Interview

Pryapisme

12 Septembre 2015

Érection infernale

par Florent Canepa

Avec Pryapisme, c’est toujours un peu la foire. En interview, cela n’a donc ni queue (de chat) ni tête (d’ampli). Mais on y parle tout de même de consanguinité, d’un Metallica fantasmé et de Wakeman qui, décidemment, s’emmerdait avec Yes. Tout cela, pas si loin des armageddons sonores du Hellfest. Moteur. Bière. Action.

Chromatique : J’ai envie d’axer l’interview sur les chats car je sais qu’ils vous sont très chers. C’est un vrai sujet. Les chats vont prendre le pouvoir mais c’est pour quand ?
Nicolas :
Tu sais qu’il y a un mythe qui veut qu’ils déclenchent un irrépressible amour et c’est d’ailleurs pour cela que les vidéos de chat font le plus de vues sur YouTube. En fait, on répète dans la maison de la maman de notre batteur qui est éleveuse de chats. Le délire vient de là et celui qui est sur notre premier disque est un animal que nous connaissions vraiment, un chat d’élevage. De pur race, donc il crève vite parce que forcément, à force de baiser ta sœur, ton patrimoine génétique n’est pas très varié.

N’est-ce pas après l’écoute du disque qu’ils ont tendance à décéder à cause de la surcharge auditive?
Non, je pense qu’ils peuvent supporter plus que nous donc leur cerveau n’explose pas. Mais nous avons, c’est vrai, un certain attrait pour la race féline.

Dans notre chronique, on a qualifié Pryapisme de thrash 8 bit. On voit une scène électro-bidouillage-bizarre émerger avec vous, Igorrr et même The Algorithm…
Je ne sais pas si c’est une scène homogène car les groupes n’ont rien à voir musicalement. Nous sommes énormément attachés au son 8-bit en effet. Igorrr va être plus baroque. On est tous attirés les uns vers les autres car on mélange des styles différents, on cherche à faire des choses atypiques. Par exemple, The Algorithm est dans une veine plus progressive. C’est fou, il passe du dub au djent en deux secondes. Igorrr, c’est un peu comme nous, tout en même temps, sans qu’il y ait finalement grand rapport. On connait Gautier depuis longtemps, on s’est connu sur Myspace, moi je joue des guitares pour lui, Ben joue du clavier. Je vais peut-être l’accompagner sur scène, ce qui sera une forme de vacances pour moi en termes de jeu par rapport à Pryapisme (rires). On va découvrir Remi de The Algorithm puisque nous allons partager une affiche.

Une compo avec Pryapisme, ça se passe comment ? Rendez-vous à l’asile ?
Non, c’est plutôt rendez-vous au fichier midi (rires). Les morceaux sont quasiment écrits de A à Z par Aymeric. Ben aussi et maintenant il y a deux nouveaux membres qui écrivent mais moi très peu finalement car je suis autodidacte, je joue du metal et je suis une merde. J’ai beaucoup de mal à écrire un morceau de Pryapisme en entier. Je suis plutôt bon pour sortir le triolet magique. Chacun rajoute sa couche. En plus, je suis à distance des autres donc la mixture se passe par fichiers interposés. Sur Futurologie, il n’y a pas ma guitare, d’ailleurs. Je n’étais pas disponible.

Ah ! Et c’est toi qui fais la promo ?
Ah, mais je peux te parler de l’album, il est très bien ce disque (rires). J’ai fait veto sur l’EP car j’avais beaucoup de boulot mais je serai sur le prochain. Aymeric fait aussi la promo parfois, je te rassure. Mon travail est prenant. Comme beaucoup de gens qui ont des groupes, j’ai un travail à côté, je suis technicien son. Je fais de la prise de son, du mixage.

J’ai l’impression qu’on ne vous voit pas tant que ça en concert. Est-ce parce que c’est dur à reproduire sur scène ?
Ce n’est pas le problème. C’est plutôt que nous n’avons pas de tourneur, on doit tout organiser nous-mêmes. Ce n’est pas évident et tous les membres de Pryapisme sauf moi ont plusieurs groupes. Notre claviériste joue dans Ultra Zook, Aymeric a je ne sais pas combien de side projects que je découvre parfois en lisant ses interviews dans la presse. Nils est professeur au conservatoire, Antony aussi. On a du mal à s’organiser des longues périodes pour partir en tournée. Ce qui est bien, c’est qu’on peut réarranger et faire des choses vraiment plaisantes depuis que nous sommes cinq sur scène. Il faut bien comprendre que notre logique sur album est différente : on essaye d’en mettre un maximum et on est content quand le CPU commence à fondre (rires). Après, on se retrouve à se demander comment on va réussir à transcrire ça en live. La scène, c’est une autre facette du groupe, plus organique. Nils joue sa Telecaster au doigt sur un Fender Twin alors que moi je suis très typé metal. Pour la faire courte, il joue du Bach, je joue du Maiden. C’est un génie, lui. On peut se permettre de mettre de côté l’aspect sérieux et progressif comme Yes dont les membres s’engueulaient à la fin des concerts quand l’un d’eux faisait une erreur. C’est pour ça que Wakeman allait trainer avec les gars de Black Sabbath car eux n’en avaient rien à battre et se défonçaient. On fait généralement deux concerts par an à Clermont, donc cette année, on est finalement plus actifs ! Au programme, il y a le Rock In Opposition avec Art Zoyd qui joue après nous, c’est assez génial. On fait l’Euroblast à Cologne, et c’est la première fois que je vais parler en anglais entre les morceaux. Car je suis un gros bavard sur scène. Je fais des blagues pourries sur Alain Madelin, donc là, il va falloir adapter car sinon ils vont un peu s’emmerder (rires).

Quel est votre rêve musical ultime ?
On avait une idée, c’est de faire Roberto Malone, l’opéra rock mais c’est un peu tendu (rires). J’aimerais bien aller dans Metallica, virer Lars Ulrich, prendre Dave Lombardo, dire à James Hetfield « tu fais les backing vocals et la guitare rythmique uniquement s’il te plaît » et on prend John Bush au chant, et là on commence à rigoler. On peut aussi virer Kirk Hammett, tiens ! Je ne sais même pas si je jouerais dedans d’ailleurs. J’ai commencé la guitare grâce ou à cause d’eux. Je jouais « Master of Puppets » à vingt fois le tempo et du coup j’avais un peu de tendinite. Plus sérieusement, on adorerait jouer au Japon avec Pryapisme. On avait lancé un « objectif Kyoto ». On est attiré par le pays, la culture et j’aimerais en profiter pour m’acheter des guitares là-bas.

Nous sommes au Hellfest. Quel est ton coup de cœur et quel est le classique que tu ne veux pas louper ?
Cette année, j’y bosse. J’aimerais bien voir At the Gates même si je n’aime pas trop leur dernier album. J’avais aussi découvert Enslaved il y a quelques années ici et c’est quasiment l’un de mes groupes préférés aujourd’hui. Ils ont un esprit black metal seventies bien à eux. J’aime aussi les classiques comme Brutal Truth, Cannibal Corpse qui va jouer cette année, j’avais vu Morbid Angel il y a trois ans. Il y a toujours des choses que tu découvres. Après, il y a aussi des déceptions : Motorhead hier, c’était Norwich Union, convention obsèques...

Si tu devais faire une collaboration ?
On fait des collaborations plutôt avec des instrumentistes : par exemple un saxophoniste sur un morceau si besoin. Mais dans l’absolu, incorporer Mike Patton dont on me parle tout le temps, ça ne m’intéresse pas vraiment. Nous sommes des enfants de Mr Bungle, c’est comme ça qu’on s’est connu, en chantant des morceaux de Disco Volante, à tue-tête dans la voiture en allant à un concert de John Zorn. Tu vois l’idée. Et surtout Estradasphere qui est l’influence majeure de Pryapisme, du moins dans la démarche. Tous les musiciens qui viennent de ce groupe sont des tueurs. Par exemple Timb Harris qui joue dans Secret Chiefs. Lui, ça me ferait plaisir de trouver quelque chose à faire avec son violon !

Le futur immédiat pour Pryapisme ?
Comme je te disais, on va faire quelques concerts. Nous allons enregistrer le troisième album, nous sommes en cours actuellement, on a les fichiers midi, les parties de batteries sont déjà faites. Cela nous arrive beaucoup de modifier les morceaux pendant le mix, on adore ça. Dès qu’on peut en rajouter une petite couche, on le fait ! Il y a pas mal d’additions car deux nouvelles personnes composent. Notre bassiste-chanteur-guitariste-flûtiste Antony a une façon de faire très intuitive et c’est vraiment un musicien génial. Nils aussi compose, c’est un guitariste classique élevé à Zappa et Robert Fripp. Il a un son unique. Je ne sais pas trop vers où on va mais on y va ! On ne cherche pas une homogénéité au départ et finalement, elle se dégage comme sur Hyperblast, sans doute aussi grâce à la production. Nous privilégions la clarté au détriment de la puissance : l’auditeur doit pouvoir tout écouter et c’est un vrai challenge.

Questions rapid fire ou feu rapide, soyons français. Tu es plutôt Atari ou Amstrad ?
Je suis plutôt Amstrad car on avait un CPC 6128 à la maison. Je joue encore aujourd’hui à Target Renegade, Gryzor, Fruity Frank, Deflektor. Je peux t’en citer plein.

Plutôt Miles Davis ou Led Zeppelin ?
Plutôt Led Zep mais j’aime bien Miles Davis quand même ! On a tous des goûts différents dans le groupe, Aymeric va cracher sur John Bonham.

Scène ou studio ?
Scène, plutôt. Le studio c’est rigolo, c’est à la maison, on boit le café, on pond le riff. Mais c’est long, laborieux. La scène, c’est du bonheur tout de suite. Je suis les leçons de Bruce Dickinson, j’essaie de m’adresser à chaque personne, je les regarde dans les yeux, ce n’est pas moi qui suis intimidé, c’est eux qui doivent l’être.

Flic ou voyou ?
Moi, je suis flic et même fils de flic, dis donc. On est très sage, pas délire rock’n’roll. La décadence, la perte de contrôle de soi… j’ai lu suffisamment de livres qui ne m’ont pas donné envie de rentrer là-dedans. Il faut avoir la maîtrise, je ne bois pas une goutte d’alcool avant de monter sur scène.

Retour au début. Tu es plutôt chien ou chat ?
Eh bien, paradoxalement, plutôt chien. J’ai un cocker, Ambre, que j’adore et que j’ai depuis plusieurs années. Complètement stupide mais je l’aime.

Merci, Nicolas !

Interview réalisée le 20.06.15

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