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24 Septembre 2007

Dirge

Wings of Lead Over Dormant Seas

par Jérémy Bernadou
Les dernières pierres ajoutées à l’édifice des musiques aventureuses françaises ne sont pas forcément posées par ceux que l’on croit. Alors que certains compliquent leur musique à outrance, dévoilant une mixture plus élitiste qu’autre chose, d’autres élaborent un vocabulaire nouveau à partir de bases déjà très solides. Avec Wings of Lead Over Dormant Seas, Dirge se hisse dans la seconde catégorie, parmi le panthéon des formations qui cherchent avant tout à partager leurs émotions à travers une musique évolutive et contrastée.

Ce groupe français formé en 1994 a su repousser toujours plus loin les limites de son discours musical. En gardant une base metal, Dirge est passé de la musique industrielle à la noise pour en arriver à son incarnation actuelle. Ces différentes phases, coïncidant la plupart du temps avec des arrivées ou départs de musiciens, ont permis de mettre au point un langage hybride et hypnotique.

La forme de ce double album est osée : cinq titres composent le premier disque, tandis que la galette restante est entièrement dédiée au morceau-titre ne durant pas moins d’une heure. Il est rare qu’une telle audace soit maîtrisée mais force est de constater qu’ici, le pari est amplement réussi ! Les structures des morceaux sont d’une cohérence frappante, et c’est cette assise confortable qui permet à chacun des musiciens d’atteindre un degré d’inspiration étonnant tout au long des deux disques. Les rythmes sont souvent lents et lourds, mais laissent une place prédominante aux atmosphères épurées et contemplatives, notamment sur « Nulle part » qui comporte des vocaux d’une aura quasi mystique. Dirge va très loin dans l’imaginaire, cherchant à mettre en éveil nos émotions les plus retranchées.

Face à cette musique abyssale, les différentes étiquettes plus ou moins précises se révèlent bien vaines : doit-on parler de post-rock ? De doom ? De post-hardcore ? Dirge se situe très certainement à cheval entre tous ces genres, mais offre un rendu étoffé particulièrement personnel. Il est rare que les groupes de cette scène confidentielle aient un côté défricheur grâce auquel on perd tous nos repères, bercés tantôt par une profonde mélancolie, tantôt par une montée en puissance qui prend littéralement aux tripes.

A n’en pas douter, ce gros pavé musical en marquera plus d’un. Jouant avec les sentiments, Dirge oppose ici rage et candeur pour le plus grand plaisir des oreilles en quête de sensations fortes. Une pépite de haut vol à ne pas laisser passer.
  • Année: 2007
  • Label: Blight Records

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