Live Report

Cult of Luna

13 Janvier 2020

La face cachée

par Florent Canepa

Ambiance obscure mais chaleureuse pour un concert qui faisait frémir même l’hiver. Trois groupes nous donnaient rendez-vous ce soir-là en forme de saga généreuse dans le théâtre à l’italienne du Trianon. Premiers soubresauts avec AA Williams, intéressante première partie. Au clavier ou la guitare, l’artiste emporte un public encore clairsemé dans les recoins de ses ballades tristes et douces. Cultivant l’intime pour raconter ses histoires au gré des quelques chansons proposées, la Londonienne parvient à se faire une petite place dans la soirée et se retire avec discrétion.

C’est au tour de Brutus d’enchaîner en levant un peu plus le niveau des décibels. De profil donc moins avec le public qu’avec ses deux musiciens (et encore !), la chanteuse et batteur Stefanie Mannaerts capte les regards et les oreilles avec sa voix incisive et parfois presque chamanique. Des incantations indie, des vagues rythmiques hypnotiques (« Cemetery ») forment un arc narratif efficace malgré des lumières réduites à leur strict minimum. On dirait du Cranes sous stéroïdes. Disons-le d’emblée : Brutus restera la bonne surprise de cette soirée, surfant avec talent sur ses récents albums Burst et Nest. Le set se clôt par un « Sugar Dragon » virevoltant et appuie un peu plus la force du trio belge. Aucun vrai jeu de scène mais des mélodies qui captent l’attention et la tension. Brutus mérite un César !

C’est au tour des Suédois têtes d’affiche de s’emparer du théâtre devenu sépulcral et de distiller un climat glacé et austère. Contre lumière oblige, c’est avant tout un concert fait d’ombres qui prend place et nous n’avons que peu l’occasion de vraiment voir les expressions des différents membres du groupe. Cult of Luna, sur scène, est finalement moins atmosphérique que profondément rentre-dedans. La densité du son n’a d’égal que le nombre de musiciens présents (trois guitares, une basse, un clavier et deux batteries) et on se demande si cet arsenal est tout le temps nécessaire (l’exemple des deux batteries parfois redondantes, parfois complémentaires selon). La voix de Johannes Persson, toute en colère froide, est systématiquement engagée et militante. Proposant majoritairement des productions récentes dont des extraits du fameux A Dawn to Fear (les puristes de la première heure en feront les frais), le culte nous invite à un spectacle immobile tantôt épique (« The Silent Man »), tantôt introspectif et lancinant (“ Lights on the hill »). Un peu plus « historique », « Finland », extrait de Somewhere Along the highway, fouette le sang grâce à une introduction martiale, puis virevolte dans l’indie rock. « The Fall » conclut le set avec une force persistante, comme il concluait le dernier album. Beaucoup plus intense et violent, Cult of Luna prend une autre dimension en live. Certains se reconnaîtront un peu plus dans les cérémonies progressives (« In awe of ») que dans les purs moments de tension core, mais il se dégageait ce soir-là une force brute qui n’échappa à personne et dont personne ne réchappa.

Concert du 30.11.19 / Trianon (Paris (75))
www.cultofluna.com

Setlist

The Silent Man – Finland – Nightwalkers - I: The Weapon - And With Her Came the Birds - Lights on the Hill - In Awe Of - Passing Through - The Fall

Galerie

Photos par Christian Arnaud

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