Live Report

Riverside

16 Juin 2011

L'agréable vadrouille

par Renaud Besse Bourdier

Le treize mai dernier, les lustres du très charmant Nouveau Casino de Paris accueillaient Riverside, au grand plaisir des admirateurs de la troupe polonaise emmenée par le chanteur Mariuz Duda. A l’heure où d’autres tournent dans le monde entier pour fêter leur vingtième anniversaire (Opeth, ou plus récemment Paradise Lost et Katatonia), les Polonais célèbrent cette année leurs dix ans de carrière par une petite vadrouille en Europe et un EP, dont deux morceaux seront joués durant le concert.

Ils sont accompagnés de Tide From Nebula, groupe de post-rock polonais qui tente de percer dans le milieu. La première chose qui frappe est l’étroitesse de l’espace scénique : les quatre musiciens (deux guitaristes, un bassiste et un batteur, pas de chanteur) sont compressés entre leurs immenses pédaliers d’effets et les claviers. Pour autant, cela ne les empêche pas de se secouer dans tous les sens tout en transmettant un post-rock somme toute très classique mais efficace : le public est vite emballé par l’énergie du groupe et les harmonies mélodieuses qu’il propose. On regrettera toutefois que la basse et la batterie, bien trop fortes, étouffent quelque peu un jeu de guitare plaisant, qui n’hésite pas à emprunter au son de Dredg ou de Robert Fripp. Après une demi-heure de musique presque sans interruption, les guitaristes finissent le concert au milieu du public, plein de sueur, exténués, et euphoriques : rock’n roll !

Puis vient le moment tant attendu, l’arrivée de Riverside sur scène. Derrière la batterie, une bannière à l’image du dernier album, Anno Domini High Definition, annonce la couleur : les Polonais se sentent ici chez eux. Ils entament le concert avec « Beyond The Eyelids » et sa montée en puissance faite de successions de riffs acerbes. Mais dès cette entrée en matière, le groupe frappe par son inertie : sans doute est-ce dû à une certaine nervosité, mais force est de constater que Mariuz et ses comparses sont mous et peinent à créer le dialogue avec le public. La situation est d’autant plus flagrante que les musiciens de Tide From Nebula débordaient d’énergie : un contraste qui coûte cher à la tête d’affiche de la soirée. De plus, la batterie est étonnamment discrète comparée au reste des instruments, ce qui est bien gênant étant donné que les morceaux de Riverside s’appuient essentiellement sur une ossature basse/batterie à toute épreuve.

Cependant, après vingt-cinq minutes un peu décevantes, tout bascule : Mariuz annonce qu’ils vont jouer « Living In The Past », extrait de leur nouvel EP, en vente sur la tournée. Subitement, la magie opère, et en quelques minutes le groupe se transforme. Une réelle alchimie se fait ressentir dans toute la salle ; après un final époustouflant, nous y sommes, Riverside est enfin là. Piotr K. s’affirme peu à peu sur ses fûts, et Michal libère son jeu de clavier, allant jusqu’à utiliser un theremin, instrument rarement utilisé sur scène et qui fait toujours son petit effet. L’ambiance est donc bien à la bonne humeur et Mariuz lui-même se dandine gaiement tout en assénant les riffs métalliques de « Loose Heart » et « 02 Panic Room ». Seul le deuxième Piotr, le guitariste, reste hermétique à la présence du public ; trop concentré sur son jeu, il passe l’intégralité du concert penché sur sa guitare, à la manière d’un John Petrucci ; dommage. Heureusement, le charisme de Mariuz et sa voix sans égale parviennent aisément à capter toute l’attention des spectateurs.

Après une heure et demie de jeu, Riverside revient sur scène et interprète un nouveau morceau, utilisé pour la bande-son du jeu vidéo The Witcher II, comme l’explique Mariuz dans un anglais imparfait qui le fait lui-même beaucoup rire. Mais un seul rappel, ce n’est pas assez pour le public et le groupe revient une deuxième fois, pour terminer logiquement sur « The Curtain Falls » ; un à un, les musiciens quittent la scène, avec grande classe.

Riverside a donc proposé un show timide et hésitant dans un premier temps, avant de finalement convaincre tout le monde par son énergie ; c’est sans doute mieux que si l’inverse c’était produit. On regrettera toutefois l’absence de morceaux plus atypiques dans la set-list, tels les « DNA Ts Rednum Or F.Raf », « After » ou encore « In Two Minds », mais avec un concert de deux heures, les Polonais ne se sont vraiment pas moqués de leur public, et Mariuz Duda a prouvé une fois de plus qu’il possède une des plus belles voix du monde progressif.

Concert du 13 mai 2011 / Nouveau Casino (Paris)
www.riverside.art.pl

Setlist

Beyond The Eyelids / Out Of Myself / Reality Dream III / Egoist Hedonist / Living In The Past (nouveau morceau) / Conceiving You / Ultimate Trip / Left Out / Loose Heart / 02 Panic Room // Rappel: Forgotten Land (nouveau morceau) / Reality Dream II // 2e Rappel : The Curtain Falls

Galerie

Photos par

Marjorie Coulin



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