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09 Novembre 2011

Gens de la Lune

Alors Joue !

par Jean-Philippe Haas

Alors qu’Ange, piloté par Christian Décamps, a négocié le virage du vingt-et-unième siècle sous un nouvel angle, Francis a repris l’esprit originel du groupe là où lui et son frère l’avaient laissé dans les années quatre-vingt-dix. Avec ses Gens de la Lune et leur premier disque, il remporte son pari, rivalisant presque avec ce qu'Ange a pu composer de meilleur dans ses périodes les plus fastes. Quelques petits changements de personnel plus tard, Alors joue ! tente de donner un digne successeur à cette brillante entrée en matière.

Le jeune Cédric Mells a remplacé Gérard Jelsch à la batterie, tandis que James Kaas cède la place à un vieux routard de la basse, Farid Boubrit. Ils rejoignent ainsi le noyau dur composé de Francis Décamps aux claviers, Damien Chopard à la guitare et Jean-Philippe Suzan au chant. Le groupe n’a rien perdu de sa superbe - du moins en terme d’habileté – même si les pinailleurs diront que la frappe ri(et vi)goureuse de Cédric Mells est un tantinet moins subtile que celle de son prédécesseur.

Alors joue ! est un voyage, huit escales sous l’œil de Sérénis, Grande Déesse de la Sagesse. Un périple aux thèmes multiples : pouvoir, apparences, argent… Théâtrale à outrance, la musique de Gens de la Lune n'a aucun complexe et ne craint pas d'user de toute l'emphase nécessaire, dès l’invitation à l’aventure d’« Alors Joue ! ». Décamps et Suzan manient seuls les commandes et les compositions souvent grandiloquentes du premier sont ornementées par le savoureux maniérisme du second : des conteurs possédés par des récits qui prennent régulièrement des allures épiques (« Quel désastre ! », « Le meilleur pour la fin »). Mais les cinq saltimbanques, loin de se complaire dans cette débauche d’effets, savent aussi faire preuve de simplicité (« Je te laisse ») ou de sobriété (« Hypocrite et comédien ») lorsque cela est nécessaire à leur propos.

Les fidèles des frères Décamps se délecteront de l’interprétation affectée de cette pièce tragique, des claviers parfois désuets et du décorum délicieusement suranné. Saisissement garanti sur scène. Gens de la Lune avait ravi les nostalgiques de l’« ancien » Ange. Alors joue ! continue d'entretenir avec brio cette flamme un peu tremblante mais qu'aucune bourrasque n'a encore réussi à souffler.

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