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23 Avril 2012

Arjen Anthony Lucassen

Lost In The New Real

par Renaud Besse Bourdier

Vingt-et-unième siècle. Un homme, au bord de la mort, est cryogénisé pour survivre. Des centaines d'années plus tard, il se réveille et découvre un nouveau monde. Un monde différent, déroutant, presque irréel : un monde dans lequel rien n'arrête le progrès.

Pas de doute, avec un concept aussi perché, nous avons bien affaire à Arjen Lucassen, chef d'orchestre du projet culte Ayreon. Mais cette fois-ci, point de troubadours tels que Daniel Gildenlöw, Mikael Åkerfeldt, James Labrie ou Anneke Van Giersbergen, non, cette fois, Lucassen a voulu se lancer un défi et retenter l'expérience de l'album solo, dix-neuf ans après son premier (qui ne fut franchement pas un succès). Pour le meilleur, ou pour le pire ?

Musicalement parlant, un peu des deux. Le Hollandais a voulu puiser dans des influences moins metal qu'à l'accoutumée, ce qui apporte une énergie nouvelle à sa musique, mais qui déplaira certainement à une partie des fans. Mis à part ce léger adoucissement, Lost In The New Real reste fidèle au style d'Arjen Lucassen, avec des mélodies folk et des flûtes à tout va, des claviers dégoulinants de kitsch et des solos harmonieux. Pour autant, le résultat reste franchement inférieur à la richesse musicale de The Human Equation, Into The Electric Castle ou encore de 011011001, et c'est bien dommage.

Attention cependant à ne pas s'arrêter là et oublier qu'il y a un deuxième disque ! Outre quelques morceaux bonus à l'intérêt limité, on y trouve des reprises de grands noms du rock qui méritent notre attention. Cela va de la puissance mécanique de « Welcome To The Machine » de Pink Floyd à l'atmosphère folk de « Battle of Evermore » de Led Zeppelin, en passant par la douceur d'une reprise de « Some Other Time » d' Alan Parsons Project. L'album se conclut en beauté sur « I'm The Slime » de Frank Zappa, et Arjen Lucassen montre à tout le monde que même en reprenant des classiques, il garde un style très unique.

Mais parler d'un tel album sans s'attarder sur le texte et la narration, ce serait faire offense à son créateur. Lost In The New Real bénéficie en effet d'un concept bien exploité qui s'inspire sans aucune retenue des écrits de Philip K. Dick, George Orwell et Aldous Huxley : le héros de l'histoire découvre un monde où la population est constamment surveillée, où la musique est générée par des ordinateurs à partir de nos cerveaux, où les riches vivent vieux et les pauvres sont interdits de se reproduire...un monde où les univers se mélangent, et où le réel en devient immatériel, incompréhensible et illusoire. Et qui de mieux pour y guider notre héros que le Replicant du film culte Blade Runner ? Avec l'aide de l'acteur Rutger Hauer qui joue le rôle du narrateur, Lucassen ne se limite pas à imaginer un futur dystopique, il dresse un reflet alarmant de notre société actuelle en faisant écho aux lois SOPA et ACTA, aux progrès de la science moderne et à l'informatisation de notre réalité.

Rutger Hauer résume le tout en quelques mots : « Orwell wasn't a bad guy. He was HOT, and he was ON... »

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