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20 Mai 2007

Hacride

Amoeba

par Aleksandr Lézy
Hacride est le groupe français qui monte ! Né en 2001 à Poitiers, Hacride qui signifie « âcre » en français (« acrid » en anglais) ne tarde pas à sortir sa première et unique démo Cyanide Echoes et ainsi fait parler de lui rapidement en bien. Puis suit le premier album Deviant Current Signal sorti en 2005 directement signé chez Listenable Records. Rapidement catalogué comme hybride entre Meshuggah et Strapping Young Lad, le groupe décide de s’enfermer quatre mois en studio pour écrire ce qui deviendra Amoeba.

« Amoeba » signifie « amibe », vous savez ce microscopique protozoaire de l’environnement qui évolue dans les milieux salés et sales ? Encore un groupe écolo ? D’une certaine manière oui, toutefois différente de celle de Gojira, même si quelques points communs sont à noter ! Hacride se démarque dans sa recherche sonore à emprunter à la nature dans une forme d’imitation, ce qui est très net sur l’instrumental « Cycle » où les guitares d’Adrien Grousset tentent d’imiter le tic-tac de gouttes qui tomberaient à intervalles irréguliers sur des plaques métalliques. Après réflexion, Atheist pratiquait des choses similaires dans son troisième album Elements. Eux aussi avaient tendance à s’inspirer de la nature, chose épatante pour le métal et pas si éloignée des aspirations de compositeurs de musique classique contemporaine comme Olivier Messiaen (notamment dans son Catalogue d’oiseaux). Tout cela pour dire qu’Hacride, ce n’est pas seulement la fougue de gros riffs syncopés, c’est aussi une certaine forme d’expérimentation !
En effet, si Deviant Current Signal redonnait du sang neuf à une scène métal française, Amoeba joue ici dans une autre catégorie, celle des groupes qui dépassent le concept de groupes nationaux, en optant pour une façon de faire à la française. Les innovations que le groupe apporte à un mouvement, celui d’un métal technique emprunt de hardcore mais aussi de prog dans les développements, les structures et les rythmes, en pleine expansion avec des groupes comme Textures, Gojira, The End, Protest The Hero et compagnie, montrent une envie de dépasser les frontières dans tous les sens du terme. Par exemple, le titre « Zamba » repris d’un groupe espagnol nommé Ojos de Brujo (Les yeux du magicien) s’adonnant à une musique alliant hip-hop et flamenquito : le voici inséré dans l’album au même titre que les autres. La reprise qui est aussi une collaboration avec le groupe, est tellement originale que cela en est déconcertant ! Déconcertant, c’est le terme qui convient aussi à la fin de « Deprived of Soul » où un riff totalement métal prog sorti de nulle part fait son apparition !

Le chant de Samuel Bourreau, vraiment mis en avant, s’apparente à celui de Joe Duplantier de Gojira, puissant, agressif et monolitique. Le travail des guitares est original et astucieux par moments comme sur le second morceau « Fate » et son intro à la guitare électro-acoustique, suivi d’un blast dévastateur et d’un riff à la sonorité exploitée par un effet habile, pour retrouver ensuite en contre-champ sous les grosses guitares le riff acoustique. Le duo basse/batterie, respectivement Benoist Danneville et Olivier Laffond, fonctionne à merveille offrant une base solide à l’édifice sonore. Les idées s’enchaînent sans accrocs dans des polyrythmies subtiles qui ont le mérite de ne pas déstabiliser l’écoute. La complexité n’est ici que sous-jacente, utilisée non pas pour impressionner mais pour créer à l’intérieur d’un univers personnel, une force intrinsèque représentant les forces qui s’opposent dans la nature.
En ce qui concerne la production, elle est tout simplement excellente. La puissance de tous les instruments est retranscrite très fidèlement, avec des sons de guitares, basse, batterie, très organiques, enveloppés dans une couche de coton. On s’approcherait du son du dernier album des canadiens de The End Elementary : massive mais douce à la fois par certains côtés.

Amoeba est un disque brillant ! Hacride signe un second album nettement supérieur au premier par son originalité et sa puissance. Les idées contenues ici sont intelligentes et se succèdent avec fluidité, rendant ainsi ce disque très homogène mais aussi diversifié dans un style qui ne l’est pas par essence. Hacride démontre que la France regorge de musiciens talentueux et que la musique est en perpétuelle évolution, à condition qu’on concède à ouvrir les portes à la mixité et à l’imagination.
  • Année: 2007
  • Label: Listenable Records

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