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23 Août 2007

Court

Frost of Watermelon

par Jérôme Walczak
Les Italiens de Court nous gratifient d’un troisième album dont l’originalité du titre doit être saluée à sa juste mesure. De la gelée de pastèque, dont la recette est donnée en milieu de livret (on n’aura ainsi pas tout perdu), ça change un peu des sempiternels « Exploration into the flying cosmogonic room » et autres « Spirit of the Fantastic Unicorn, part V ». Les concepts prog contemporains ont tendance à laisser perplexes ces temps-ci ; disons que c’est de l’humour, et de l’humour, il en faudra beaucoup pour écouter, digérer et chroniquer cet album…

Hormis le titre, on attendait de toute façon assez peu de ce disque, le précédent, Distances, paru il y a une dizaine d’années, n’ayant en effet pas laissé un souvenir impérissable à nos exigeantes, mais néanmoins indulgentes oreilles. On attendait peu, et finalement, on avait bien raison. Il est en effet à craindre que la pastèque connaisse un destin fâcheusement similaire. Le coupable est tout désigné : les qualités limitées de Frost of Watermelon sont purement et simplement escamotées, voire plutôt totalement désintégrées par un chanteur qui aurait fait une plus belle carrière dans la culture des cucurbitacées que dans celle de la musique.

Sans chercher à faire dans la nuance, ça ne lui rendrait pas service, soyons clair et sans détours : Paolo Lucchina chante faux, mais alors, effroyablement faux, et ce depuis les débuts de ce groupe. C'est simple, il est au chant ce que Marthe Mercadier est au patinage artistique, ou, pour rester dans la veine progressive, ce que Fish est à la verveine-citron. Il y a le monde des chanteurs, et il y a Paolo Lucchina.

Ses prestations rendent certains morceaux parfaitement inaudibles, désagréables au possible et sans intérêt, pis, il abîme les rares parties intéressantes de ce disque. Tout commence avec « Limbo » et son petit côté Doors, période « Riders on the Storm », guitare, clavier, petite batterie enfumée. On y jette une oreille distraite, on se dit que ces Italiens, décidément, ils sont vraiment doués, d’ailleurs, ils sont les seuls à faire du prog aujourd’hui, c’est dire… et en deux minutes à peine, alors qu’on se réjouit à l’idée d’écouter un bon petit album de rock progressif, soudain, c’est le drame…

Paolo chante.

Enfin, non, d’ailleurs il ne chante pas, il se met à pousser des gloussements révoltés, avec la volonté louable qui le caractérise de rendre un hommage appuyé aux pintades transalpines. Ce moment véritablement poignant détruit tout ce que les autres, à commencer par le flûtiste Francesco Vedani et le guitariste Marco Strobel, qui sont pour leur part plutôt musiciens, s’efforcent de sauver dans ce jus de pastèque, qui vire trop rapidement au brouet.

« Men I Met », morceau urbain, rapide, enlevé, galopant, comparable un petit peu dans l’esprit (seulement dans l’esprit) à « Motorcycle Driver » de Joe Satriani perd toute sa substance dès que Paolo hulule. « Wet of Sky », avec son côté complainte au coin du feu, la guitare sèche en bandoulière, ferait fuir n’importe quelle midinette enamourée à partir du moment où Paolo, las de méditer devant le ciel étoilé, décide de s’ébrouer les cordes vocales.

Il y a un bon titre dans l’album, et pour cause, c'est un instrumental : « Bridge to Maya », dont le début fait penser au « Cimetière des Arlequins » de Ange, avec des rythmes médiévaux, une guitare conférant des ambiances étranges et oniriques et beaucoup d’ingrédients prog de facture assez classique mais très agréable, notamment la structure en boléro en milieu de morceau, où la flûte et la guitare se répondent jusqu’à ce qu’elles soient malheureusement écrasées par une basse un peu trop présente.

Court pourrait être un bon groupe : les influences sont nombreuses : un peu de REM (« Walking and Talking »), un soupçon d’Iron Maiden, mais en acoustique seulement, avec « Synaptic Ghost » aux sonorités metal, Led Zeppelin se devine dans les vingt dernières minutes du disque (« Mad and Child »), qui est malheureusement un peu trop confus, « My World » avec ses faux airs de Yes tendance « Flower Power » est tout à fait intéressant aussi, mais l’ensemble reste brouillon, les instruments sont mal séparés les uns des autres, certaines parties de batterie ou de basse anéantissent purement et simplement les petites audaces à la guitare.

Les quelques pintades de basse-cour qui se hasarderaient dans nos pages sont susceptibles d’apprécier, les lecteurs plus classiques peuvent se dispenser de dépenser leur précieux argent.
  • Année: 2007
  • Label: Autoproduction

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