Live Report

SGM

24 Novembre 2007

SGM

par Christophe Manhès

CONCERT : SLEEPYTIME GORILLA MUSEUM

  Artiste : Sleepytime Gorilla Museum
Lieu : La Locomotive
Date : 17 octobre 2007
Photos : Djul et Christophe Manhès

Après un premier et excellent concert à La Scène Bastille en avril dernier et un troisième album éblouissant, voilà les stupéfiants et spectaculaires Américains de Sleepytime Gorilla Museum de retour sur une scène française. Pour l’essentiel - le show du groupe - ce fut un très grand moment de musique. Mais pour le reste…

Set-list SGM : The Greenless Wreath - Phthisis - Ossuary - Angle of Repose - Helpless Corpses Enactment - Bring Back the Apocalypse - Sleep is wrong - Rappels : A hymn to the morning star - The donkey-headed adversary of humanity opens the discussion

Nous sommes avertis, Sleepytime ne jouera qu’après deux longues premières parties. Une fois de plus, la programmation nous oblige à attendre près d’une heure et quart pour un show prévu pour durer à peine une heure. On repense inévitablement à la frustration suscitée par le concert donné six mois plus tôt à La Scène Bastille, même si cette déception avait été un peu atténuée par la prestation en première partie des joyeux lurons de Sebkha-Chott. Quant à Tusker Seed et Prime Sinister, allaient-ils avoir le talent de nous faire patienter ? Si, sur le papier, les nouveaux tiers nous avaient laissés perplexes, sur scène ce fut bien pire encore…

Tusker Seed

Influencés par la musique « désabusée des 90’s » et par les « pionniers des 70’s » qu’ils disent, mais à mille lieux de nos habitudes musicales, les Tusker Seed ont donné ce soir-là un concert qui fut une expérience littéralement apocalyptique. Très axés sur les ambiances lourdes et dépressives proche de la scène metal hardcore, l’effet sinistre dégagé par leur musique est tellement poussé qu’il en devient presque impossible d’en stigmatiser la matière. Extrême, expérimentale par bien des aspects, elle concentre en elle certainement l’expression enragée des courants les plus déprimants. La prestation de Tusker Seed fut donc particulièrement éprouvante avec son chant lugubre falsifié par des effets noisy en tous genres et l'outrance hallucinée des guitares dont seules quelques rares touches post-rock, parfois même légèrement floydiennes, ont desserré l'étau. Servi par un son aussi opaque et excessif que leur musique et malgré des aspects indéniablement originaux, avouons que pour nous la fin du show fut un véritable soulagement !

Prime Sinister

Mais il faut croire que nous n’avions encore rien vu, rien entendu. Preuve est faite avec Prime Sinister que le ridicule ne tue pas, sauf peut-être nos oreilles. Ces clones - version thrash metal - de la bande à Lemmy « Motörhead » ont malheureusement sorti la panoplie complète des clichés metal les plus éculés, comme dans le pire cauchemar de tout chroniqueur. Entre un son indigeste, des soli aussi plats et irritants que noyés dans la déflagration générale et une attitude statique dépourvue d’humour, la prestation de Prime Sinister fut pour beaucoup un moment atrocement douloureux de près de quarante longues minutes.

Sleepytime Gorilla Museum

Après que le programme eut consumé la soirée de manière aussi absurde, c’est enfin autour de Sleepytime Gorilla Museum de donner de la sono.

Vite calé derrière ses instruments, le groupe débute le concert sans tarder. Carla ouvre le bal — « …des Maudits » pourrait-on dire — avec l’étrange « The Greenless Wreath ». Une vibration particulière emplit instantanément la salle. La musique grince, gémit, craque comme le réveil tonitruant d’un géant endormi. On prend alors la mesure du talent du groupe, de sa densité sur scène, de sa capacité à intégrer dans son style autant de subtilité que de force, autant de variations raffinées proches des musiques de chambre, que d’énergie brute. Impossible de nier le caractère progressif de cette musique, notamment sur ce titre qui avance lentement, avec d’infinies variations oppressantes. Le look agreste des musiciens ajouté à l’ambiance fantasmagorique des compositions nous donne l’impression d’avoir pénétré l’antre magique et ténébreux de sorciers officiants. Comme pour confirmer cette intrusion infernale, vient le tour du fameux et toujours attendu « Phthisis ». L’enchaînement est parfait et met en valeur le travail des arrangements. Carla Kihlstedt, l’amazone, et Nils Frykdahl, fils de Zeus, mi-homme, mi-bouc, chantent tous les deux comme de vrais possédés. Quant à la rythmique de Michaël Mellender et Matthias Bossi, elle libère une puissance aussi massive que virtuose, presque math-rock, donnant une substance pandémoniaque fascinante à la prestation du groupe.

« Ossuary » prolonge alors la part la plus avant-gardiste du groupe. Nous sommes en plein Cinémascope et la scène jouée par le groupe est à couper le souffle. Les notes, prises dans un violent tourbillon, se heurtent à la frappe sans concession de Matthias Bossi. C’est autour de « Angle of Repose » de nous étourdir et l’on pense inévitablement aux prestations de King Crimson dans sa période « Red ». Avec sa voix aux dons ubiques et son violon en fusion, Carla nous embarque dans un tourbillon ensorcelant. La musique n’appartient plus au musicien elle jaillit littéralement de partout. Et c’est le moment idéal qu’a trouvé le groupe pour nous sortir le titre le plus metal et le plus rentre-dedans qu’il ait jamais écrit : « Helpless Corpses Enactment » ! Pas de répit pour les braves. La version est dans la lignée du reste, turbulente, extrême, cadencée en diable. Que dire alors de ce qui va suivre ? « Bring Back the Apocalypse » est un morceau de bravoure qui porte la prestation de Michaël Mellender et Matthias Bossi vers d’impressionnants sommets. C’est un déluge de rythmes inouï. Tous les musiciens martèlent leurs instruments comme un seul diable et l’effet produit est ahurissant, bien meilleur que sur disque où le titre possède une dimension électro qui convient moins bien au caractère « cru » du groupe.
Juste le temps de souffler un peu et, après une lente progression, se pointe « Sleep is Wrong » qui donne à Dan Rathbun, le géant à la poutre, l’occasion de nous gratifier d’un solo monumental sur sa fameuse basse. Le violon de Carla crache le feu, Nils sautille sur scène comme un faune dément et transforme la fin du titre en une transe vaudou hallucinée laissant l’auditoire abasourdi.

C’est la fin du set, mais le public chauffé à blanc ne veut évidemment pas en rester là et, sans trop se faire prier, voilà nos lascars de retour sur scène pour entamer un autre classique du groupe : « A Hymn to the Morning Star » et son infernal binôme «  The Donkey-Headed Adversary of Humanity Opens the Discussion ». Le temps d’un « Jésus-Christ » lâché avec humour par un fan, Nils, souriant mais décontenancé par cette blague décalée, lance, de sa voix de bonze officiant un rite obscur et magique, tout le groupe vers une cavalcade ultra-puissante, tranchante, impérieuse et plus que jamais dévolue au ton « metal-in-opposition » pour cordes pincées, cœur et percussions fracassantes.
C’est la fin, le public est visiblement ravi et conscient que ce fut une heure de spectacle homérique.

Si, à La Scène Bastille, la formation avait mis en avant la force brute de sa musique, ce soir nous avons eu droit à un concert beaucoup plus riche et varié, cadencé, répétons-le, par des endiablés géniaux. Voir sur scène Sleepytime Gorilla Museum est un moment inoubliable, extrêmement consistant. Virtuoses mais jamais crâneurs ils nous ont offert un spectacle époustouflant qui les hisse à la hauteur des plus grands. Bien sûr, ce fut trop court, bien sûr, il a fallu les attendre en souffrant le martyre, mais après les avoir vu jouer comme ils l’ont fait, impossible d’en faire un mauvais souvenir.

Christophe Manhès

site web : http://www.sleepytimegorillamuseum.com

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