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18 Juillet 2007

Fish

Vigil in a Wilderness of Mirrors

par Christophe Gigon
Replongeons-nous dans le contexte (houleux) de l’époque afin de bien comprendre pourquoi ce premier essai en solo du Poisson écossais était attendu (doux euphémisme) au tournant.

Les faits : Fish, le charismatique géant de Dalkeith (Ecosse), chanteur d’un des plus gros groupes britanniques d’alors – n’oublions pas que dans les honnies eighties, Marillion se taillait la part du lion avec U2 , The Cure et Dire straits – quitte le navire avec grand fracas. Des mots et des maux ne cessent alors d’émailler les tabloïds. Les raisons qui ont conduit le groupe à se séparer de leur barde (ou qui ont conduit le leader à « nager de ses propres ailes ») sont aussi obscures que banales : problèmes d’ego, divergences musicales, Fish aurait perdu sa voix, le groupe n’aurait plus apprécié la noirceur des textes de leur unique parolier, etc…Mais faisons fi de ces informations somme toute peu pertinentes face à ce qui nous intéresse en premier chef : qu’en est-il de la qualité de ce disque à la superbe pochette qui aura tant fait saliver les amateurs du « Marillion de la grande époque » ?

Au vu de tous (critiques, maisons de disques, fans et médias), Fish part gagnant, très largement devant le quatuor décapité que l’on croyait exsangue. Pourrait-on imaginer Dire Straits sans Knopfler ou U2 sans l’énervant Bono ?

Septembre 1989, Marillion se jette à l’eau en faisant paraître son premier effort sans le bûcheron écossais mais avec leur nouveau vocaliste (et claviériste) Steve Hogarth au parcours musical intéressant mais n’ayant guère atteint le grand public. Le disque est plutôt bien accueilli même si le choix d’un chanteur représentant l’antithèse parfaite de son prédécesseur constitue un pari audacieux sur l’avenir. Lequel avenir nous montrera d’ailleurs à quel point le courage peut être récompensé….Néanmoins, on attend que le grand Fish sorte de l’eau et qu’il attaque enfin de front la méga-carrière solo que tous lui promettent : celle d’un futur Phil Collins.

Il n’en fut malheureusement rien, mais n’anticipons pas. Quid de ce premier essai « aquatique » ? Tous ceux qui connaissent ce disque crient déjà en chœur au chef d’œuvre. Et ils ont raison. Cet album est tout simplement parfait. Compositions d’orfèvrerie taillées dans de la soie rare, textes poétiques et touchants, musiciens de haute précision, le tout supportant la voix magistrale de Fish, incroyable de puissance et de douceur. Ce produit de luxe forme ainsi le manifeste d’un esthétisme romantique que l’on croyait révolu. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître ! Fish a su s’entourer d’excellents compositeurs et de talentueux instrumentistes puisque lui-même « n’est que » parolier. Ecrivain même. Il n’avait ainsi « plus qu’à » ciseler ces superbes textes dont il a le secret pour que l’alchimie soit magique. Et elle le fut au-delà de toute espérance.

Bilan : un chef d’œuvre. Constat : Malheureusement jamais plus Fish ne parviendra à se hisser à un tel niveau d’exigence qualitative. Un disque aussi subtil et maîtrisé que Vigil in a Wilderness of Mirrors laissait augurer une carrière solo dantesque. Las, alors que Marillion n’aura de cesse de se réinventer à chaque album tout en mettant à profit un chanteur figurant aujourd’hui parmi les meilleurs du rock britannique, Fish mènera une carrière chaotique, mêlant le bon au franchement mauvais. Ironie du sort : personne n’aurait alors parié une livre sur un Marillion sans tête. Et c’est Fish qui évoluera dans des productions sans corps…
  • Année: 1990
  • Label: EMI

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