:|
25 Novembre 2011

Eldritch

Gaia's Legacy

par Jean-Philippe Haas

Second couteau d’une scène popularisée par Dream Theater, Eldritch a produit dans les années quatre-vingt-dix trois disques qui, s’ils ne sont pas d’absolus incontournables, ont généré un vif intérêt auprès des aficionados du genre : Seeds of Rage, Headquake et El Niño. Basé sur le documentaire d’Al Gore, Une vérité qui dérange, qui traite du réchauffement climatique, Gaia’s Legacy est annoncé comme un retour aux sources, après une parenthèse (!) d’une douzaine d’années dédiée à un thrash plus ou moins sophistiqué.

Les intentions d’Eldritch ne font aucun doute. Gaia’s Legacy s’ouvre comme El Niño : une courte mise en bouche instrumentale donne le ton, suivie d’un titre très rythmé, puissant et accrocheur, au refrain facilement mémorisable. Bien que le son soit naturellement plus rude que dans les années quatre-vingt-dix, la musique est reconnaissable entre mille, grâce au chant de Terence Holler et à la guitare d’Eugene Simone. « Deviation » et « Thinning Out » rappellent ainsi les heures glorieuses des Italiens… et du regretté label NTS.

Mais là où les premiers faits d’armes de l’escouade étaient à la fois denses et aérés, ménageant de l’espace pour d’épiques duels instrumentaux tout en jouant habilement avec les ruptures, Gaia’s Legacy ne propose qu’un mur sonore assez uniforme, difficile à digérer sur la durée. Les douze titres tentent maladroitement de compiler deux tendances qui s’affrontent, sans que l’inspiration, à quelques exceptions près, ne soit réellement au rendez-vous. L’album se cherche, entre thrash évolué (« Everything’s Burning », « Like A Child »), et heavy aux tendances vaguement progressives (« Signs », « Thoughts Of Grey »). Recruté aux claviers, Gabriele Caselli se démène pour se faire entendre mais, sans nostalgie de mauvais aloi, son jeu n’a pas de commune mesure avec les parties de bravoure d’Oleg Smirnoff, parti végéter un temps dans Death SS et Vision Divine, pour disparaître de la circulation au milieu des années deux mille. Son absence est-elle pour quelque chose dans le peu de relief du disque ? Ou faut-il plus probablement l’imputer à un recours exagéré à l’auto-citation ?

S’il était sorti quinze ans plus tôt, Gaia’s Legacy aurait peut-être provoqué un certain émoi dans la niche métal progressif. Aujourd’hui, ce n’est qu’un album de plus, certes honnête, à ranger dans un style qui semble définitivement voué au psittacisme. Un retour en demi-teinte, au grand dam de ceux qui espéraient encore quelque chose de leurs petits chouchous italiens.

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir