Interview

Blackfield

29 Janvier 2017

Cinquième élément

par Thierry de Haro

L’un des évènements de ce début d’année 2017 est sans aucun doute la sortie du cinquième album studio de Blackfield, sobrement intitulé Blackfield V. Il est marqué par le grand retour de Steven Wilson, après sa quasi-absence lors de l’album précédent, du moins dans la composition et l’interprétation musicale. A cette occasion, Aviv Geffen était de passage à Paris et l’opportunité était trop belle pour en savoir plus sur son duo retrouvé avec Steven. .

Chromatique : Bonjour Aviv. A la première écoute, j’ai été très surpris par la large diversité de styles que contient cet album : sans doute plus de symphonisme mais paradoxalement des thèmes rock plus présents que dans les deux albums précédents. Il y a aussi des thèmes plus aériens - et même des sons électro ! En fait, je trouve qu’il est plus proche des deux premiers, mais avec plus de variations. Es-tu d’accord avec cela et pourrais-tu développer ton sentiment général par rapport à cet album ?
Aviv Geffen : Oui, il fait penser aux deux premiers albums que nous avions faits. Je pense que c’est lié au fait que Steven Wilson est revenu et s’est associé pleinement. Quand il a décidé d’être à nouveau mon partenaire sur ce nouvel album, alors on a pu sentir la différence, parce que si chacun de nous a fait ses propres ‘trucs’ en solo, maintenant c’est le vrai Blackfield, avec les guitares, avec orchestration de cordes … Pour Steven, c’est le meilleur album de Blackfield. Je pense que j’ai besoin d’un peu plus de temps pour juger.

Certains morceaux semblent être inspirés par d’autres musiciens tels que «  Life is an Ocean  » qui fait penser à du Sigur Ros ou «  Lonely Soul  » qui fait penser à du Moby. Est-ce annonciateur de changements dans la musique de Blackfield dans le futur ?
Non, je pense que Blackfield est une variété de sons, je pense que Steven Wilson et moi allons dans tous les genres, du metal au jazz, des Bee Gees à Aha. Je n’aimerais pas qu’une personne le mette dans un seul style, je pense que Steven et moi devons donner beaucoup plus qu’un genre unique – C’est le résultat que j’aimerais atteindre. Au final, je trouve qu’il est très seventies, comme un concept album que nous avons fait avec Alan Parsons.

Qui a eu l’idée d’une collaboration avec Alan Parsons ?
Moi. Quand Steven travaillait sur « The Raven », je lui avais dit qu’il devrait contacter Parsons pour faire les mixes, il l’a contacté et après un moment, j’ai demandé à Alan s’il voulait s’impliquer dans le nouvel album de Blackfield. Il est venu et a entendu des démos entières. Pour nous, travailler avec Alan Parsons était comme un rêve, tu vois : le gars qui a fait Abbey Road, Pink Floyd faisant maintenant nos sons, c’était inhabituel. J’ai souvent pleuré sur le travail d’Alan Parsons : « Eye in the Sky », « Old and Wise », toutes ces chansons qui me touchent encore. Et il était là, pour Blackfield V !

Je trouve d’ailleurs que la dernière chanson, « From 44 to 48 » aurait pu être sur un album d’Alan Parsons. Mais pourtant cette chanson a été écrite et produite par Steven. Etait-ce un clin d’œil à Alan Parsons ?
Non, non, mais tu as raison, elle est dans le même style … et c’est une chanson formidable pour finir l’album, pour le refermer et pour regarder derrière.

« October » est un morceau très sombre, tiré de ton album solo en 2009. Pourquoi as-tu souhaité le mettre dans cet album ?
C’est Steven. Il aimait vraiment beaucoup cette chanson et m’a demandé si j’étais OK pour faire une version pour Blackfield. J’étais d’accord, il la chante si bien, c’est incroyable ! C’est l’un de mes titres préférés.

Globalement, considères-tu que cet album est le plus rock des albums de Blackfield, avec des chansons comme « Family Man » ou « Lately » ?
Non … Non, je ne pense pas que je puisse le définir comme uniquement ‘rock’. Il est pop, il est rock … pour moi, « Lately » est une pop song … « Family Man » est un morceau plus enlevé avec des riffs de guitare … je pense que c’est Blackfield, avec différents genres – c’est une combinaison de sons israéliens exotiques, d’anglais, d’ambiances, nous ne sommes pas coincés dans un style.

On retrouve sur la pochette le flacon du premier album. Signifie-t-il que la ‘boucle est bouclée’ et que vous passez à autre chose ou au contraire, est-ce une manière de dire que les racines de Blackfield sont toujours présentes ?
Cela signifie que Blackfield est de retour, dans sa forme originelle, avec Steven et moi. C’est un duo, ce n’est pas un groupe, c’est Steven et moi ! La bouteille sur le 1er album et celle de cet album, c’est ça : il a fait son solo, j’ai fait le mien et nous recommençons à nouveau ensemble depuis le début. C’est très émotionnel !

Justement, sur ‘Welcome to my DNA’, Steven Wilson avait dit qu’il prendrait du recul – ce qu’il a fait avec le 4ème album. Pensais-tu qu’il reviendrait et pourquoi est-il revenu ?
Il est revenu parce qu’il sait que Blackfield sert l’art de faire sa musique de la meilleure des manières. Je pense qu’il entend dire que Blackfield est son nouveau Porcupine Tree, quand les fans peuvent entendre les chansons d’un Steven Wilson non jazzy, non proggy … juste Blackfield – c’est très puissant pour lui. Je le respecte beaucoup, tu sais. Quand il a dit qu’il voulait revenir, j’étais heureux bien sûr, c’est mon ami !

Avais-tu déjà commencé à écrire pour le nouvel album lors de la tournée du Blackfield IV ?
Non … ça m’a pris du temps, j’étais vraiment occupé. Je ne pouvais pas le considérer comme un projet secondaire, car je sais, avec Steve bien sûr, que ça marchera pour toujours … lui et moi écrivant nos propres chansons, les démos, le son spécial que tu connais de Blackfield …. un peu doux et noir, triste et mélancolique ….tu sais depuis la première seconde qu’il vient de Blackfield !

Mais Steven a été en tournée ‘non-stop’ depuis 2 ans. Cela a dû être difficile pour lui d’avoir du temps à consacrer à Blackfield. Comment et quand a-t-il pu s’impliquer au projet ?
Pour être honnête, Steven a travaillé plus dur que moi sur cet album, même s’il était très occupé. Il était sur chaque détail, sur la qualité des chansons, enlevait certaines parties, ajoutait des guitares, mixait lui-même l’album. Je le trouvais très enthousiaste et il était vraiment dedans de tout son cœur et de toute son âme

Et donc, avez-vous pu travailler ensemble ou vous êtes-vous envoyé chacun vos contributions musicales ?
On travaillait ensemble, il est venu chez moi à Tel Aviv quatre fois, je suis allé à Londres quatre ou cinq fois et nous sommes allés chez Alan Parsons en Californie et nous avons essayé de nous en tenir à la forme d’être ensemble en studio sans aucun email pour chercher des idées, et ce, du début à la fin.

Comment Steven et toi vous êtes-vous partagés les rôles dans la composition de l’album ?
Je suis toujours l’auteur principal de Blackfield, mais il écoutait chaque chanson, chaque idée que j’avais pour une rime, pour un chorus, etc. Aussi nous partagions tout le temps ensemble : il venait chez moi et il s’y enfermait deux semaines. Chaque soir, nous mangions en jouant de la guitare dans le living room, en essayant des choses – il y a une grande amitié entre nous. Nous ne nous contentions pas d’aller au studio de temps en temps, nous étions ensemble, nous parlions de tout, de Dieu, de Trump, de la vie, de l’amour … aussi je pense que dans cet album nous pouvons sentir l’amour.

Joues-tu souvent avec Mike Garson ? Connaissait-il la musique de Blackfield avant cet album ?
Oui, oui, bien sûr, il connaît Blackfield. Mike est un de mes amis, un pianiste incroyable qui a fait son chemin dans l’avant-garde, le jazzy, et d’autres styles … quand je l’écoute jouer, je suis jaloux !
Je l’ai découvert avec « Aladdin Sane » …
Extraordinaire ! Sur ce titre, c’était le meilleur ! Sur « October », il amène son style – et avec l’orchestre et la voix de Steven – c’est parfait !

Sur l’album précédent, tu as commencé à introduire des voix féminines avec Alex Moshe. Avec ce 5ème album, Alex semble être plus présente. Est-ce que c’est un chemin vers lequel Steve et toi aimeraient aller, tel que Steven l’a fait avec Ninet Tayeb pour sa carrière solo ?
J’ai présenté Ninet à Steven pour son dernier album. Il m’avait demandé si je n’avais pas une bonne idée pour une voix féminine. J’ai dit à Ninet de l’appeler pour travailler ensemble – elle était très contente ! Alex, elle a une voix formidable – Steven et moi l’avions entendue : elle a quelque chose dans sa voix, qui s’adapte parfaitement à Blackfield et si nous allons en tournée, elle sera là.

Justement, avez-vous planifié une tournée pour 2017 en France ?
Nous sommes en train de regarder différentes options, soit pour être tête d’affiche ou pour jouer avec un groupe plus grand. Peut-être jouerons-nous avec Biffy Clyro à la fin janvier à l’Olympia ?

Tu fais souvent référence à ton père absent et tu l’évoques entre souffrance et colère. Aujourd’hui, à 43 ans, te sens-tu apaisé et est-ce que cela t’aide en tant que père ?
(Il réfléchit) Je pense que j’ai grandi, oui. Tu vois, par exemple, la dernière chanson de Steven « From 44 to 48 », elle admet que, à la fin, nous n’avons rien. Nous avons de grands rêves, des plans, des grandes familles, des amis mais nous finissons seuls. Tous les liens finissent par se briser, ils se rompent avec le temps et même notre propre ADN, quoi qu’il en soit, finit par se casser. J’essaye d’avoir de l’amour en pensant à ça.

Parlons de ta carrière : en parallèle de Blackfield, tu as une carrière solo, pas très connue en France (exceptée ton premier album solo en anglais en 2009) – mais avec beaucoup de succès en Israël car tu chantes en hébreu. Est-ce que c’est le même public quand tu joues avec Blackfield ? Comment gères-tu ces ‘deux’ carrières en Israël ?
Jouer en Israël et jouer hors Israël sont vraiment deux histoires différentes, parce qu’en Israël tu pourrais me voir comme un symbole pour le processus de paix et à la cause de Rabin - étant sur l’aile gauche politique. Et hors Israël, c’est plus clean. Personne ne sait pour qui je vote, on me connaît comme un musicien, c’est tout. C’est un soulagement d’aller sur une tournée en dehors d’Israël car les gens ne me jugent seulement que sur ma musique.

Dans ce contexte, tu te sens mieux avec Blackfield ?
En Israël, c’est difficile, car c’est plus que des chansons, c’est le package entier : ce n’est pas un concert mais un message que je donne à la foule. Je suis très impliqué contre Netanyahou. Hors d’Israël, avec Blackfield, c’est clair, ce sont juste des chansons – c’est différent.

As-tu le temps d’écouter ce que font les autres artistes ? Qui as-tu le plus aimé cette année ?
Tame Impala ! Le groupe le plus intéressant cette année, le nouvel album de Bon Iver est incroyable. James Blake, Sigur Ros … j’aime beaucoup Radiohead mais ce n’est pas le meilleur album de l’année.

Quelle chanson d’un autre artiste aurais-tu aimé écrire ?
(Il réfléchit) : « Broken » de Jake Bugg

Dans l’absolu, quel est le musicien que tu aimerais inviter sur le prochain Blackfield ?
Wouah …si je peux, n’importe qui ?
N’importe qui !
Thom Yorke ! (sans hésiter)

Bon choix ! Pour terminer, pourrais-tu résumer en quelques mots l’atmosphère de ce nouvel album ?
Pour rappeler aux gens après Donald Trump aux Etats-Unis, et le Front en France, Netanyahou en Israël, Poutine en Russie, il y a toujours de la bonne musique et les gens ont toujours du temps pour rêver, pour créer et imaginer de meilleurs endroits. Blackfield est comme une île de fantaisie, c’est un oreiller pour y déposer ses larmes.

Il ne reste plus qu’à laisser partir Aviv vers Milan, non sans l’avoir remercié chaleureusement pour avoir répondu à toutes les questions en toute sincérité, mais aussi pour sa disponibilité et sa sympathie … et en espérant la concrétisation d’une tournée en France !

Interview réalisée le 24.11.16

Galerie

Photos par Thierry de Haro

Commentaires 

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