Interview

One Shot

04 Octobre 2007

One Shot

par Mathieu Carré

ENTRETIEN : ONE SHOT

  Origine : France
Style : Rock jazz progressif
Formé en : 1997
Composition actuelle :
Philippe Bussonnet : basse
James MacGaw : guitares
Emmanuel Borghi : claviers
Daniel Jean d’Heur : batterie
Dernier album : Ewaz Vader (2006)
Photos : Fabrice Journo

C’est juste avant de débuter une folle semaine avec Magma que les trois membres de One Shot, également sociétaires kobaïens, nous ont accordé un entretien. One Shot, quartet électrique et éclectique, avait fait forte impression quelques jours avant dans le cadre des Tritonales. Une occasion aussi de revenir sur leur dernier album Ewaz Vader.

Progressia : Pour débuter, quel sont vos parcours respectifs ? Depuis quand jouez-vous ensemble et quelles sont vos influences personnelles ?
Emmanuel Borghi :
Je suis pianiste et claviériste. Je travaille avec Christian Vander depuis 1987 dans ses différentes formations : Offering, son trio Magma et ses projets jazz. Avec Philippe, nous nous connaissons depuis un petit moment. On a décidé de fonder un quartet électrique avec James MacGaw et Daniel Jean d’Heur : One Shot.
Philippe Bussonnet : Je joue de la basse électrique et suis membre de Magma depuis 1996. Auparavant, j’ai fait toutes sortes de trucs axés rock rhythm’n’blues voire jazz. Nous nous sommes rendus compte que nous avions envie de faire le même genre de musique, mélange de musique improvisée et écrite, avec un son électrique.
James MacGaw : Musiques écrite, musique improvisée et un James… J’ai commencé la musique à 13 ans. Ma mère m'a acheté une guitare et inscrit à un cours. J'ai rapidement fait l'acquisition d'une guitare électrique étant fan d’ AC/DC à l’époque, et c’est toujours le cas d’ailleurs. J’ai par la suite travaillé la guitare classique et parallèlement tout ce qui me plaisait (metal, etc.). Quand j’ai rencontré Bubu [NdlR : Philippe Bussonnet], j’avais 15 ans.
PB : Daniel, James et moi sommes Belfortains. Nous avons commencé ensemble quand on avait seize ou dix-sept ans, avec des groupes divers.
JMG : On s’est mis dans la tête de faire du jazz alors qu’on n’en avait pas du tout la culture mais parce ça nous nous passionnait aussi.
PB : On s’est mis dans la tête de faire du son !
JMG : Pour commencer, dans le premier trio jazz que nous avons monté, Bubu s’était mis à la basse en quinte trois semaines avant. Pour ne pas rester sur la touche, je me suis accordé avec un open tuning spécial : do sol do sol do fa. Je ne savais donc plus jouer de guitare, déjà que ce n’était pas terrible avant. Ce fut notre première expérience en trio et cela remonte à une vingtaine d’années.

Par rapport au niveau des influences collectives, y a-t-il des éléments sur lesquelles vous vous retrouvez ?
Tous :
Oui !
JMG : Il y en a pourtant sur lesquels on ne se retrouve pas, bien que nous ayons une culture commune. Nous avons quasiment grandi ensemble.

Comment présenteriez-vous la musique de One Shot pour ceux qui ne la connaissent pas ?
EB :
Comme l'a dit Philippe, c’est un mélange savamment dosé de musique écrite avec pas mal de plages d’ improvisations, assez binaire dans l’ensemble.
PB : c’est du rock jazz progressif !
EB : … du rock jazz, pas du jazz rock… Avec une recherche d’un son assez rock.

A l’écoute de votre disque, on a l’impression que le coté jazz rock était plus présent à vos débuts en 1999…
EB :
Pour le premier disque, nous avons adapté les morceaux que nous avions composés de notre côté afin d’établir un répertoire. C’était une maquette enregistrée dans une grange avec nos moyens, et comme cela sonnait bien, nous avons voulu sortir le disque, bien que le répertoire en question était un peu moins homogène. C’est ensuite que nous nous sommes vraiment mis à écrire pour le groupe.
PB : Les morceaux du premier album ont été adaptés pour le groupe. Ce n’est qu’après que nous avons composé avec l’idée d’un son caractéristique.

C’est nettement plus cohérent...
PB :
… et plus efficace !

Avez-vous l’impression que les choses ont changé du fait de jouer en parallèle chez Magma ?
Tous :
Non.
PB : Je ne pense pas. Disons que ça nous permet de pratiquer ensemble, ce qui est un avantage.
JMG : Nous avons confiance les uns dans les autres.
PB : Ca nous permet de jouer ensemble même avec une mauvaise écoute.

Mais cela n’a-t-il pas influencé de manière particulière vos…
PB :
Je crois pas non.
EB : Sans doute, inconsciemment...
JMG : De toutes façon, influencés, nous l’étions avant.
PB : Influencés comme par tout reste : Tony Williams, Jimi Hendrix et tout ce qui nous a pété à la figure !

N’est-il donc pas difficile de vous émanciper de Magma, qui reste tout de même d’une grande importance ?
JMG :
Cela reste un exercice de style de jouer du Magma. C’est un monde qui est codifié dans la manière d’interpréter, de traiter le son et de composer. La difficulté ne réside pas là. Magma reste un langage. Si nous devions nous-même faire du Magma, alors oui, cela deviendrait un exercice de style.

A travers vos longs morceaux, vous retrouverez-vous dans des musiques comme le post rock, par exemple Godspeed You ! Black Emperor ?
PB :
Oui en ce qui me concerne, mais au travers de milliards d’aspects différents.
JMG : Nous écoutons vraiment beaucoup de musiques différentes, et sans à priori. Quand nous discutons avec des Anglais avec qui nous partageons la scène, par exemple, on se retrouve plus facilement qu’avec des gens qui aiment bien savoir dans quelle catégorie on se positionne.
PB : Ces frontières entre les types de musiques reste un problème en France...
JMG : Nous nous entendons généralement bien avec les musiciens étrangers car ils n’ont pas d’à priori.
PB : Ils s’en balancent de mélanger du jazz avec quoi que ce soit.
JMG : Les mecs ont sur leur baladeur aussi bien du ukulélé, de la guitare classique désaccordée que du metal…

Avez-vous l’impression que c’est réellement un problème typiquement français ?
JMG :
C’est une nécessité en France de savoir à quelle catégorie tu appartiens afin de t’identifier, de te dire « T’es comme-ci, t’es comme ça » et « T’es mon copain »… ou pas…
EB : James le tourne en dérision mais ça reste assez proche de la réalité.
PB : C’est surtout pénible au niveau des clubs dont la programmation réside en un unique style de musique. Il existe des clubs de jazz, de rock et il n’est pas question de faire autre chose. D’ailleurs ici au Triton, ce n’est pas le cas.
EB : Pour en revenir à la longueur des morceaux, la raison est que nous essayons toujours de fouiller, de développer chaque idée. Nous pourrions également en diviser certains afin d’en créer plusieurs autres. Bref, ils s’imbriquent et s’enchaînent de cette manière. Nous prenons notre temps sur les chorus car nous voulons jouer. Du coup, nous ne sommes pas du tout « formatés radio ».
PB : Le format n'est pas une volonté délibérée. Ce n’est pas non plus une obsession de composer de dix minutes voire un quart d’heure. C’est juste naturel.

Quels sont vos rapports avec le Triton ?
JMG :
C’est devenu un lieu familial où nous avons pu expérimenter, jouer et enregistrer. Ils nous ont soutenu depuis le début. Ceci dit, Bubu soutient depuis le début le lieu car il est Lilasois… Lilasien ?
EB : Il habite à côté en fait !
JMG : C’est une vieille histoire, depuis la création du Triton.
PB : … en 1999.
EB : J’ai appris récemment que je suis le musicien ayant le plus grand nombre d’heures à mon actif avec Magma et One Shot… et le trio !
JMG : Tu as le score !
PB : D’ailleurs, ce soir, tu joues avec un pompon sur ta casquette ! (rires)

Et le fait que Jean-Pierre Vivante (NdR: patron de la salle du Triton) vous considère comme le plus grand groupe de rock du monde, comment le prenez-vous ?
EB :
Au deuxième, voire troisième ou quatrième degré. Peut-être le pense-t-il mais bon !
PB : Il faut lui demander ! Il faut interviewer Jean-Pierre Vivante ! C’est lui qui nous a poussés à faire le troisième disque.
JMG : C’est grâce à lui que nous avons pu le réaliser. Cela faisait cinq ans que nous avions ce projet et que ça n’avançait pas. Jean-Pierre a insisté : « Je vous donne les moyens, faites-le ! ». De là, tout s’est accéléré !

Une figure paternelle ?
JMG :
Un ami. Une personne qui est impliquée, qui donne un retour positif sur notre travail, qui assiste au concert et qui participe !

Pensez-vous qu’il existe un moyen de développer de manière viable une musique instrumentale aussi complexe ?
PB :
Je l’espère…
EB : Il est certain que nous pouvons en douter au vu de la fréquentation des concerts. Il y a un public, mais pas forcément en France. Aux Etats-Unis ou en Allemagne, les gens nous écoutent. C’est un peu plus compliqué ici. Disons que les gens favorisent un groupe avec un chanteur. Ils se retrouvent davantage dans un orchestre avec des voix. Peut-être est-ce dû au fait que c’est un instrument plus naturel. Mais nous persévérons. La preuve, nous existons depuis une décennie.
JMG : Si tu veux une réponse d’un vendeur de la FNAC : « Non, il n’ y a aucune chance ». En réalité, les gens qui viennent nous voir en concert nous remercient, ils sont heureux parce qu’on essaie de communiquer quelque chose. On n’est pas là pour montrer comme on joue bien de la guitare ou du piano.
EB : Ce sont les démonstrations de virtuosité qui agaçent les gens…
JMG : Quand tu finis un concert avec, sur scène, les quatre mecs trempés avec un grand sourire, c’est pas la même chose qu’avec des mecs endimanchés qui viennent te montrer qu’ils sortent des trucs que tu ne sauras jamais faire.

Quel est votre avis sur Internet ?
JMG :
Pour nous, cela ne peut être que positif. Etant donné notre notoriété extrêmement réduite, le fait que notre nom circule, même si on sait très bien que c’est sans payer les droits, permet de faire voyager notre musique.

En écoutant votre album, j’ai pensé à plusieurs artistes, pouvez-vous me dire ce que vous en pensez ? Spectrum de Billy Cobham.
JMG :
On aime bien évidemment mais c’est l’auditeur qui est plus à même de juger.
EB : Il y a une grosse part d’inconscient dans les influences, si on met à part le musicien qui essaie de faire un exercice de style. Nous en sommes nourris et, cela ressort d’une manière ou d’une autre. Suivant ?

Les reprises du Lifetime de Tony Williams par le Trio Beyond ?
EB :
On adore!
JMG : Bien sûr! Lifetime, « Emergency ».. . A partir du moment où on l'a découvert, cela ne nous a plus lâché. C’est habité, vraiment inspiré. Cela raconte quelque chose et est joué avec une fraîcheur et des risques qu’on n'entend plus guère maintenant.

C’est cette notion de prise de risque qui vous intéresse ?
JMG :
Dans ces moments là, il y a quelque chose de vrai qui transpire de la musique. Quand tu l’entends, tu ne peux plus t’en passer.
EB : Et ce sont de supers musiciens. Quand tu aspires à devenir musicien, ce sont des gens que tu as plutôt tendance à prendre en exemple.

Guapo, qui sont vous plus contemporains ?
PB :
Ils sont très sympas. On les a rencontré au RIO festival de Carmaux mais nous n'avons pas vraiment eu le temps d’écouter leur musique.
JMG : Je pense qu’ils sont encore plus rock dans leur optique.

Les projets de Chief Inspector comme Camisetas ou Limousine ?
PB :
Est-ce la bande à Méderic Collignon ? En effet, c’est une démarche un peu parallèle à la nôtre. Ils sont peut-être restés dans une optique un petit plus jazz au sens traditionnel du terme alors que pour nous, plus on peut s’éloigner de cet idiome, mieux c’est. Mais au niveau du genre d’énergie, des risques qu’ils prennent, c’est un peu parallèle à ce qu’on essaie de faire.

Après Ewaz Vader, avez-vous un nouveau disque en projet ?
EB :
Oui, on commence à travailler dessus….
JMG : On va essayer de ne pas mettre cinq ans cette fois !
EB : Jean-Pierre m’a encore dit qu’il voulait produire le nouvel album mais il faut qu’on rôde nos morceaux en concert.

Avez-vous pensé à un nouvel album live sur les bases d’Ewaz Vader ?
JMG :
Si on arrive à faire un bon enregistrement aux Etats-Unis, on pourra peut-être sortir quelque chose. Nous allons jouer en première partie d’Allan Holdsworth.
PB : Là, çà vaut le coup de venir ! Ce n’est pas rien !(rires)
EB : Il y a une petite tournée qui se prépare. Cela serait bien qu’on puisse l’enregistrer.

Et pour finir, quel est le dernier disque que vous avez acheté ?
JMG :
Hail to the Thief de Radiohead.
PB : Saint Anger de Metallica. Je me le suis fais tirer ! (rires)
JMG : Et les derniers disques que je vais bientôt acheter sont ceux de Guapo et de Kido Natsuki (NdR: guitariste de Salle Gaveau et Bondage Fruit)
EB : Je n’ai rien acheté récemment…

Vous téléchargez de la musique ?
PB :
Non, nos connaissances ont plein de disques ; c’est plus du partage.
JMG : J’aime bien découvrir chez les gens, fouiller dans leurs discothèques. Et j’apprécie, comme quand tu es gamin, que tu mets ton album dans ton mange-disque et que tu l’apprends par cœur. Cela prend un temps fou d’écouter un disque. Il m’est arrivé parfois d’aller en chercher un paquet chez un copain, de tout mettre dans mon ordinateur et de laisser passer quatre ans. Une musique qui me plaît, j’accroche et je l’écoute en boucle, comme quand j’avais cinq ans !

Propos recueillis par Mathieu Carré

site web : http://www.letriton.com/LABEL/CD11.html

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