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14 Juin 2011

Devin Townsend Project

Deconstruction

par Renaud Besse Bourdier

Devin Townsend est ce que l’on pourrait appeler un monstre ; non pas dans le sens latin de « celui que l’on montre », mais plutôt parce qu’il est un être et un artiste surdimensionné. Un an et demi après son dernier album en solo, le Canadien revient avec deux nouvelles productions, représentant deux facettes différentes de sa personne. Deconstruction correspond à la folie furieuse de Devin Townsend ; une explosion fantasque de sonorités pétaradantes, si puissante qu’à plein volume elle pourrait paralyser un éléphant.

Comme bien souvent, on retrouve la caractéristique si particulière de l’art du Canadien : un mur de son, d’une densité très certainement inégalée à ce jour. Deconstruction va d’ailleurs encore plus loin que les productions précédentes dans ce domaine, ce qui risque de rebuter certains auditeurs (notamment sur des pistes comme les très expéditives et directes « Juular » et « Pandemic »). Pourtant, c’est là que réside la force de l’album, tout du moins en partie ; la violence est telle que l’écoute même en devient éprouvante, jusqu’à avoir le sentiment d’être projeté au cœur tourmenté du musicien lui-même (le morceau « Sumeria » en est un exemple frappant).

La richesse de l’instrumentation a également tendance à masquer d’autres aspects ; ainsi, il est difficile de noter lors d’une première écoute la complexité rythmique de la musique, ingénieusement dissimulée et mise en retrait sans pour autant être oubliée. Par ailleurs, le chant est également noyé dans cette supernova sonore, ce qui ajoute à la puissance de l’album mais rend malheureusement difficile la compréhension des paroles. Selon Townsend elles soutiennent un concept ; l’histoire – un peu perchée – du voyage d’un végétarien en Enfer et d’une rencontre avec le diable (certains passages sont plus clairs que d’autres, notamment sur « The Mighty Masturbator », où Devin se met dans la peau de Satan prononçant un discours endiablé devant ses suppôts… magistral). De plus, les nombreux invités qui ont prêté leurs voix et instruments (ainsi, Mikael Åkerfeldt growle sur l’excellente « Stand », le Français Joe Duplantier de Gojira intervient sur « Sumeria », etc.) au Canadien ne sont pas vraiment discernables au sein de ce chaos musical indescriptible, mais ô combien jouissif.

Trois perles sont à retenir en particulier. La première, « Praise The Lowered » ouvre l’album en douceur avec quelques sonorités électroniques et un chant très doux ; s’ensuit une lente montée en puissance amorcée par des prouesses vocales décidément irréalisables par l’être humain lambda, qui atteint son apogée dans un hurlement jubilatoire. La seconde est la longue, épique et étrangement nommée « The Mighty Masturbator », durant laquelle Devin Townsend passe en revue toutes ses folies, passant de la partie planante en son clair au matraquage brutal de riffs assassins, sans oublier un final aux airs de fanfare. Enfin, la palme du morceau non identifié est attribuée à la piste éponyme « Deconstruction », qui comprend une performance de Fredrik Thordendal de Meshuggah à la guitare. Le Canadien propose finalement un mélange improbable de plans mathématiques diaboliques, de chant d’un lyrisme tout personnel, et de conversations tournant autour d’un cheeseburger et de délires scatologiques.

Une chose est sûre, Devin Townsend est un aliéné ; mais comme il le prouve encore une fois avec Deconstruction, c’est surtout un génie hors pair, qui continue de nous surprendre un peu plus à chaque nouvelle sortie.

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