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02 Novembre 2011

Camembert

Schnörgl Attahk

par Jean-Philippe Haas

Puisque le patronyme FFF est à nouveau disponible, agrémentons-le d’un F supplémentaire et utilisons-le pour nommer le dernier-né des sous-genres du prog’ : la Funny Funk Fusion Fromagère. Camembert en est le géniteur, et son album Schnörgl Attahk, le vecteur.

Comme toute œuvre aux influences progressives qui se respecte, un concept anime ce premier long-métrage des Alsaciens : une sombre histoire d’extra-terrestres stupides voulant envahir la Terre et mis en échec par un vaisseau spatial en forme de camembert (matérialisé par un joli CD à croûte fleurie, naturellement…). Sans entrer dans les détails, la mythologie créée par le groupe et les visuels de Paolo Botta qui l’accompagnent procèdent d’un humour typique des artistes décomplexés des années soixante-dix tels Frank Zappa ou Gong. La musique du sextuor possède d’ailleurs un cousinage certain avec ses aînés, bien que les percussions (vibraphone, xylophone,…) de Fabrice Toussaint et la harpe de Guillaume Gravelin donnent une touche véritablement unique.

Malgré le brin de folie et l’humour décalé qui habitent l’album, les compositions sont très écrites et ne laissent strictement rien au hasard, y compris sur l’hystérique « Soif ! », grand n’importe quoi factice qui ne laisse guère entendre qu’une paire de W (Walter et Wawrzyniak) mène la barque avec une précision rythmique redoutable. Le disque exhale le Roquefort in Opposition tout en prenant ses distances. Grooves ensoleillés et rythmes cuivrés façon vieille série américaine succèdent à des atmosphères faussement dramatiques et autres montées en puissance. En bref, Huggy Les Bons Tuyaux sous acide croise Joe Mannix en Jamaïque.

Les premiers titres sont tirés de l’EP Clacosmique, et ont été reliftés et siliconés pour l’occasion. Très scénarisées, les nouvelles compositions usent de nombreux effets cinématographiques. Tandis que « Le meurtrier volant » évolue avec lenteur, en tissant des ambiances étranges, inquiétantes, « La danse du chameau » fait preuve de plus de faconde : les instruments se passent le relais pour illustrer toutes les péripéties de l’aventure, en particulier sur « The Final Run » où chacun va connaître son petit moment de gloire lors du grand feu d’artifice qui referme Schnörgl Attahk.

S’il fallait recommander un album à la fois ambitieux et accessible pour s’initier à l’univers parfois hermétique d’AltRock, Schnörgl Attahk serait celui-là. Moulé à la louche, avec beaucoup d’amour et de conviction, ce disque inventif sans être prétentieux redore un peu le blason des musiques progressives à la française.

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