Interview

Collin Leijenaar (Affector)

01 Juin 2012

Compte à rebours enclenché

par Dan Tordjman

La fin du monde est – paraît-il – proche. C’est pourquoi Affector a décidé de rendre un dernier hommage à l’humanité en intitulant son album Harmagedon. C’est une des raisons pour lesquelles Chromatique a tenu à s’entretenir avec l’un des deux « cerveaux » du groupe, en l’occurrence Collin Leijenaar. Une dernière confession avant la supposée arrivée de l’apocalypse ?

Chromatique : Collin, à quand remontent les débuts d’Affector ? Initialement, il s’agit d’un projet que tu avais prévu de mener de front avec Daniel Fries qui a vite pris la forme d’un véritable groupe avec les arrivées de Ted Leonard et de Mike LePond …
Collin Leijenaar : De mémoire, il faut remonter à 2005. J’étais avec Neal Morse sur sa tournée acoustique. Lors d’un concert en Allemagne, Daniel est venu me trouver avec un CD de son groupe en me disant : « Si tu veux le passer à Neal ou l’écouter, c’est au choix ». Or Neal était en pleine session d’autographes et celle-ci s’éternisant quelque peu, je lui ai proposé d’aller dans sa voiture écouter son disque. Et j’ai trouvé ça très bon. A partir de là, nous avons gardé le contact, tout en échangeant. L’idée de départ n’était pas particulièrement ambitieuse : nous voulions juste faire un album tous les deux : solo ou un groupe ? Nous ne savions pas vraiment, mais l’envie de collaborer était là. Durant le processus d’écriture, nous nous sommes dit en toute sincérité que ce matériel était trop bon pour rester confidentiel. Comment Ted et Mike ont-ils intégré le projet ? Daniel était en contact avec eux via e-mail et Facebook et au moment d’établir la liste de musiciens susceptibles de nous rejoindre (en plus de Jordan Rudess, Neal Morse, Derek Sherinian & Alex Argento), il a cité leurs noms et, de suite, j’ai été emballé. Il a semblé naturel que cette aventure devienne un vrai groupe et nous sommes tombés d’accord sur le principe : Affector était né.

Etablir une trame autour de l’Harmagedon, en ces temps où l’on parle de fin du monde, n’est-ce pas ironique ? J’imagine qu’on a souvent dû évoquer le sujet avec toi ?
Oui, tu t’en doutes ! Pour nous, c’est une manière drôle et un peu décalée de voir les choses. L’an dernier en parlant de l’histoire, on s’est dit que l’album était prévu pour 2012, année de la fin du monde, selon les prophéties Maya ; pourquoi alors ne pas écrire une histoire autour de ça ? On s’est penché plus précisément sur le sujet, surtout qu’aux Etats-Unis ils sont complètement paranoïaques concernant ce thème. Quand tu les écoutes, la fin du monde a déjà eu lieu trois fois. J’ai ma théorie, quant à moi : personne ne sait où, quand, comment cela se passera.
Le défi était de rester authentique. A partir de là, on a poussé le vice jusqu’à scanner les extraits de la Bible afin de les utiliser pour les textes. Si tu écoutes attentivement les paroles, tu remarqueras qu’il n’y a pas de rimes, ce qui est intéressant en soi parce que l’on a, en général, tendance à vouloir s’approprier un concept, des faits ou une histoire et faire sa tambouille. Or là, nous sommes restés fidèles à l’original.

L’idée est intéressante, mais vous avez dû transpirer pour pouvoir faire cohabiter les paroles avec la musique. Comment avez-vous procédé pour tout mettre en place ?
C’était effectivement comme un puzzle. On a commencé avec la musique. Cela dit, il faut se replacer dans le contexte initial : au départ, on devait faire un album instrumental. Et puis, chemin faisant on s’est dit : « Tout de même, avoir un chanteur serait chouette, ça ferait presque mal de s’en passer ». Nous nous retrouvions dès lors face à un double challenge, car nous n’avions pas prévu du tout de paroles et il fallait faire en sorte qu’elles s’imbriquent parfaitement avec la musique. Cela a été parfois compliqué, ne serait-ce qu’à cause de deux mots de trop ou d’une mesure impaire rendant impossible la cohabitation paroles / musique. Mais on s’en est quand même sorti. En fait, Daniel est à créditer pour cette partie du travail.

Musicalement, vous brassez large en dépit de références assez marquées et évidentes comme Spock’s Beard, Iron Maiden, Queen ou Genesis. Dans votre cas, il est difficile de réfuter la maxime qui dit que c’est dans les meilleurs pots que l’on fait les meilleures soupes. En fin de compte, c’est un disque de metal progressif à l’ancienne. Penses-tu qu’il y ait encore aujourd’hui en 2012 un public réceptif à ce genre d’albums ?
Si tu fais référence à Dream Theater en parlant de « Metal Progressif à l’ancienne », je suis on ne peut plus honoré. Mais je pense qu’aujourd’hui le contexte est différent, les attentes sont plus grandes, sans compter que la manière d’articuler la promotion autour d’un disque à changé. Entre le mastering, l’envoi des morceaux au label et la sortie, il peut se passer tellement de temps. Pour ma part, j’ai été très nerveux car j’ai eu peur que l’on tombe dans l’oubli. Les premières chroniques ont été publiées cette semaine et elles ont eu vite fait d’effacer mes angoisses. Pour en revenir au champ musical, on a fait ce projet pour nous, pour voir ce que l’on pouvait créer ensemble et faire naître l’alchimie.

Justement, après quelques écoutes, Harmageddon m’est apparu un peu comme une sorte de gigantesque comédie musicale progressive. Y a-t-il des références du genre qui auraient pu vous influencer d’une quelconque manière ?
Nous en avons vues quelques unes effectivement. Pour autant, dire qu’on a sciemment repris l’idée, ce serait aller vite en besogne, car tout ce qui est autour de nous nous influence. Je crois que ce qui t’a fait penser cela est le fait que nous ayons rajouté une intro très typée Opera rock reprenant les thèmes de l’album.

Y a-t-il des chutes des sessions d’enregistrement ?
Il y effectivement un titre pour lequel nous n’avions pas de paroles. Il ne collait pas réellement au concept. Ted va sans doute devoir enregistrer le chant à nouveau.

Une transition parfaite qui me permet de te demander du coup si Affector est un One shot ou si vous envisagez de remettre le couvert ?
Tu penses bien qu’on va remettre le couvert ! On est déjà en train de travailler sur le prochain disque. Certes c’est encore au stade embryonnaire, à l’échange des idées et des riffs. On espère que les ventes d’Harmageddon nous permettront de pouvoir continuer à enregistrer, sans quoi…

Parle-nous un peu des contributions de Messieurs Rudess, Morse, Sherinian & Argento.
Daniel a contacté Derek qui est disponible pour des sessions. En 2009, alors que j’étais avec Neal Morse à ouvrir pour Dream Theater, j’ai pu parler en coulisses avec les membres du groupe. J’ai touché deux mots du projet à Jordan, lui demandant si ça l’intéresserait d’apporter sa petite pierre à notre humble édifice. Sa réponse fut positive, sous réserve bien entendu d’avoir écouté au préalable. Je mentirais si je ne disais pas que le fait de jouer avec Neal Morse y est pour quelque chose. J’ai forcément dû demander à Neal (Rires). Il nous fallait quand même un claviériste principal avec un type de son constant afin de garder une certaine cohérence à travers le disque. Alex est la première personne à laquelle j’ai pensé après avoir entendu et acheté ses albums solo. D’ailleurs, je les recommande à tes lecteurs car c’est de la dynamite ! C’est exactement le genre de musiciens que je recherchais. Il s’est montré très enthousiaste et la collaboration a été très fructueuse !

Maintenant que tu as confirmé qu’un deuxième album est dans les tuyaux, peux-tu nous dire si vous prévoyez d’ouvrir la porte à Ted et Mike pour la composition ?
C’est prévu depuis le moment où ils nous ont rejoints. Harmageddon a été écrit avant leur arrivée. Il est clair que nous voulons qu’ils participent à l’écriture du prochain album. Mais il faut savoir que Ted & Mike ont quand même changé quelques détails ici et là sur leurs parties respectives et, en ce qui me concerne, j’ai aimé cette prise d’initiatives. Pour Ted, j’avoue ne pas savoir à quoi m’attendre concernant sa part d’implication car le bonhomme va être pris entre quatre groupes, il va être assez occupé !

Cette implication au sein de plusieurs formations est sans doute un frein à la possibilité de vous voir sur scène ?
Il y a plusieurs options possibles. A notre stade, en plus de faire concorder nos agendas, les ventes de l’album parleront et nous permettront d’envisager de planifier ou non des concerts. Ted est occupé, mais nos géographies respectives sont également un problème. Cependant, je tends à penser à qu’avec une bonne organisation et un bon timing, tout peut arriver. Les groupes de progressif peuvent tourner, et toutes proportions gardées, il y a de la place pour faire deux tournées mondiales ! (Rires)

Que peut-on souhaiter à Affector en cette année supposée estampillée catastrophe ?
J’espère sincèrement que les fans adhèreront au propos développé dans Harmageddon. C’est un disque fait par des passionnés de musique pour des passionnés de musique avec l’amour du travail bien fait : avoir un produit fini entre les mains peut vraiment boucler la boucle. De plus, avec le regain d’intérêt du vinyl, les fétichistes du support pourront trouver l’album dans ce format. Alors, n’hésitez pas ! Chromatique semble suivre ce projet depuis longtemps. Aussi, je vous remercie de nous accorder ces colonnes sur votre site. A bientôt, j’espère !

Interview réalisée le 25 avril 2012

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