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05 Mai 2011

The Red Zen

Void

par Pierre Graffin

La scène progressive italienne est décidément particulièrement vivace et The Red Zen, nouveau quatuor milanais constitué, notamment, du guitariste (Ettore Salati) et du batteur (Roberto Leoni) de The Watch, en est une flagrante démonstration. Si leur label semble vouloir mettre en avant leur côté « Mahavishnu Orchestra », ce Void est, d’abord et avant tout, un album de fusion interprété par des musiciens de rock progressif. C’est d’ailleurs peut être là que le bât blesse.

Si « Cluster », premier titre, évoque d’emblée Happy The Man, c’est dès « Hot Wine » que le groupe commence à brouiller les pistes. On pense alors beaucoup plus à Weather Report qu’à Genesis. Il y a en effet dans Void une liberté de ton et une volonté d’émancipation tout à fait louables. Des soli de claviers et de guitare purement progressifs (« Spin the Wheel »…) au bass slap de « Who’s Bisex ? » jusqu’au sitar de « Slapdash Dance » ou de « Return to Kolkata », c’est un voyage musical varié, animé mais, disons le aussi, un peu fatiguant, auquel les italiens nous convient.

« Alexa in the Cage », seul titre chanté de cet ensemble instrumental, fait même tour à tour penser au King Crimson de Discipline (jusqu’à la voix du chanteur très évocatrice d’Andrian Belew !) et à Dream Theater dans son final, c’est dire si l’entreprise est osée pour ne pas dire périlleuse ! Car c’est bien là l’écueil principal de cet album : dans ce jeu d’équilibriste constant, on se perd, on s’ennuie un peu, on trébuche et on finit par lâcher…

Cette formation évoque en effet beaucoup (trop ?) de choses, on la sent nourrie d’influences diverses et variées avec lesquelles les Milanais semblent jongler un peu maladroitement. Tout cela fait un peu fouillis et un peu fourre-tout, malgré un plaisir de jouer évident et d’impressionnants talents d’interprétation. Les incursions instrumentales de haut vol, les soli de guitares, de basse, de claviers et de batterie parfois stupéfiants, ne parviennent pas à masquer un manque flagrant de cohésion qui rend l’ensemble un peu froid, un peu ennuyeux, bref : un peu vain.

En conclusion, The Red Zen est, à l’écoute de cet album, une formation qui donne l’impression d’être en devenir : une réunion d’incontestables talents au service d’une musique qui se cherche sans encore se trouver. Void ne satisfera vraiment que les amateurs d’instrumentaux techniques et débridés mais laissera les autres de marbre avec, au mieux, une impression de déjà entendu.

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