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24 Septembre 2007

Jordan Rudess

The Road Home

par Julien Damotte
A l’heure où certains multiplient les projets, Jordan Rudess a décidé de rendre hommage à ceux qui l’ont influencé. Pour cela, il est allé puiser dans ses racines, celles du rock progressif des années soixante-dix avec des reprises bien senties de Genesis, Yes, Gentle Giant ou encore Emerson, Lake and Palmer. Selon son propre aveu, ce retour aux sources est autant une envie qu’un besoin assumé. En effet, après l’overdose de metal « infligée » par ses collègues de Dream Theater avec Train of Thought et même Systematic Chaos, Jordan s’est accordé une pause salvatrice pour le plus grand plaisir des amateurs du genre et le sien !

Ecartons d’emblée une crainte : non, Jordan ne s’est pas laissé aller au copier-coller, pratique à laquelle se résument parfois les albums-hommage. Au contraire, plus qu’un simple lifting, c’est presque une seconde vie que Jordan offre à ces titres cultes mais poussiéreux, sans pour autant dénaturer leur esprit originel. La production léchée dessert un véritable travail d’orfèvre au niveau des sons et des arrangements, que malheureusement seuls les vieux de la vieille pourront apprécier à leur juste valeur. Un peu de Mellotron par-ci, un peu de continuum par-là (thème de « Dance on a Volcano » de Genesis ou encore les solos de « Sound Chaser » de Yes et de « Just the Same » de Gentle Giant), le tout agrémenté de sons technoïdes « rudessiens » (« Piece of the π », la seule composition originale de l’album) et de jolis arpèges de piano survitaminés dont il a le secret, Jordan s’en donne à cœur joie !

Côté « special guests », mention obligatoire sur tout album solo qui se respecte, Jordan montre encore une fois, à l’image de son prédécesseur Derek Sherinian, qu’il sait s’entourer des meilleurs. Si l’on excepte son inséparable compère Rod Morgenstein à la batterie et le célèbre vocaliste Kip Winger, déjà présents sur Rhythm Of Time, ainsi que l’inénarrable Steven Wilson, Jordan a été chercher cette fois-ci un peu plus loin dans son carnet d’adresse. Au rayon guitare, les excellents Bumblefoot (Guns N'Roses), Marco Sfogli (James LaBrie) et Ed Wynne (Ozric Tentacles) ont chacun plusieurs occasions de s’exprimer au fil de l’album. Au rayon chanteurs, Mister Rudess a réussi à réunir Neal Morse (NdR : et un projet de plus pour le musicien « à la retraite », un !) et son successeur au sein de Spock’s Beard, Nick D’Virgilio sur le même album (mais pas sur la même chanson). Enfin, côté « jeunes talents », l’allemand Ricky Garcia, nouveau protégé de Jordan, tire bien son épingle du jeu comme l’avait fait le brillant Daniel J. sur Rhythm of Time. Parmi les meilleurs moments de ces rencontres entre invités, il faut compter le duo « virtuel » (les deux protagonistes ne se sont pas rencontrés) chant/contre-chant de Nick D’Virgilio et Kip Winger sur « Sound Chaser » mais aussi les deux soli déjantés de l’ami Bumblefoot et évidemment, cerise sur le gâteau, la reprise de l’énorme épique qu’est « Tarkus » d’E.L.P. où tous les musiciens apportent leur contribution.

Certes The Road Home ne réconciliera sûrement pas avec le prog « old school » les plus metalleux d’entre nous pour qui certains passages ressembleront toujours autant à des musiques de jeux vidéos, mais il pourra servir de séance de rattrapage à tous ceux qui pensent que The Flower Kings a inventé le rock progressif. Pour les inconditionnels du genre, cet album-hommage risque fort de rappeler de bons souvenirs et donner envie de ressortir les vieux vinyles (ou autre support sonore préhistorique). Merci Jordan !
  • Année: 2007
  • Label: Magna Carta

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