:|
29 Mars 2012

Shining

Live Blackjazz

par Jean-Philippe Haas

Si les astronomes prédisent aujourd’hui avec précision les éruptions solaires et la trajectoire des comètes, les acousticiens n’avaient, eux, certainement pas prévu la collision entre le jazz et le metal industriel extrême. L’énergie de l’impact a donné naissance à une singularité nommée Shining, dont l’une des manifestations, Blackjazz, a surpris toute la communauté musicale en 2010, malgré nombre de signes avant-coureurs depuis le début du siècle. Il restait encore à vérifier si cette anomalie phonique pouvait donner lieu à des émanations dans l’univers physique connu. L’hypothèse est désormais confirmée avec la sortie de Live Blackjazz, qui a pénétré notre système sonore le 11.11.11.

A la fois sinistre et violente, envoûtante et par moments d’une malsaine grandiloquence, la musique de Shining ne saurait se traduire par un concert ordinaire. Assister à un spectacle des Norvégiens s’apparente plutôt à une séance de sismothérapie menée par l’omnipotent Jørgen Munkeby, aussi effrayant lorsqu’il beugle que lorsqu’il maltraite, toujours avec virtuosité, sa guitare ou son saxophone. Les spectateurs sont immédiatement pris à la gorge avec l’emblématique « The Madness and the Damage Done ». Tout Blackjazz ou presque va ainsi déferler sur la foule, y compris une reprise de « 21st Century Schizoid Man ». In The Court of The Crismon King fut d’ailleurs considéré lui-même comme un album extrême à sa sortie, pour certains le premier disque de heavy metal. Si King Crimson était né dans les années deux mille, ce titre aurait peut-être ressemblé à la « chose » qu’en a faite Shining. Les fans de la bande à Fripp apprécieront... Ou pas.

Syncopé et épileptique, à l’instar de la musique, le montage du DVD n’offre visuellement que peu de répit. L’utilisation intempestive du stroboscope et d’effets de lumière agressifs ne facilitent guère le visionnage sur écran, et l’on s’imagine alors très bien ce qu’il a dû en être pour le public présent ce soir-là au Rockfeller Center Hall d’Oslo. Et bien que les quinquagénaires qui ont vu naître le progressif ne représentent qu’une faible partie de l’assistance, on se demande tout de même comment leurs enfants ont survécu à cette débauche de son et de lumière. La plupart d’entre eux ont pourtant l’air de jouir du spectacle... Toutefois, à moins d’être un admirateur inconditionnel du groupe – ou parfaitement masochiste – il n’y aura pas de honte à se contenter de la version CD.

Shining franchit un nouveau palier, celui de la matérialisation quadridimensionnelle de son art. Munkeby n’a-t-il pas désormais atteint les limites de son entité musicale ? Sous quelle nouvelle forme celle-ci va-t-elle bien pouvoir s’exprimer à l’avenir ? Y a-t-il quelque chose après Live Blackjazz ?

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir