:|
21 Février 2012

Ruins Alone

Ruins Alone

par David Ree

Bien qu’il n’ait pas toujours été seul dans son délire, Yoshida Tatsuya apparaît, depuis son avènement en tant qu’homme orchestre, plus que jamais comme le macaque furieux animateur d’un festival post-apocalyptique se déroulant sur ce que nous allons décrire, pour les besoins de la contextualisation, comme les ruines de l’humanité et de son riche patrimoine culturel. Valses, accordéon, ballades de crooner, bonnes mœurs… tout cela a été sauvagement balayé dans l’intervalle d’un souffle nucléaire épique accompagné de rafales de batterie-mitrailleuse et de multiples instances de vociférations du bestiaire de la démonologie nippone.

En cette terre ravagée, la tempête succède à la tempête, hyperactivité du maître des lieux oblige. La grande diversité des moyens déployés n’a comme unique fin que le vertige éprouvé en plein élan d’une course supersonique vers l’infinitésimal, le sommet du spectre sonore et le déchaînement chaotique de tous les éléments naturels. Si l’on n’y décèle aucun chemin logique ni de projet à long terme, l’exercice n’a pas pour autant la spontanéité propre à l’improvisation pure. La musique de Ruins, préméditée et construite, trouve son impulsion initiale dans un segment unitaire, presque atomique, qui ne fait sens qu’à travers la répétition (construction horizontale du motif) et une stratification totalement dérégulée (arrangement vertical de la séquence), une combinaison par moments explosive et quelquefois jouissive dans les mains d’un savant fou pour qui la folie la plus extravertie constitue la vertu suprême.

Parce que trop dépendant du processus de création décrit plus haut, celui qui voulait s’affranchir de certaines limites se trouve conditionné par d’autres, structurellement impossibles à surmonter en l’état. Ces plans, ces schémas – peu importe leur appellation – fondamentaux ne laissent qu’un souvenir éphémère à l’esprit en quête d’un effort soutenu de longue haleine et visionnaire au-delà de l’instant présent. À trop entretenir le culte de la convergence vers une direction unique sans construire sur la durée autrement que par une déclinaison infinie d’un matériau simple et/mais sans grande valeur intrinsèque, Ruins ne parvient pas à atteindre, par exemple, la richesse et la profondeur de sa plus grande source d’inspiration, initiateur du mouvement Zeuhl qui, lui, savait à certains moments paraître atone pour user en réalité de mëkanïsmes dynamiques d’une intensité sans égal.

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir