Live Report

Mike Portnoy’s Shattered Fortress

02 Août 2017

Portnoy drops the mike

par Raphaël Dugué

Coupable d’avoir voulu casser la routine et insuffler un peu de nouveauté à la machine Dream Theater en 2010, Mike Portnoy a été contraint de quitter le groupe qu’il avait fondé vingt-cinq ans plus tôt. Après quelques années à enchaîner les collaborations et projets, il a décidé de créer Shattered Fortress afin de donner vie en concert aux morceaux de Dream Theater. Embarqué dans une tournée européenne à l’été 2017, le groupe a fait le détour par Malmö en Suède où s’est rendue la Chromateam pour ne pas rater l’évènement.

Arrivé depuis Paris après un trajet en bus de seize heures pour une date rajoutée dans la tournée grâce à l’insistance des organisateur suédois (à qui on doit l’excellent Progressive Circus qui avait enthousiasmé la rédaction en 2016) Shattered Fortress, accompagné par le groupe américain Next to None, prend forcément un peu de retard dans les préparatifs du concert. Pendant l’attente (le show débutera finalement avec une heure de retard) les spectateurs et spectatrices venus en nombre patientent tranquillement en sirotant une bière.

Pour ouvrir la soirée, Next to None propose un metal progressif technique et puissant ; on comprend dès les premières secondes la filiation avec Dream Theater (à la fois musicale et familiale puisque c’est Max Portnoy qu’on retrouve à la batterie). Si le groupe possède beaucoup d’énergie, il manque peut-être un peu de subtilité. Autre point à souligner, on se questionne toujours sur la pertinence du chant hurlé qui a fait son apparition dans le metal progressif des années 2010 via des groupes comme Mastodon ou Between the Buried and Me. Parfois employé avec justesse, il est utilisé ici par Next to None plutôt comme un gimmick qu’un véritable élément de composition. Emmené par un Max Portnoy qui maltraite un peu trop sa batterie, la formation propose des morceaux à tiroirs assez typiques du genre mais manque de convaincre totalement.

C’est au tour de Shattered Fortress de faire son entrée, le groupe formé par Portnoy comprend la totalité de la formation anglaise Haken (moins son batteur évidemment) ainsi qu’Eric Gilette à la guitare connu pour sa participation au groupe de Neal Morse. Dès les premiers instants avec « Overture 1928 » et « Strange Deja Vu » de Metropolis Pt. 2: Scenes from a Memory, Mike Portnoy et ses acolytes font revivre le grand Dream Theater car, l’auditoire s’en est tout de suite rendu compte, c’est bien Mike Portnoy qui est réellement l’âme du groupe. Le batteur, par son charisme et sa bonne humeur, transcende le public du Slagthuset de Malmö, il n’hésite pas à haranguer la foule et à la faire rester debout pendant tout le concert dans une salle assise. En plus de ses qualités de musicien (est-il encore nécessaire de les détailler ?), Portnoy est un véritable showman. Quant au reste du groupe, il est plus qu’à la hauteur du défi. Côté instrumentistes, ceux qui ont pu assister aux concerts de Haken savent que le répertoire de Dream Theater n’est pas un problème pour eux, mention spéciale à Diego Tejeida et ses solos de keytar sur le devant de la scène. Les deux guitaristes se chargent d’apporter de la consistance avec un rôle rythmique tandis que Conner Green donne du relief avec sa basse, une bonne chose tant cet instrument est généralement sous mixé dans l’oeuvre de Dream Theater. Mais ceux qui ont le plus impressionné le public sont Ross Jennings et Eric Gilette. Le premier s’approprie à merveille les lignes de chant de Dream Theater en collant de façon très naturelle au chant de James Labrie, son aisance sur scène en font un frontman impeccable pour le groupe. Le second met carrément au tapis John Petrucci avec son feeling et ses solos d’une justesse technique impressionnante. Il s’offre même le luxe d’enterrer aussi James Labrie lorsqu’il reprend les parties chantées sur « The Root of All Evil » (une impression partagée par les membres de l’équipe présents au concert de la veille à Paris).

Le gros morceau de la soirée c’est bien entendu l’epic « Twelve Step Suite » dont les paroles écrites par Portnoy racontent son combat contre l’alcoolisme au début des années 2000. Cette suite s'étend sur les albums du groupe de Six Degrees of Inner Turbulence (2003) avec « The Glass Prison », à Black Clouds and Silver Linings (2009) et « The Shattered Fortress » et le groupe l’interprète quasiment sans interruption pendant près d’une heure. Elle offre un panorama complet de la musique de Dream Theater, des moments les plus agressif de « The Glass Prison » et « This Dying Soul » aux moment plus calmes et hypnotiques de « Repentance » sur lequel chante Portnoy. Pour finir, « The Shattered Fortress » reprend tous les thèmes musicaux développés dans la suite et offre une conclusion impressionnante à cette partie du concert. En guise de rappel, Portnoy a pioché encore une fois dans Metropolis Pt. 2: Scenes from a Memory, 2 avec « Home », « The Dance of Eternity » et « Finally Free ». Les musiciens s’en donnent une fois de plus à coeur joie et même un morceau comme « The Dance of Eternity » qui peut paraître un peu vain dans sa version studio devient un formidable déballage technique assez réjouissant.

Comme il l’avait expliqué au début du concert avec émotion, Shattered Fortress est un projet important pour Mike Portnoy car c’est l’occasion pour lui de rejouer la musique de Dream Theater pour la première fois depuis des années. Le groupe ne s’est pas contenté de s’approprier la musique mais l’a transcendée avec de jeunes musiciens pleins d’envie et de talent.

Concert du 02.07.17 / Slagthuset (Malmö)
https://www.mikeportnoy.com/

Setlist

Overture 1928 Strange Déjà Vu The Mirror Twelve-step Suite : The Glass Prison This Dying Soul The Root of All Evil Repentance The Shattered Fortress Rappel : Home The Dance of Eternity Finally Free

Galerie

Photos par Thierry de Haro (Prises au festival Lorelei)

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir