Interview

Zeus!

22 Mars 2016

Oui, Oui, Oui, nom de Zeus!

par Aleksandr Lézy

C’est dans une loge minuscule que Paolo et Luca, l’incroyable duo italien de Zeus!, a eu l’extrême gentillesse de nous accorder une longue interview, juste avant leur concert à Marseille. De manière très détendue et lucide, les deux Bolognais nous parlent de qui ils sont, d’où ils sont partis pour en arriver à enfanter l’un de mes albums préférés de 2015, leur Motomonotono. Parfois, un peu à côté des questions posées mais dans une sorte de consultation à deux, ils avaient envie de s’exprimer sur ce qui leur arrive, ce qui a rendu l’entretien très vivant et enrichissant. Moments choisis !

Luca Cavina : basse
Paolo Mongardi : batterie


Chromatique : Présentez-vous s’il vous plaît !
Paolo Mongardi
: Je suis Paolo Mongardi, je joue de la batterie dans plusieurs groupes/projets mais celui-ci est mon principal ! Pour moi, c’est un moyen d’exprimer ce qu’il est possible de faire avec une section rythmique, d’explorer les possibilités en étant libre de tout mouvement pour faire quelque chose d’intelligent, sans être trop complexe dans la manière d’écrire la musique.
Luca Cavina : Je suis l’autre moitié ! Je suis un autodidacte et pour moi Zeus!, tout comme pour Paolo, est de faire le plus possible avec le moins. C’est ce que nous avons toujours fait et pour chaque album c’est comme si nous trouvions une nouvelle façon d’accomplir ça mais différemment. Nous essayons à chaque fois d’être honnêtes avec nous-mêmes et avec les autres. C’est une sorte de minimalisme maximal, quelque chose comme ça.

Pourquoi avez-vous choisi de jouer en duo ?
Paolo : Au début, nous avons essayé d’être un trio. Luca jouait de la basse mais aussi de la guitare acoustique, et les toutes premières répétitions, nous utilisions un looper. Le choix de ne jouer qu’à deux est survenu à la suite du split de notre groupe précédent. Nous avons continué à jouer des grooves et des choses bizarres ensemble, c’était l’idée, mais nous ne trouvions personne pour jouer avec nous. On cherchait une fille qui pourrait faire de la basse et chanter en même temps. Un ami qui possède un label nous a proposé d’arrêter de nous prendre la tête et de participer à un concert qu’il organisait.
Luca : Il nous a poussés à monter un répertoire et à trouver un nom !
Paolo : On a alors tenté d’arranger vingt minutes de musique à deux et le concert a été super pour nous d’après les retours que nous en avons eus ! Du coup, on s’est dit : allez !

Quel est votre processus d’écriture pour vos morceaux ?
Luca : Nous jouons ensemble depuis de nombreuses années, on improvise beaucoup dans notre salle de répétition et on enregistre quasiment tout sur Pro Tools. C’est la première étape. Le fait de jouer ensemble depuis aussi longtemps a fait que nous nous connaissons vraiment très bien, du coup il y a plein de riffs bizarres qui viennent sans que nous n’ayons rien eu à nous dire avant ou même à écrire. Je ne sais pas écrire la musique. On reprend certaines idées après réécoute ; on décide alors de choisir des directions et on laisse le reste de côté. Du coup, c’est à chaque fois spontané mais guidé. Mais en même temps comme nous participons à d’autres projets, ce n’est pas facile de se retrouver à part pendant les tournées, du coup ça nous laisse beaucoup de temps pour réfléchir à comment mettre toutes ces idées ensemble. C’est un mélange d’improvisation, d’écriture, de décisions sur les structures et ensuite beaucoup de temps sur les micros détails.
Paolo : Il nous arrive de faire tourner une idée pendant des heures. On développe et on enveloppe !
Luca : Pour cet album par exemple, l’idée du concept est venue du fait que parfois on joue très ensemble puis un tout petit peu en décalage, et ensuite on inverse et Paolo fait la même chose. Nous sommes spontanés mais en même temps nous pensons énormément à ce que nous faisons.
Paolo : Pour ce nouvel album, nous avons beaucoup joué avec les décalages sans forcément essayer de faire de la polyrythmie. On essaye de faire très simple, qu’on puisse reconnaître quelques notes ou quelques rythmes sans qu’on puisse pourtant immédiatement comprendre ce qu’il se passe.

Pourquoi aimez-vous jouer ce genre de musique ?
Luca : On pourrait te donner plein de réponses rationnelles à ce propos mais en fait c’est juste ma manière de penser qui m’a conduit à ça. Jouer de cette manière n’a pas été planifié, ça sort juste comme ça. Alors certes, c’est rationnel au niveau de l’architecture de nos chansons mais ce que nous jouons dedans est un peu aussi ce que nous sommes.

Quelles sont vos influences ?
Paolo : Tout ça s’est passé à l’adolescence en torturant mon cerveau, et pour répondre un peu à la question précédente aussi, je ressens le besoin de composer des patterns bizarres mais qui ont du groove, étranges. Mon influence pourrait être Bill Bruford celle que je ressens le plus en moi aujourd’hui, ou d’autres batteurs de jazz mais j’ai adoré des batteurs comme Igor Cavalera et compagnie.
Luca : En apparence, on pourrait dire qu’on joue de manière superficielle car en fait nous reproduisons des choses que nous écoutions quand nous étions jeunes, on reproduit des stéréotypes mais on les utilise de manière créative en les mélangeant consciemment ou inconsciemment avec notre manière de faire. Donc, ce que tu entends en apparence peut être considéré comme du grindcore ou quelque chose comme ça. Tout dépend qui écoute car nous avons des riffs metal avec des blasts beats mais nous ne sommes pas un groupe de metal. Tout dépend du contexte et du « background » de l’auditeur. Parfois, on se méprend sur notre musique à cause de ça.

Considérez-vous avoir des liens avec le rock progressif ?
Luca : Oui, bien sûr ! Mais le mot « progressif » est un mot étrange car il peut signifier tellement de choses … On peut parler d’indigestion pour cet album. L’album précédent Opera a été très bien perçu par les critiques parce qu’il était bien emballé et rempli de moments explosifs, du coup, tout le monde, même les amateurs de progressif, pouvaient se retrouver dedans, alors que Motomonotono, si tu rentres un peu dedans, tu peux éventuellement trouver quelque chose d’intéressant et à l’opposé, trouver ça complètement inintéressant.
Paolo : Motomonotono est moins joyeux, entre l’hypnotique et le paranoïaque …

Comment l’album a été perçu par le public et la presse ?
Luca : La chose vraiment marrante, dans les chroniques en particulier, c’est que parfois l’album n’a été compris ni par ceux qui n’ont pas aimé, ni par ceux qui nous ont donné de très bonnes appréciations. C’est comme s’ils passaient à côté !
Paolo : Parfois, il y a une ignorance complète sur le produit même quand il y a beaucoup d’« étoiles » … Mais, c’est normal, il n’y a pas de problème avec ça, que l’on aime ou pas. Nous avons des fans partout, sur la scène contemporaine ou pop ou metal. Je le répète, pour ceux qui ne nous ont jamais vus en concert, nous sommes convaincants ! J’aime voir les gens même au fond de la salle qui, au lieu d’aller fumer une clope et partir chercher une bière au bar, restent captivés : quarante-cinq minutes de concentration. Parfois, on voit des pogos ou des « circle pits », parfois des statuts !
Luca : Chaque réaction est le fruit d’une trop forte compréhension ou d’une incompréhension, comme par exemple les pogos, je peux comprendre que notre musique conduise à ça. Une petite anecdote il y a plusieurs années déjà, dans un squat en Italie vers quatre heures du matin peut-être cinq. Il y avait des gosses shootés à la MDMA qui attendaient de la Drum n’ Bass, mais ils ont eu nous ! Alors ils ont commencé à faire « yeah » mais pour eux c’était la même chose. Et pour moi, c’était super intéressant de regarder des gars comme ça, de voir que ta musique peut signifier tellement de choses.
Paolo : On est lentement en train de comprendre ça, même après les concerts on se dit : « non, ce soir ce n’était pas terrible » alors que les gens nous disent quand même que c’était bien ! Alors …
Pourquoi avoir choisi ce titre pour l’album ?
Luca : Motomonotono est un jeu de mots. Dans un sens, cela explique le concept d’écriture. C’est ce que je te disais tout à l’heure, dans les chansons le pattern est toujours le même du début jusqu’à la fin, c’est la partie monotone. Mais dans cette monotonie, il y a un mouvement. Motomonotono est aussi une onomatopée, ou une suite de mots comme un riff !
C’est ma question la plus bizarre de tous les temps. Quelle question aimeriez-vous que je vous pose ?
Rires
(Après une longue pause) Paolo et Luca : C’est vraiment dur comme question !
Luca : Une seule ne suffirait pas mais celle qui les résumerait toutes serait : Que feriez-vous si vous ne faisiez pas de musique ? Et ensuite …
Paolo : La question que j’aimerais qu’on pose à Zeus!, c’est : où voulez-vous arriver en jouant ce genre de musique, que voulez-vous faire passer comme message, quel est votre but ?

Interview réalisée le 14.12.2015

Galerie

(D.R.)

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