Interview

The Mute Gods

11 Mars 2016

Nick Beggs au singulier

par Raphaël Dugué

Nick Beggs est un musicien au planning très chargé, non seulement il tourne et enregistre avec Steve Hackett et Steven Wilson mais il a aussi décidé de lancer son projet solo, The Mute Gods, avec Roger King et Marco Minnemann. La sortie du premier album du groupe, Do Nothing Till You Hear From Me était donc l’occasion pour Chromatique d’échanger avec le bassiste britannique.

Entretien réalisé en collaboration avec Lucas Linussio.

Chromatique: Comment est né le projet The Mute Gods ?
Nick Beggs:
J’ai été encouragé par Thomas Waber du label Inside Out, il m’a conseillé de créer un projet basé sur mes compositions qui pourrait montrer le type de musique que j’écris et j’ai pensé que c’était une bonne idée puisque je n’avais jamais fait ça auparavant. J’ai donc commencé The Mute Gods qui est devenu un véhicule pour mes propres compositions.

Pourquoi avoir décidé d’en faire un trio ?
Ce n’est pas seulement un trio, il y a trois musiciens principaux sur le disque Roger King, Marco Minneman et moi-même mais il y en a six ou sept autres invités et ils ont un rôle très important sur certains morceaux. La raison est que je voulais créer des couleurs et des ambiances variées. J’ai eu l’opportunité de travailler avec d’anciens collaborateurs et je pense que c’est une bonne formule grâce à laquelle le projet pourra évoluer dans le futur avec un trio et des musiciens autour.

Pourquoi la guitare est-elle très présente sur cet album alors qu’aucun des membres du trio n’est guitariste à la base ?
Nous savons tous jouer de la guitare mais je n’en n’avais jamais joué sur un projet. C’est donc un peu comme si nous parlions tous une deuxième langue couramment. J’ai pensé que tout le monde pourrait apporter quelque chose de façon naturelle.

The Mute Gods est ton projet mais les autres membres ont-ils été impliqués dans la composition ?
J’ai en effet écrit la majorité de l’album, Roger King a co-écrit un morceau instrumental avec moi. Marco Minnemann n’a rien écrit pour cet album. Certains invités aussi ont un peu participé mais j’ai quasiment tout composé.

J’ai cru comprendre que l’album était engagé politiquement, peux-tu m’en dire plus ?
C’est un album politique, au sens large du terme : il parle de médias, de religion, des relations personnelles, de l’écologie. C’est un disque semi-autobiographique, certaines chansons sont basées sur mes expériences personnelles. Je suis mécontent du niveau de désinformation qui entoure nos institutions. La façon dont on nous donne des informations et celle dont nous nous en abreuvons m’inquiète. Les institutions dirigeantes du monde m’inquiètent parce qu’elles nous trompent et nous donnent une version édulcorée de la réalité. Faire cet album me permet d’exprimer tout ça et c’est très important pour moi.

Comptes-tu faire une tournée avec The Mute Gods ?
Pas avant le prochain projet (sur lequel je travaille).Si le public s’intéresse au groupe, il y aura peut-être une tournée. Pour le moment l’album me plaît et je vais voir la réaction du public, il faut avoir son soutien pour partir en tournée.

As-tu toujours apprécié le rock progressif ?
Oui mais pas seulement, j’ai apprécié beaucoup d’autres genres en grandissant. Quand suis devenu professionnel dans les années quatre-vingts, le progressif était confidentiel et je ne pouvais pas en jouer au début de ma carrière. Je gagnais ma vie en tant que musicien pop ou rock. Heureusement, aujourd’hui le genre a été redécouvert.

L’image du rock progressif a changé ces dernières années. En effet, il devient presque tendance, qu’en penses-tu ?
J’ai un sentiment ambivalent à ce sujet, il y a de la très bonne musique en ce moment, mais il y en a de la vraiment mauvaise aussi. L’erreur de beaucoup de groupes de prog moderne est qu’ils n’écoutent que du prog, ils devraient élargir leur horizon et se nourrir d’autres genres.

Comment est née ta collaboration avec Steve Hackett ?
Steve m’a appelé et m’a demandé de faire partie de son groupe, je lui ai répondu que j’adorais sa musique, que c’était un honneur pour moi et lui ai aussi demandé « qui vous a donné mon numéro? »

Comment a débuté ta collaboration avec Steven Wilson ?
Steven Wilson avait joué avec Steve Hackett en 2009, c’est à ce moment que j’ai commencé à m’intéresser à sa musique, à Porcupine Tree et à ses différents projets. Dans les années quatre-vingts dix, je crois avoir reçu une maquette de Porcupine Tree et j’avais trouvé alors sa façon de faire tout lui-même très intéressante, mais je n’ai pas pu le signer. Après avoir pu jouer en concert avec lui et le groupe de Steve Hackett, il m’a demandé si je pouvais participer à son deuxième album, Grace for Drowning, sur lequel j’ai alors enregistré des parties de Chapman Stick. Lorsqu’il a souhaité créer un groupe de tournée, il m’a contacté et j’ai dû me mettre en retrait de celui de Steve Hackett qui a été très compréhensif. Maintenant je travaille pour les deux.

Proposes-tu des idées à Steven Wilson pendant l’enregistrement de ses albums ?
Oui, il y a toujours des opportunités avec Steven Wilson : je lui propose des concepts ou des idées et, si ça lui plaît, il les garde.

The Raven that Refused to Sing (2013) était plus orienté vintage avec l’idée de revenir vers le son des années soixante-dix alors que Hand. Cannot. Erase. (2015) est plus moderne dans son approche. Est-ce quelque chose que tu as ressenti aussi ?
Je ne suis pas vraiment d’accord, les deux albums ont été enregistrés de la même manière en studio. L’un à Los Angeles et l’autre à Londres mais ils ont été créés de la même façon.

La plupart des gens écoutent de la musique via des services de streaming et sur des platforms videos ; quel est ton sentiment à ce propos ?
Je suis en colère contre tous ces gens, je suis en colère contre Spotify, Youtube et tous ceux qui se font de l’argent avec notre musique sans nous rémunérer correctement. Si tu vas sur Youtube et que tu tapes The Mute Gods, tu peux regarder notre nouvelle vidéo mais avant, il faut que tu regardes une publicité de merde et ces connards ne nous donnent rien ! Dans le futur, nous aurons plus de pouvoir, et ils vont devoir faire avec. Il y a des musiciens très doués et il va falloir faire des changements en ce qui concerne la notion de droit d’auteur.

Interview réalisée le 17.12.2015

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