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21 Août 2005

JPL

JPL III - Cannibales

par Florian Gonfreville

Le son, le sens de la progression, les mélodies et l’écriture rappellent étrangement Nemo. Et pour cause : comme les amateurs de rock progressif francophone le savent bien, Jean-Pierre Louveton est l’un des moteurs qui animent ce bathyscaphe musical. Avec ce troisième album solo, le guitariste-chanteur apporte-t-il quelque chose de neuf ?

Si l’on considère le fait que Louveton signe les textes et une relative majorité des musiques de Nemo, que ce JPL III accueille Guillaume Fontaine aux claviers et qu’il est produit par Olivier Soumaire, responsable habituel – avec un certain savoir-faire – du son Némo, il devient alors très facile de rendre à ce disque sa filiation naturelle : les gènes se révèlent toujours. Attachons-nous alors à ce qui change ! 

Facette plus intimiste du musicien, ce Cannibales lui permet de s’exprimer sur des thèmes qui ne sont traditionnellement présents qu’en filigrane dans la discographie de son groupe d’origine : la terreur provoquée par la fuite en avant, irraisonnée, de l’espèce humaine, les méfaits de la civilisation, la peur de l’autre qui a peur de soi, la perte du contact et du contrôle de sa vie. Jean-Pierre Louveton est un homme en quête de sens, qui a une drôle de confiance dans l’avenir ! Il s’engage et dénonce – c’est le seul thème de ce disque -, et très souvent un « ils » qui manque peut-être de définition pour être bien tangible. L’essentiel, cependant, reste la dénonciation, même un peu maladroite, même sans propositions alternatives : qui s’en plaindra ? Elle n’est jamais inutile.

La forme se veut aussi un peu plus metal, un peu plus guitare que ce que Nemo propose habituellement et partant, moins exotique au sens propre du terme. On y retrouve cependant les défauts inhérents à son chanteur : un léger manque de justesse et d’aisance dans le chant bien que ce dernier soit toujours aussi expressif, quelques réflexes récurrents d’écriture et un style qui progresse trop lentement d’album en album pour offrir une réelle innovation, même si la progression dans la maîtrise de l’art se sent tout à fait.

Rayon nouveautés – il en existe tout de même quelques-unes – comptons une voix un peu plus produite, et quelques trouvailles sonores qui donnent plus de champs aux ambiances. A côté de cela, pour ne pas déboussoler l’auditeur, on retrouve toujours avec plaisir ce sens de la progression et cette maîtrise du crescendo particuliers, quelques solides lignes de chant comme de chœurs et la complexité rythmique, en plus d’un son de guitare bien consistant.
Enfin, en plus du plaisir habituel procuré par les productions Quadriphonic, de nouveaux musiciens apportent leur savoir-faire. Parmi ceux-ci, Manu Defay, bassiste de Ph7, mais aussi plusieurs guitaristes dans un titre assez particulier : « Guest Star War », qui s’improvise champs de bataille instrumentale entre des habitués de Progressia : David ‘Lixir’ Soltany, Laurent ‘Jolan’ Restencourt et Davy Ho Thong (Indescent, endorsé Ibanez) ! Le niveau des plans qui y sont échangés s’avère tout à fait intéressant.

Certes, "dans son biz’, pas d’rival" : Jean-Pierre Louveton en Cannibal persévère dans la voie Némo, originale et personnelle : juste assez d’Ange pour revendiquer l’héritage français, mais assez de Némo pour faire son propre chemin. Et assez de Louveton pour savoir le faire seul, finalement. Certes aussi, il reste ces tics dans l’écriture, l’assurance manque régulièrement au chant et, hors le propos plus personnel, cet album se détache peu de la discographie du Capitaine Personne. Ce JPL III – Cannibales n’apporte ainsi pas beaucoup de nouveauté, mais on sait désormais que ni Louveton ni Nemo ne sont adeptes du bouleversement, que les étapes se franchissent paisiblement : pas de révolution à en attendre, donc. Ce qui fait aussi de cet album, d’une certaine manière, un produit sûr.

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