qu’est le metal extrême et son iconographie souvent caricaturale, ces Vikings à l'allure peu amène, habitués à mener leur Drakkar sur les eaux tapageuses du Styx, sont avant tout d’incroyables esthètes qui travaillent le langage « metallique » comme un art majeur. Pour tout amateur de musique convaincu qu’il n’existe pas de mauvais genres mais seulement de mauvais artistes, la discographie de Meshuggah démontre qu’entre les Élégies anciennes et Led Zeppelin, nos « barbares » ont trouvé leur place au Panthéon des plus grands. Et ce Koloss en clé de voûte de leur répertoire.

Septième album studio du groupe après un déjà immense ObZen, Koloss est un pur digest du génie de Meshuggah auquel il sera difficile de retrancher la moindre particule. C’est une combinaison hallucinée de rigueur et de fiel relevée de mille détails qui donnent à sa matière fuligineuse un lustre ensorcelant. Des solos plus troublés que jamais de Thordendal au travail de forgeron auguste de Thomas Haake, l’album délivre une ampleur quasi cinématographique (tentez le fabuleux « Swarm ») et avance de manière implacable. On part du liminaire et excellent « The Demon’s Name Is Surveillance » pour clôturer sans jamais faiblir, bien au contraire, sur le phénoménal « Demiurge » et sa détrempe « The Last Vigil ».

On a rarement l'occasion d'entendre dans le metal une telle cohésion au service de maléfices dépassant largement le cadre restreint de la musique de genre. Doté d’un son monumental qui nous propulse directement entre les lames de fond, Koloss est une œuvre fascinante au langage unique et maîtrisé. De la violence du chaos, Meshuggah tire un suc opulent d’un magnétisme absolument effarant auquel il faut savoir goûter. Car, comme dit le poète, s’il devait n’en rester qu’un, ce serait celui-là.

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