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04 Octobre 2011

Steve Hackett

Beyond The Shrouded Horizon

par David Ree

À l’heure où les présentateurs de la météo musicale ne jurent que par d’énormes basses envahissantes estampillées PHAT, la mise en scène d’une apparition céleste est en soi acte d’opposition. L’audiophile branché, adepte du casque Beats, s’attendrait à sentir le sol bétonné vibrer sous ses pieds, se laisser porter par ses pulsions souterraines. Faire monter la sauce, bottom-up, jusqu’à atteindre in fine le septième ciel, terminus du processus de transe.

À charge pour lui de renoncer à cette volonté proactive de puissance ascendante afin de laisser descendre sur soi tout l’art de Steve Hackett, on ne peut plus authentique dans ce nouveau chapitre si bien nommé. Les taxonomistes auront beau l’inscrire dans le grand livre du rock mélodique, le ménestrel s’affranchit de la contrainte du (devoir de) genre pour s’approcher toujours plus de l’essence de sa musique : le chant à son niveau le plus fondamental et pourtant le plus lointain qui soit. Fluide dans le mouvement et expressive sur l’instant, la guitare lead se fait cantatrice et porte-parole d’un texte canonique épuré de toute acrobatie tautologique et dont les plus belles lignes ont été rédigées bottleneck au doigt. À y lire en filigrane le message latent enchevêtré dans des fresques d’horizons en expansion, on croirait par moments revivre la grande époque de Genesis, l’une des rares formations rock avec Yes à peindre en perspective, le grain poussiéreux du mellotron en moins.

L’orfèvre de la six-cordes nous gratifie comme à l’accoutumée de passages d’accompagnement acoustique de haute facture, à ce point maîtrisés et parfaitement intégrés qu’ils se remarquent à peine, à l’instar du reste de l’instrumentation d’ailleurs : chaque élément, y compris la partition de chœur, semble volatile, superflu, pris un à un, mais obéit en réalité à une éthique aérienne commandée d’en haut par le Verbe créateur, rendant ainsi caduque toute grille de lecture applicable à un quartet électrique standard. Approche top-down oblige, l’on ne s’étonnera pas du retrait inhabituel des fréquences graves – les fûts auraient cependant mérité traitement moins abrutissant – au grand dam de notre consommateur urbain. Celui-ci, en manque de repères palpables, se réjouira sans doute à l’écoute des nombreuses incursions hard disséminées çà et là ; reste qu’envoyer du steak (hacké) ne constitue définitivement pas le cœur de métier du guitariste, bien qu’il semble attaché à l’exercice – péché véniel qui nous ramène brutalement sur terre à l’occasion de l’avant-dernière piste, « Catwalk », au détour d’une échappée exotique teintée de sitar et de percussions tribales.

Le final, malgré tout son panel d’effets et d’orchestrations à consonance cinématographique, peine à renouer avec l’enchantement éprouvé à l’ouverture et persistant tout au long de la majeure partie de l’album, autant que l’artiste parvient à se créer un espace d’expression de sa singularité. Au total, un moment de beauté engendré selon une vision unique dont la réaffirmation aujourd’hui, si elle ne revêt aucun caractère révolutionnaire, prend tout son sens de la part d’un musicien intègre jamais avide de formule rentière et en quête perpétuelle de raffinement et de maturité depuis plus de trente-cinq ans de carrière solo. À écouter au casque, toutes antennes déployées.

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