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04 Avril 2011

Symfonia

In Paradisum

par Martial Briclot

Le heavy metal symphonique est aujourd’hui à l’agonie, et seuls quelques ancêtres parviennent encore à le maintenir en vie. Pour beaucoup, la création de Symfonia symbolisait l’espoir du retour en grâce d'un genre qui connut son apogée à la fin des années 90 : sur ce projet unissent leurs forces Andre Matos (ex-Angra) et Timo Tolkki (ex-Stratovarius), accompagnés de pointures pour parachever l’ensemble : Uli Kusch (ex-Helloween), Mikko Härkin (ex-Sonata Arctica), Jari Kainulainen (ex-Stratovarius). Il y a dix ans, nombreux auraient probablement été ceux qui auraient vendu père et mère dans l’espoir d’écouter une seule note de cet album. De la maturité et un regard porté à une pochette d’un goût douteux auront suffit à ramener le plus enthousiaste sur terre. Serions-nous devenus trop vieux ?

Timo Tolkki n’a eu de cesse de démontrer au sein de Revolution Renaissance que son style, emprunt de mélodies aussi efficaces qu’elles pouvaient être naïves, lui collait littéralement à la peau. C’est donc en terrain parfaitement familier qu’on évolue tout au long de ce In Paradisum. Amateurs de créativité, d’audace, de rythmes brésiliens ou de banjo, passez votre chemin, on est ici au fast food du heavy metal : chacun sait pourquoi il y va, et est à peu près certain de ce qu’il y obtiendra : une collection de chansons, ni plus, ni moins.

Il est parfaitement envisageable d’éprouver du plaisir à l’écoute de cet album. Un plaisir certes un peu coupable, mais réel. Les deux compères se montrent capables de produire des lignes vocales accrocheuses et finalement plutôt réussies, pour peu que l’on ne soit pas allergique à un excès de positivisme. « Fields of Avalon » parvient à convaincre dans son rôle de mise en bouche, digne des classiques speed que sont « Father Time » ou « SOS », la tension dramatique en moins, se rapprochant en cela du Helloween des débuts. Andre Matos endosse probablement la responsabilité de cette influence récurrente, quand on sait l’impact qu'Helloween a pu avoir sur Angel’s Cry. L’ombre des Allemands se déploie sans complexe sur les couplets de « Santiago » et « Pilgrim Road », (sur laquelle il est impossible de ne pas songer à « Future World »).

Lorsque Symfonia tente le pari de la diversité, le résultat est en demi-teinte. Autant l’évocation celtique de « Pilgrim Road » plagie « Over the Hills » de Gary Moore, autant le heavy-rock mid-tempo de « Rhapsody in Black » est une bouffée d’air frais bénéficiant de toute la conviction de Matos, bien plus à l’aise dans ce registre médium. En effet, sa performance n’a de cesse de surprendre tout au long de l’album, tant ses aigus semblent poussifs, manquant sévèrement de vibrato. Il ne serait pas très étonnant que Timo Tolkki l’ait conduit dans ses derniers retranchements, tant on peine à le reconnaître. Le Finlandais serait-il condamné à composer pour le registre de Kotipelto pour le restant de ses jours ? En parallèle, guitares et claviers produisent un jeu extrêmement dépouillé, scolaire et dépourvu de toute subtilité. Le but avoué semble être l’efficacité au service du refrain, mais on était en droit d'attendre de pareilles pointures bien plus qu’une musique aux arrangements téléphonés, à la rythmique imperturbable et linéaire.

Petite note de satisfaction malgré tout avec « Don’t let me go » qui clôture habilement l'album, en proposant une ballade toute en nostalgie, moins dégoulinante qu’à l’accoutumée. On y retrouve le feeling propre à Matos, qui manque tant pendant une longue partie de l’album.

Allant à l’opposée des canons actuels du genre, Symfonia propose une musique immédiate, non surproduite, taillée pour la scène. Malheureusement, à mille lieues du potentiel qu’un tel line-up pouvait laisser espérer, In Paradisum ne pourra que décevoir un « vieux » metalleux - sans doute pourtant la principale cible de ce disque - ayant attendu patiemment le retour des héros de son adolescence.

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