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16 Mars 2012

Druckfarben

Druckfarben

par Pierre Wawrzyniak

Quelle idée, un nom pareil ! Un groupe de metal allemand ? Du post-electro-indus-noisy-grunge à rouflaquettes, du crado rockabilly déprimant ? Non ! Druckfarben est un groupe de progressif symphonique pur jus, qui a le bon goût d’échapper aux écueils traditionnels du genre. Point d’approximations de jeu douteuses, nulles compositions poussives aux motifs mélodiques redondants, pas de nappages de claviers baveux…

Mais alors... "Pourquoi ce nom ?", s’exclame en chœur le CCPHFNGPS (Comité de Contrôle de la Portée Heroic-Fantasy des Noms de Groupes de Prog Symphonique), en mordillant nerveusement leurs casquettes Pendragon… Et la réponse est à la fois simple et désarmante : deux des membres du groupe ont un jour découvert, à proximité de leurs locaux de répétition, de vieux bidons poussiéreux et pleins, sur lesquels trônait une inscription aussi inquiétante qu’à consonance germanique : Druckfarben.

La musique savamment distillée par ce quintet canadien (de Toronto) est un melting pot jubilatoire de symphonisme à la Yes, Genesis, ELP ou Gentle Giant et de jazz-rock hyper technique, rivalisant sans peine avec le meilleur de la fusion seventies (Dixie Dregs et Bill Bruford en tête). Bien que l’œil semble irrémédiablement braqué sur le rétroviseur, la fraîcheur de ce premier album lui ouvre les portes de la modernité : entre un niveau de jeu prodigieux de la part de tous les instrumentistes sans exception, une prise de son plus qu’honorable, des compositions intelligentes guidées par le palpitant, et un éclectisme d’arrangements constant, l’objet passionne et fait voyager.

Les architectures déployées par la section rythmique perpétuent la tradition d’érudition, de finesse et de groove instaurée par le duo Bill Bruford/Chris Squire sur les premiers Yes. Et de fait, nos cinq compères en ont bouffé, du Yes, du Rush, du Crimson. Car Druckfarben fut longtemps un tribute band, s’appliquant de façon millimétrique à rendre honneur à Close To The Edge, Awaken etc. L’un des atouts les plus conséquents du groupe est la voix d’or de Phil Narro, vieux routier du circuit rock et hard, ayant officié chez les metalleux de Talas avec Billy Sheehan. Il porte l’album par ses mélodies sinueuses, prolongement logique des compositions les plus intéressantes de Jon Anderson.

Composée de neuf titres aux durées raisonnables (sept minutes trente max), co-écrits par Ed Bernard et Narro puis arrangés collectivement, la galette n’assommera pas l’auditeur et ne sombre jamais dans le remplissage. Le climax de l’album est atteint avec « Nonchalant », un titre folk et hippy où mandolines, violons et chant communient dans une envolée cosmique et savante, servie par un dialogue guitare-clavier passionnant.

Il plane sur ce premier album de Druckfarben une odeur de classique instantané…

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