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09 Septembre 2011

Dream Theater

A Dramatic Turn of Events

par Martial Briclot

A Dramatic Turn of Events restera probablement dans l’histoire de Dream Theater comme l’album de toutes les spéculations. Les fans de tout poil furent assaillis de sentiments ambivalents à l’annonce du départ de Mike Portnoy : le groupe courait-il à sa perte ou allait-il trouver le second souffle que peu d’entre nous osaient encore espérer ? Une intense campagne de web-marketing menée tambour battant durant l’été acheva d’attirer les lumières sur une formation qui n’avait finalement plus suscité un tel niveau d’excitation depuis bon nombre d’années.

« On the Backs of Angels », le premier extrait révélé, avait de quoi titiller notre curiosité et amener les brebis égarées à rejoindre timidement le troupeau des impatients. La découverte fébrile de « Build Me Up, Break Me Down », piste suivante du disque, n’en est que plus destabilisante, et c’est le château de cartes de nos illusions qui s’écroule violemment sur ses fragiles fondations. On espérait l’ère des singles formatés révolue, bien mal nous en a pris. C’est un morceau d’une grande facilité qui nous est offert, dont l’introduction vaguement électro et la lourde rythmique évoquent les effluves d’un Linkin Park frelaté, tout juste sauvé des eaux par son refrain énergique. La caricature de metal parfois proposée par les New-Yorkais ces dernières années n’était donc pas uniquement du fait de son ancien leader, la formation actuelle s’y prend tout aussi bien pour plomber certaines compos de riffs à sept cordes sans imagination. « Outcry » ou « Bridges in the Sky » en feront ainsi directement les frais.

Au-delà du fossé qualitatif séparant certaines compositions, c’est bien la redistribution des rôles au sein du groupe qui caractérise cet album. En effet, Dream Theater réaffirme aujourd’hui sa personnalité en replaçant les individualités au centre de son processus créatif, s’affranchissant un peu plus d’un Mike Portnoy aux airs de producteur et décideur despotique. Ainsi, c’est un réel soulagement que d’entendre à nouveau la basse de John Myung, et la place de Jordan Rudess n’a jamais été aussi importante (pour le bonheur des uns, au grand désespoir des autres). Affublé de sa casquette de VRP en applications iPad, son registre est désormais plus varié, se permettant quelques délires imagés (l’étrange introduction ethnique et gothique de « Bridges in the Sky »), un retour au piano pur et simple ou l’utilisation de sonorités orchestrales évoquant la période Six Degrees Of Inner Turbulence.

Cette opération de défoulement collectif fait indéniablement penser à Liquid Tension Experiment lors des nombreuses cavalcades instrumentales qui jalonnent le disque. Tantôt proprement irritants et dénués de mélodie, tantôt inspirés jusqu’à sauver à eux seuls un morceau (« Outcry » pour ne pas le citer), ces passages sont révélateurs d’un album à la fois très personnel et profondément imparfait.

Ainsi, on regrettera principalement la faible mise en valeur de James Labrie, fréquemment doté de lignes vocales sans saveur. Si quelques refrains fonctionnent réellement, la pauvreté globale des couplets n’a d’égale que la platitude des trois inoffensives ballades plombant le rythme de ce nouvel opus. Les auteurs de « Through Her Eyes », « Disappear » ou « State of Grace » (pour reprendre une référence à Liquid Tension) prouvent ici leur incapacité à réitérer cet exercice de façon convaincante.

Autre déception de taille, tant cette personne cristallisait à elle seule les craintes et les espoirs d’une majorité de fans, Mike Mangini, grand perdant de ce cruel jeu de chaises musicales. En retrait dans un mix résolument froid et moderne, le nouveau frappeur occupe le poste ingrat de boite à rythme humaine, se cantonnant à la reproduction fidèle des parties programmées par John Petrucci. La folie et le renouveau rythmique tant espérés devront probablement attendre le prochain album, puisque nous sommes ici en présence d’un Dream Theater « transitionnel ».

Mais tout n’est pas si sombre sur la scène du Théâtre des Rêves, car « Breaking All Illusions », acte majeur de cette fresque finalement plus épique que dramatique, impose magistralement son statut de classique instantané. Alternances de riffs énervés et d’ambiances feutrées, ne versant ni dans la facilité, ni dans la démonstration, tout en portant à bout de bras la profusion de ses émotions, cette chanson réinstaure simplement à elle seule la suprématie de Dream Theater sur le metal progressif. Aucun doute possible, c’est bien pour ce groupe que nous ruinions les tables du lycée à coup de logo « Majesty »…

« Breaking All Illusions » et dans une moindre mesure « On the Backs of Angels » ou « Lost not Forgotten » attestent de la vivacité d’une formation régulièrement maladroite mais définitivement décomplexée, dotée de ressources que nous ne soupçonnions plus. Il leur reste à confirmer les nouveaux espoirs placés en eux, en canalisant leur talent au service d’une ligne directrice plus claire et plus maîtrisée. Un avenir radieux est à leur portée, espérons qu’ils sauront le saisir sans tarder.

Commentaires 

#1 frippertronics 09-09-2011 09:55
Enfin une critique réaliste,cette album souffre de pas mal de lacunes qui fait qu'aucun titre ne nous fait vraiment décoller,même un breaking all illusions ...
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#2 David 09-09-2011 13:36
En gros c'est toujours le même problème avec ce groupe : ils sont capable du meilleur comme du pire. La question c'est pourquoi diable ils ne prennent pas le TEMPS de composer un album où il n'y aurait que le meilleur. Je comprend bien qu'ils doivent avoir des obligations d'ordre économique, mais quand même ils sont chiants...
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#3 Philrush 09-09-2011 23:28
Selon dprp!.net et ses excellents chroniqueurs, ADTOE se situe parmi les 3 meilleurs cd de dream theater ! Je ne suis pas loin de penser pareil... Mais j ai pas encore les 15 ou 20 écoutes minimum pour juger....que ceux qui jugent ici aient nombre d écoutes suffisant j en doute, que ceux qui jugent ici critiquent a la française histoire de... Je n ai pas de doutes...
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#4 Jelusia 10-09-2011 00:14
Ca vaut pas un six degrees of inner turbulence, mais je le trouve pas dégueulasse cette album.
En fait, j'ai plus l'impression d'écouter un bon album de metal, qu'un méchant fucking album de dream theater. Et, je m'en contente...
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#5 Mars 10-09-2011 09:32
@Philrush : surtout ne t'inquiètes pas, j'écoute l'album depuis plusieurs semaines et le connais sur le bout des doigts, je pense donc être en droit de donner mon avis, motivé et argumenté.
ça ne sera peut être pas le tien, et tant mieux !
Cela serait triste qu'il existe un seul et unique avis légitime sur un album.
@Jelusia : Pour le DT des années 2000, je le place effectivement juste après 6 degrees.
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#6 blanchardcohen 10-09-2011 11:46
Très bonne review.

L'attente était grande, l'album l'est beaucoup moins. Beaucoup trop de longueurs, des morceaux qui manquent de structures. Les lignes vocales sont vraiment très mauvaises et ça m'attriste de voir que les compo tombent dans la simplicité avec des refrains mielleux comme pas possible ...

Quelques bons morceaux qui méritent le détour quand même. En fait y'en a vraiment 1 où rien n'est a jeter (Breaking All Illusions) qui est vraiment très bon. Le reste c'est de la branlette technique ou encore des enchaînements de riffs mal emboîtes avec des refrains proches du niveau 0 de l'inspiration. Alors oui, il y a souvent un passage qui tue ou alors un solo pas dégueu. Le seul souci : se taper plusieurs minutes imbuvables avant de pouvoir écouter ce fameux passage.

Grosse déception.
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#7 turtle! 12-09-2011 00:06
Parfaitement d'accord avec cette chronique!
Malgré 2 ou 3 titres maxi bien senti (dont breaking all illusions), le reste est sans saveur...
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#8 Colas* 12-09-2011 16:25
Bon j'en ai un peu ras le bol de lire la même chose à chaque album, d'une part le pas content parce que c'est DU Dream Theater (est ce qu'on demande autre chose après tout ?). Puis le pas content parce que c'est un peu le bordel dans les passages solo (très franchement j'adore ça). Le pas content parce que c'était mieux (soit disant) avant.

Avec la grande richesse de ce groupe, le talent en prime, on sait depuis longtemps qu'ils sont excellents, donc pas de surprise, c'est vrai. Pourtant je trouve que depuis Jordan Rudess chaque album a sa couleur et celui-ci montre clairement la force du groupe face au départ de celui que l'on croyait maitre de tout. L'ajout d'électronique ne me déplaît pas, la présence des claviers me ravi, le retour de Myung aussi. Mangini est très bon sans en faire des tonnes !
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#9 Tizzfitz 12-09-2011 21:34
"Dream Theater" ne se traduit pas du tout par "Théâtre des Rêves", mais "Cinéma des rêves". Hé oui, en US, "theater" est un faux ami.
Par ailleurs, ce n'est pas Petrucci qui a écrit les parties de batterie, mais bien Portnoy.

Dommage qu'on laisse chroniquer le nouvel album de DT par quelqu'un qui a une si faible connaissance du groupe.
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#10 Mars 12-09-2011 22:21
Hello Tizzfitz !

Sachant que tu sembles maîtriser à la perfection la langue de Shakespeare, j'aimerais que tu me donnes la traduction en anglais du mot "théâtre"...
Et pour parfaire ta culture de Dream Theater, je te conseille de découvrir en quoi consiste le groupe "Nightmare cinema".

Pour ce qui est de Portnoy à la batterie, je te renvoie aux nombreuses interviews que le groupe a données récemment, ou tout simplement à la page wikipedia du groupe. En anglais, puisque cette langue semble avoir ta préférence et que tu y trouveras toutes les réponses à tes questions concernant l'enregistrement de l'album, la programmation des parties de batterie, et la non-participation de Portnoy à l'album.

A bon entendeur !
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#11 Marjo 12-09-2011 22:22
Citation en provenance du commentaire précédent de Tizzfitz:
Par ailleurs, ce n'est pas Petrucci qui a écrit les parties de batterie, mais bien Portnoy.

Source ? Portnoy n'est pas crédité sur cet album.
Petrucci a écrit le plus gros sur logiciel, puis a collaboré avec Mangini pour les adaptations.

Citation en provenance du commentaire précédent de Tizzfitz:
Dommage qu'on laisse chroniquer le nouvel album de DT par quelqu'un qui a une si faible connaissance du groupe.

Je ne dirais pas mieux d'un faux fan qui ne savait pas que l'album existait il y a deux heures... et qui ne sait pas lire une pochette.
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#12 Tizzfitz 12-09-2011 22:31
Le fan il chronique rien, lui.

En ce qui concerne la traduction, Dream Theater a pris son nom d'après le nom d'un cinéma en Californie. "Théâtre" se traduit bien pareil (et encore...), on ne l'utilise juste pas dans ce contexte.
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#13 Mars 12-09-2011 22:40
Détends toi, écoute l'album, renseigne toi sur les conditions dans lesquels il a été enregistré/composé, et tout ira mieux !

Pour le reste, j'assume entièrement les termes utilisés dans ma chronique.
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#14 Aveuh 13-09-2011 16:22
Je reste stupéfié par l'agressivité de certains dès qu'on touche à leur groupe fétiche.
N'oubliez pas que le site reste un lieu d'échange et de partage. On a le droit de pas être d'accord, on a aussi le droit de rester zen et de ne pas taper sur le chroniqueur pour des """fautes""" qui n'en sont pas.
Par ailleurs, pour répondre plus spécifiquement à Colas, plusieurs points : d'abord on ne reproche pas ça qu'à DT mais à bien d'autres groupes. Ensuite tu admettra quand même que dire "c'est du DT" c'est un peu compliqué tellement le groupe a évolué, et qu'il y'a une différence en termes de compo monstrueuse entre Awake et ADToE. Personne ne reproche aux membres de DT leur qualités de musiciens. Par contre ce que je leur reproche personnellement c'est de n'avoir pas pondu une véritable compo qui me retourne depuis des années. Quand j'écoute un Trial of Tears ou un Home par exemple, je n'ai RIEN depuis 6DoiT qui me fasse le même effet.
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#15 trendy pillow 13-09-2011 20:46
superbe chronique.
6 c'est un peu faible mais je partage votre avis. J'aurais mis 7 pour l'effort mis dans l'experimentation . Pour moi c'est l'album le + ecoutable du groupe depuis 6DOIT, sans tenir compte du best of qui etait Black Clouds.

Ca fait 10 ans que j'ecoute et venere DT, et j'avoue que le depart de Mike "Control Freak" Portnoy m'a redonne confiance dans le groupe. De train of thought a black clouds on assistait a une autoparodie constante, on sort enfin du carcan a mon avis.

Allez je repars sur Breaking All Illusions, ce titre est assez bluffant.
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