Interview

Franck Carducci

17 Décembre 2015

Prog à Part

par Thierry de Haro

Depuis trois ans, la côte de popularité de Franck Carducci ne cesse de progresser, touchant un large public prog, rock, folk – conséquence d’un répertoire éclectique où tout le monde trouve son compte. Au retour d’une première tournée triomphale au Royaume-Uni, et avant de partir aux Pays-Bas puis en Estonie, Franck et son groupe investissent en ce début d’automne un endroit mythique de la capitale parisienne : le Bus Palladium !
Temple des Yéyés dans les sixties, et lieu chargé d’histoire – par exemple, David Bowie s’y produisit en 1965 lors de sa première venue en France – l’endroit est également célèbre pour la remise des Bus d’Acier dans les années quatre-vingts, récompense octroyée à quelques noms prestigieux du rock français : Bashung, Mano Negra, Rita Mitsouko, Noir Désir, …
L’occasion était trop belle pour ne pas en profiter et discuter avec Franck de son parcours, de ses passions, de son actualité et de ses espoirs pour l’avenir.


Chromatique : Pour nos lecteurs qui ne te connaissent pas encore, pourrais-tu nous décrire brièvement tes débuts ?
Franck Carducci : Depuis que j’ai l’âge de quatre ans, étant issu d’une famille de musiciens, j’ai grandi en écoutant les Beatles, en jouant du piano, en apprenant la guitare, la basse, la batterie et tout un tas d’instruments. Depuis tout jeune, j’ai toujours joué avec des groupes, fait des concerts et tourné dans des pubs. J’ai fait mon premier pub, j’avais quatorze ans – c’était du délire car je n’avais pas l’âge d’y entrer, je voyais les panneaux ‘interdit aux moins de seize ans’, et moi je jouais (rires). Il y avait deux formules pour les pubs : une formule acoustique à deux ou trois grattes et chants : on jouait principalement les Beatles, mais aussi les Stones, et j’avais un groupe où on tournait pas mal à travers la France, avec un répertoire de reprises – assez ‘Classic Rock’, mais également avec des titres plus modernes, qui allaient de Genesis (« Jesus He Knows Me ») à Bowie, en passant par les Doobie Brothers ou les Eagles.

Quels sont les évènements qui ont marqué ta carrière ?
En 2003, j’ai joué avec Matis, la chanteuse de country-folk : elle avait signé un album chez Polygram – elle était donc pas mal connue et on allait jouer dans pratiquement tous les pays d’Europe ! On a fait beaucoup de festivals comme le célèbre festival country de Mirande ou des premières parties comme Albert Lee, Murray Head (à Mirande) … et même Dick Rivers (rires). Sur les premières parties, on a vraiment rencontré des supers musiciens et pendant quatre à cinq ans, j’ai eu la chance de jouer avec elle, et ce, jusqu’à ce que je parte m’installer aux Pays-Bas, à Amsterdam.
Ceci dit, l’évènement qui a vraiment été le plus marquant pour moi fut ma rencontre, quelques années plus tard, avec Steve Hackett. Quand tu grandis avec Genesis, Pink Floyd, les Beatles, faire la première partie de Steve est vraiment un grand moment, très différent des autres premières parties, même s’il s’agissait d’artistes importants, comme par exemple, Bill Wyman des Stones. Il se trouve qu’avec Steve, on a bien discuté, et je l’ai revu, par la suite, régulièrement. C’est lui qui m’a encouragé à faire un album, c’est lui qui m’a dit ‘Tu dois faire un album !’ Moi, au départ, je ne savais pas trop, je lui disais : ‘Mais ça ne sert à rien, ça ne va intéresser personne !’. Et il m’a répondu en donnant le bon argument : ‘ce n’est pas grave … tu le fais pour toi, comme ça si ça marche, tu es content et si ça marche pas, tu es content quand même car tu l’as fait pour toi !’. Il m’a même dit : ‘tu le fais égoïstement !’
Alors, j’ai fait cet album Oddity et … oui, c’est un album égoïste, car il me représente, j’y ai mis tout ce que j’avais dans mon cœur ! L’ autre évènement : la sortie d’Oddity, qui me permet de le jouer en live avec mon premier groupe à Amsterdam - puis avec un nouveau groupe, quand je suis redescendu en 2013 habiter à Lyon – encore plus investi dans le projet avec moi !

Revenons sur ta rencontre avec Steve Hackett, qui semble être l’évènement ‘déclencheur’ de ta carrière. Dans quelles circonstances a-t-elle eu lieu et quelles en sont les conséquences ?
J’ai fait la première partie de Steve Hackett pour l’association ‘Genesis France’ qui a organisé un évènement de deux jours à la campagne. Je les avais aidés pour l’organisation, et ils m’avaient proposé de faire la première partie de Steve.
J’ai joué une demi-heure avant lui mais quasiment dès le début de mon set, Steve était déjà prêt et là, tout seul, à m’écouter sur le côté de la scène. Ensuite, il est venu dans ma loge et on a pu discuter pendant trois quarts d’heure. Tu te rends compte : ‘Interview privée ‘ … j’ai beaucoup de chance car non seulement Steve est un mec formidable, qui m’aide et m’inspire, mais en plus, forcément, d’avoir cette connexion là, ça aide à en avoir d’autres.
Tu vois, par exemple, Clive Nolan, le clavier de Pendragon, m’a appelé un jour pour me dire : “Tiens, je fais un concert, est-ce que tu veux venir chanter avec moi un morceau ?”. J’y suis allé, c’était aux Pays Bas, et j’ai chanté deux morceaux. C’était il y a deux ans. Cette connexion avec Steve m’a ouvert des portes.

Tu as aussi joué avec son frère …
Son frère John est venu jouer «  Achilles… » avec moi sur scène en Belgique. Je l’avais aussi rencontré au cours de l’évènement dont je te parlais. Après, il y a toute une histoire de rencontres : Steven Wilson, par exemple, je l’ai vu plusieurs fois grâce à Steve … indirectement : c’est Nick Beggs – un gars super sympa – bassiste pour ces deux musiciens qui m’a fait rentrer backstage au concert de Steven. Je l’ai aussi vu à Lyon, et quand Steve Hackett a fait sa ‘Release Party’ à Londres, j’y étais et Steven Wilson aussi. Il était au bar, on a pu discuter un moment. La dernière fois que je l’ai vu, c’était à Amsterdam, il se rappelait de moi. Je lui ai dit que j’avais beaucoup aimé le Raven …. Si je le recroise un de ces jours, je lui donnerai mon nouvel album car j’ai beaucoup d’affinités avec lui, j’adore ce qu’il fait. Et si un jour j’avais l’occasion de travailler avec lui, ça serait un très grand plaisir et un très grand honneur !
J’ai aussi rencontré grâce à lui, Marco Minneman ou Steve Harris, le bassiste d’Iron Maiden à qui j’ai donné mon CD (et qui m’a dit qu’il l’écouterait). De même, j’ai rencontré Roine Stolt, également en ‘connexion’ avec Nad Sylvan. Tous ces mecs là sont super sympas, humbles et ne se prennent pas la tête !

Autre projet majeur et intéressant dans ton parcours : The Rome Pro(G)ject. Comment t’es tu retrouvé dans cette aventure ?
J’ai été invité par Steve Hackett à sa fête de mariage en Italie, à Perugia, où il avait convié tous les gens qui le font travailler : des tourneurs, des producteurs, des musiciens. J’ai rencontré à cette occasion Vicenzo Ricca, le directeur du Rome Pro(G)ject. On a bien discuté, je lui ai laissé mon CD, et deux-trois jours après, il me téléphone et il me dit : “j’aimerais bien que tu fasses partie du projet”, qu’il me présente : il y a Steve Hackett, son frère John, David Cross, Nick Magnus, Richard Sinclair et d’autres gens du milieu du Prog. Il rajoute : “Je devais avoir Antony Phillips, mais ça ne peut pas le faire, et j’aimerais bien que tu fasses sur un morceau la basse et la douze cordes”. Je l’ai fait et ça lui a bien plu, et il m’a alors proposé deux autres morceaux. C’était super pour moi de participer à ce projet, ça m’a bien boosté !
Pour l’anecdote, il y a encore pas mal de gens qui me disent : “tu devrais écouter un truc super, ça s’appelle le Rome Pro(G)ject, c’est super bien !” et je réponds : “Oui, je sais, je suis dessus en photo … car j’ai joué sur trois morceaux, basse et douze cordes !” (rires)

Tu fais désormais partie intégrante de ce Rome Pro(G)ject puisqu’on parle d’une suite pour début 2016. Qu’en est-il exactement ?
Il est déjà en partie enregistré : je joue sur un morceau, guitare douze cordes et basse. Il y a du beau monde sur ce projet : bon, ce sont les mêmes que la dernière fois – bien sûr Steve et John Hackett … je n’ai pas encore la liste exhaustive car tout n’est pas finalisé. Mais c’est déjà bien avancé.

Revenons maintenant sur ta discographie et commençons par le commencement, à savoir Oddity, ton premier album. D’après ce que j’ai lu, vu ou entendu, il couvre quinze ans de ta vie. Tu confirmes ?
Oui, absolument ! Il y a des morceaux que j’avais faits, qui étaient dans mon ordinateur, et je pensais qu’ils allaient y rester. « The Quind », je l’ai composé avec mon ami d’enfance Nicolas Gauthier, avec qui je faisais les pubs. On avait seize ans … et quand Oddity sort, j’en ai trente-deux ! En fait, « Alice » est le seul que j’ai composé après, c’est-à-dire une fois que je me suis dit : “tiens je vais faire un album”. Je me suis lancé dans le projet, il me manquait un titre et j’ai fait « Alice ».
Tous les autres étaient déjà écrits avant. Avec « Alice », le but était d’en faire un au format radio … ce n’était pas tant dans l’objectif d’avoir une approche commerciale mais simplement parce qu’il est important d’être diffusé. Si tu n’es jamais diffusé, personne n’entend parler de toi et tu n’as pas de possibilité de concert.
Je me suis dit : “je vais faire une histoire rigolote sur le thème d’’Alice in Wonderland” et écrire ce morceau au format radio qui dure donc … (il prend le CD et regarde la durée) … 11 minutes 50 !!! C’est un échec (rires) mais il me plaisait et je me suis dit : “je le garde comme ça !”.

Fait-il référence au Space Oddity de Bowie ?
Le dernier titre « Last Oddity » est une sorte de suite à Space Oddity… ça m’a inspiré car Space Oddity est lui-même inspiré du film de Kubrick, 2001 Odyssée de l’Espace que j’adore ! Et comme j’aime aussi beaucoup Bowie, je me suis dit que j’allais faire un morceau qui serait la suite !
En plus l’album est plein de personnages plus ou moins étranges (‘Oddity’ veut dire ‘Etrangeté’), je l’ai appelé ainsi en lien avec cette chanson, même si le disque en lui-même n’est pas relatif à Bowie. Et à la fin de la chanson, j’ai mis en clin d’œil un de ses riff (il fredonne).

Il y a aussi un morceau qui a surpris bon nombre de critiques, de par son côté très folk : « The Eyes Of Age » …
Celui-là, je l’avais fait avant – je ne l’ai pas enregistré pour cet album. Il date de la période avec Matis, mais c’est moi qui l’ai écrit, chanté, je l’aimais bien et je me suis dit “je vais le mettre au milieu, ça fait fera un truc un petit peu différent”’. C’est vrai qu’il n’a pas le même son que les autres, car il n’a pas été enregistré à la même époque, ni dans le même studio avec les mêmes musiciens.

Quelques mots sur la pochette d’Oddity, où le côté étrangeté dont tu parlais est vraiment mis en avant ?
Oui, ce n’est pas un album concept, donc c’est une pochette où j’ai souhaité faire le lien entre tous les titres qui n’ont aucun lien entre eux. J’ai voulu le créer par la pochette sur laquelle j’ai placé tous les personnages : le vieux sage, le spaceman, Achilles, Alice, …

Est-ce dans tes intentions de faire un jour un album concept ?
J’ai déjà un thème pour ça – un scénario déjà écrit, une histoire. On pourrait en faire un film, un album, mais c’est beaucoup de travail, beaucoup d’investissement … Ce n’est pas quelque chose que je veux faire tout seul : ça pourrait être un projet de groupe, ou un film, mais c’est un truc que je voudrais faire en étant aidé. En tous cas, l’histoire est écrite depuis dix ans … pour tout te dire, je l’avais fait avec mon cousin et on a envoyé ce scénario à Spielberg, on lui avait envoyé un petit colis en étant sûr que s’il l’avait lu, ça lui aurait forcément plu. Mais l’a-t-il fait ? En tous cas, si Spielberg vient sur ce site, il faut qu’il sache que …

(je coupe) Franck, je ne veux pas te donner de faux espoirs, mais je n’ai jamais lu encore un commentaire de sa part … (rires) mais on sait jamais, il a peut-être écrit sous un faux nom …(rires) …
enfin voilà, mais ça pourrait aussi être album, j’y ai déjà pensé.

Tu as joué dans pas mal de styles différents. Est-ce que ces influences ressurgissent au moment où tu composes ?
Oui. Par exemple, à l’écoute d’Oddity, il y a des gens qui m’ont dit : “on sent vraiment tes influences très fortes” … alors bien sûr, ils ont raison, essentiellement parce que ce sont des morceaux que j’ai composés en ne pensant pas les sortir donc je pouvais me permettre de faire ces clins d’œil … Par exemple, à Bowie à la fin ou encore le petit riff à la « Echoes », qui est un vrai clin d’œil au morceau de Pink Floyd – mais je porte bien mes influences et n’en ai pas honte parce que c’est vraiment ce qui vient de mon cœur. En plus, je ne sais pas si tu le sais, concernant « Echoes », il y a une légende qui consiste à couper le son de la dernière partie de 2001 Odyssée de l’espace et le remplacer par « Echoes ». On peut voir alors que les changements de rythme vont parfaitement avec l’image – j’ai déjà fait l’expérience ! Il paraitrait donc que Pink Floyd a composé ce morceau sur 2001, et c’est aussi pour cela que j’ai fait cette référence à ce morceau, car il y a un lien avec le film. Dans le deuxième album, j’ai moins eu besoin de porter aussi fièrement mes influences – je pouvais me le permettre, ayant acquis une ‘petite notoriété’. J’avais envie de faire un truc un petit peu plus personnel... même si, de toute façon, les influences se sentent toujours – elles sont moins évidentes, il n’y a pas forcément un lien aussi évident que sur Oddity.

La transition est parfaite avec Torn Apart le nouvel album. D’abord, la pochette - fondamentalement différente de l’esprit de celle d’Oddity
Mon claviériste, Olivier Castan, est caricaturiste – il a d’ailleurs réalisé l’affiche du Crescendo 2014 – et du coup, m’a proposé plein d’idées pour la pochette. Le thème de cet album est un peu plus sombre, en relation avec des évènements de ma vie et moins basé sur des histoires un peu féériques, comme sur le premier album.

En terme de démarche, quelles différences peut-on faire entre cet album et le précédent ?
La démarche du premier album est, tu l’as compris, totalement libre : je me dis “je n’en attends rien, je le fais pour moi … il n’y aura sûrement pas de concerts” parce qu’à l’époque, je n’imaginais pas qu’il y ait un groupe qui veuille le jouer en live – donc je fais mon album chez moi, tranquille, sur les conseils de Steve Hackett et voilà ! Pour le deuxième, c’est différent, parce que maintenant, j’ai quand même des gens qui m’aiment bien, me suivent, sur Facebook, Internet, Twitter et me demandent : “Alors, on veut une suite à Oddity, on aimerait bien entendre quelque chose”. Et puis, en même temps, j’ai un groupe, on a fait pas mal de concerts, de festivals. Quand on a un groupe, il faut qu’il vive – parce que s’il fait deux concerts dans l’année, ça ne marche pas ! Il a besoin d’unité, d’actualité. Le deuxième album doit aussi donner envie aux gens de l’écouter et aux clubs de nous organiser des concerts. Attention, je ne dis pas que l’on va essayer de vendre tant d’albums – parce que je ne vis pas de ça – mais il faut qu’il soit suffisamment accrocheur – je dirais ça entre guillemets – pour qu’il y ait des concerts qui ‘tombent’. Parce que c’est ce qui m’intéresse le plus, ce qui est essentiel !

N’est-ce d’ailleurs pas la différence entre le premier et le second album : tu as trouvé un public ‘progressif’ …
Oui, c’est vrai mais je n’ai pas forcément envie de me cantonner au progressif – bon c’est sûr, j’aime le prog mais ce n’est pas pour ça que je vais me limiter … par exemple, j’ai un petit morceau qui dure une minute et demie – piano-voix. Je ne pense pas qu’on puisse appeler ça du prog, mais je l’aime bien et je me suis dit que j’allais le mettre dans le nouvel album, car quelque part, c’est ça aussi la force du prog !
C’est ce que disait Peter Gabriel dans une interview : “le Prog n’a pas de limite, on peut tout mélanger, on mélange les styles, on mélange les sons” … donc si tu veux, n’importe quoi peut être prog – ce qui n’est pas prog, ce serait de faire un album où tout est pareil. Mais tu fais un album de douze minutes et derrière un morceau de deux minutes, c’est une démarche prog, c’est dans l’esprit du progressif tel qu’il était à l’époque.

Rentrons un peu plus dans ce nouvel album avec un premier titre, « Torn Apart » qui démarre sur un riff très rock seventies … et un style différent de ce que nous avions entendu sur Oddity. Le fait de commencer par ce titre (qui est d’ailleurs celui du disque) traduit-il une volonté de ta part de dire d’entrée qu’il y a une cassure avec l’album précédent ?
Oui, à part « Alice » sur le précédent … mais, on va dire que j’étais un peu ‘énervé’ sur ces compositions – qui font référence à des évènements plus personnels. C’est un morceau que j’ai écrit pour mes filles en fait et il y a beaucoup d’énergie – de rage aussi -. J’ai trouvé que l’intro était un bon début pour démarrer l’album. Du coup, on commence aussi nos concerts de la même manière.

Globalement il y a plus de passages ‘rock’ que dans le premier, notamment dans les trois titres référencés très seventies (« Journey To The Mind », « A Brief Tale Of Time », « Artificial Paradise »). Est-ce la présence de deux guitares qui donne ce rendu plus ‘rock ‘ ?
Oui, j’ai voulu donner une couleur un peu plus rock, car Oddity était constitué de morceaux que j’avais écrits il y a longtemps … sauf « Alice » que j’ai composé bien après les autres et qui était aussi plus rock. Du coup, j’ai voulu continuer dans cette lignée là, mais en gardant quand même le côté planant – il y a plein de passages planants, y compris dans « Torn Apart » au milieu. Mais il y a aussi des moments très hard rock et le fait d’avoir Mathieu Spaeter à la guitare a ajouté une couleur qu’on avait sur scène et que je voulais garder sur quatre ou cinq titres … alors oui, ‘ça envoie’ ! (Sourires)

C’est vrai qu’il a ce côté plus ‘hard’ que le premier, mais en même temps, paradoxalement, n’est-il pas aussi beaucoup plus ‘prog’ ?
(Il coupe) Ah tu sais, il y a beaucoup de gens qui me disent l’inverse mais moi je suis plutôt d’accord avec toi. Le fait qu’il y ait un morceau d’1 minute 15, suivi d’un autre de plus de 14 minutes, comme je le disais précédemment, c’est très prog comme démarche. Et puis, il y a des changements d’atmosphère, complètement à l’opposé d’un passage à l’autre. Si tu regardes «  A Brief Tale Of Time » par exemple, il y a des moments très “babos”, très années soixante et d’autres futuristes avec des sons de machine … celui-là et « Artificial Paradise » sont des titres très développés, avec beaucoup d’idées et ce sont les préférés du public.

Steve Hackett a participé sur « Closer To Irreversible ». Peux-tu nous raconter comment est née cette collaboration et ensuite, comment a-t-il perçu l’album dans son ensemble ?
Aussi incroyable que ça puisse paraître, c’est lui qui me l’a proposée ! Il m’a dit : “Tu fais un nouvel album ? Cool … si ça te dit que je fasse un solo dessus, ce sera avec grand plaisir !”. Par la suite, il a trouvé l’album super bien, mais quand il a joué, je ne lui avais fait écouter que trois morceaux et c’est lui qui a choisi celui-là … je ne lui ai pas vraiment demandé pourquoi ce choix de « Closer To Irreversible ». Ca me semblait logique qu’il le fasse parce que c’est un morceau qui tranche … si je l’avais fait jouer sur « A Brief Tale Of Time » ou « Artificial Paradise », ça aurait été plus dans la lignée de ce qu’il fait normalement alors que là, on est plutôt dans un blues, un morceau un peu plus léger et du coup, je pense qu’il a pu s’éclater en le jouant. La semaine dernière d’ailleurs, j’ai discuté avec lui et il me disait qu’il a en partie improvisé. En fait, il s’imprègne du son, de l’atmosphère de la chanson … et le reste, c’est de l’improvisation.

Lorsqu’on suit l’actualité du groupe, il est clair qu’un nouvel élan a été donné cet année, ne serait-ce que par le nombre de dates de concerts ? A quoi attribues-tu cette nouvelle notoriété (nouvel album, certains festivals clé comme Véruno, …) ?
On a beaucoup de concerts, on s’est beaucoup bougé pour trouver des dates … la difficulté est qu’on n’est pas trop connu mais par contre, le gros point positif est que la plupart des gens qui viennent nous voir aiment beaucoup le show, la musique. Ils en parlent sur les réseaux sociaux et non seulement ils reviennent nous voir, mais ils amènent du monde sur les concerts suivants. Il y a une vraie dynamique qui se crée et tu vois, on est au Bus Palladium ce soir … ça fait un moment que je voulais le faire et ne pouvais pas – et maintenant c’est possible ! En plus, c’est un super endroit, je n’étais jamais venu - j’aime beaucoup la boule à facettes, je leur ai demandé s’ils l’ont piquée à Pink Floyd (Rires)

Dans le même ordre d’idée, quelle est l’actualité future du groupe ? Y-a-t-il un troisième album en préparation ?
Non, pas pour l’instant mais l’enregistrement d’un Blu-Ray le 21 Novembre. Ca va se passer sur un concert spécial, nous allons faire une résidence avec les cameramen à Riotord (à côté de Saint-Etienne), au Climax. Ca va durer deux jours, avec les ingés sons, les lumières : on va répéter le show, les caméras vont être placées à différents endroits – puis, on va faire deux concerts à la suite. On voulait vraiment faire ça : filmer sur une soirée, c’est super pour nous, ça fait des archives, des vidéos sur YouTube … mais on ne peut pas faire un DVD avec ça. A la limite, on peut toujours en faire des bonus, mais un DVD entier, ça semble difficile car il peut toujours y avoir des petites erreurs, mais surtout des conditions de film. Les gens qui filment ne savent pas forcément ce qui doit être filmé, alors que là, on va répéter en expliquant ce que l’on veut, qu’ils filment sur chaque passage. Ils connaîtront le spectacle par cœur, vont filmer les entrées en scène, le backstage, etc.

Avec tout le monde que tu connais maintenant, de Steve Hackett à Roine Stolt en passant par Clive Nolan, n’as-tu jamais songé à faire des premières parties de leurs groupes devant des assemblées très conséquentes ?
Si, si, plein de fois j’ai demandé mais … pour Steve Hackett, c’est simple : il ne fait jamais de première partie, parce que son concert est déjà très long et ce serait compliqué de faire un changement de plateau. Pour Pendragon, j’ai demandé plusieurs fois, mais ce n’est pas Clive qui s’en occupe et tu contactes les managers qui sont très sollicités par ailleurs … il faudrait tomber sur quelqu’un qui a le coup de cœur et qui dise au sien : “Je veux que ce soit Franck Carducci qui fasse ma première partie !”. Pour Clive, il n’a jamais encore eu l’occasion de voir notre concert, donc il ne sait pas ce que ça donne. Mais s’il nous voyait sur un festival où on serait ensemble, et si le show lui plaisait, ce serait plus simple car là, on serait en contact aussi directement avec son manager. Sinon, l’autre solution est de payer ! Je m’étais renseigné pour la première partie de Deep Purple, mais ça coûte énormément d’argent. Pour l’année prochaine, on va essayer de faire un maximum de festivals, car ce sont des endroits où on peut élargir notre public.

Comme il s’agit de ta première interview Chromatique, pour terminer, je vais te demander de nous donner tes cinq albums ‘ Ile déserte’ … que veux-tu, on n’échappe pas aux traditions ?
Alors, sans hésitation, d’abord le Genesis Selling England by the Pound.Puis ensuite le Pink Floyd Animals Après, c’est difficile de ne pas mettre le Pink Floyd Dark Side Of The Moon. Pareil pour le Genesis Foxtrot, il y a quand même « Supper’s Ready » ! Pour terminer, forcément Abbey Road des Beatles. …bon, c’est difficile je vais enlever le Dark Side et le Foxtrot et vais mettre : Supertramp Crime of the Century, et j’emmènerais aussi Billy Joël The Stranger.

Dernière question : Quel est l’album de ces dernières années que tu aurais aimé composer ?
En fait il y en a deux : d’abord, The Raven That Refused To Sing (Steven Wilson) … même si j’avoue que je ne l’aurais pas composé comme ça : ce n’est pas mon style de composition dans le sens où c’est très technique par rapport à ce que je fais …. par contre j’adore cet album, j’adore TOUS les morceaux. Il y a un disque que j’aime vraiment, c’est Transatlantic The Whirlwind. C’est pour moi le meilleur album des dix dernières années. C’est vraiment celui que j’aurais aimé composer.

Nous arrêtons là cette longue interview – car le temps est venu pour Franck de se préparer pour rejoindre la scène du Bus Palladium. Merci pour sa disponibilité, sa gentillesse et sa sincérité et j’encourage l’écoute de ses deux albums pour toutes celles et ceux qui n’ont eu l’occasion de venir. Je parie qu’ils seront alors pris d’une irrésistible envie de venir découvrir Franck et son groupe sur scène … D’ailleurs, veinards que nous sommes en ce moment d’être en ce lieu … car la parole est maintenant au Rock’N’Roll. Alors, ‘Faites du Bruit !!!’ comme il a l’habitude de le répéter durant ses concerts. A coup sûr, il sera entendu …

Interview réalisée le 29.09.15

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Photos par Thierry de Haro

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