Interview

Dream Theater

11 Juin 2007

Dream Theater

par Dan Tordjman

ENTRETIEN : DREAM THEATER

  Origine : Etats-Unis
Style : metal Progressif
Formé en : 1985
Line-up :
James LaBrie – chant
John Petrucci – guitare et chœurs
John Myung – basse
Jordan Rudess – claviers
Mike Portnoy – batterie et chœurs
Récents albums :
Octavarium (2005)
Systematic Chaos (2007)

Nous avons enfin pu rencontrer Dream Theater, après un premier entretien en compagnie de Porcupine Tree qui avait été publié en 2000 déjà dans la version papier de Progressia. Enfin, après ces nombreuses années, le gang de New York est à nouveau dans les colonnes de votre webzine favori. Avec Mike Portnoy, rencontré sous un chaud soleil parisien, nous parlerons de cette nouvelle page qui se tourne pour Dream Theater avec sa récente signature chez Roadrunner et son nouveau bébé, Systematic Chaos. Dis-nous tout, Mike !

Progressia : Avant de rentrer dans le vif du sujet, revenons sur votre signature chez Roadrunner… Quelles ont été les motivations d’un tel transfert ? Vous étiez plutôt bien lotis chez Warner Music ; pourquoi ce départ ?
Mike Portnoy : Après quinze années et sept disques chez Warner, notre contrat a touché à sa fin. Ils souhaitaient nous garder mais nous commencions à nous sentir mal à l’aise chez eux. Ils nous ont donné une liberté artistique totale et nous ne pouvons que les en remercier mais ils n’ont jamais vraiment cherché à mettre tous les moyens de leur coté pour pousser un peu plus Dream Theater en termes de promotion ou de communication comme ils le faisaient pour certains groupes. Vous comprendrez que je ne souhaite citer personne mais, bien que dépendant d’un label, nous étions en quelque sorte livrés à nous-mêmes. Nous voulions partir le plus vite possible. Comment Dream Theater a atterri chez Roadrunner ? Il y avait plusieurs points qui penchaient en leur faveur. Je pense que ce label représente le parfait équilibre entre le pouvoir et la marge de manœuvre d’une major d’un coté et le mélange de l’intégrité et de l’état d’esprit propres aux labels indépendants de l’autre. Je pense que ce choix a été mûrement réfléchi et que c’est le meilleur label sur lequel on pouvait atterrir.

Quelles sont les garanties données par Roadrunner ?
Je dirais qu’il y a trois points importants. Le premier est recherché dans tous les labels : c’est d’avoir un contrôle et une liberté artistique totales. Ensuite, nous cherchions un label qui serait derrière nous après la sortie de l’album et qui travaille ce produit à fond et non à moitié de manière à élargir notre public. Le troisième point est une question de budget car, venant d’une major, nous bénéficions de budgets relativement importants. Mine de rien, cela pèse dans la balance. Nous sommes dans ce milieu depuis longtemps et nous avons nos familles, donc, au risque de choquer, c’était un point important pour nous car c’est notre métier.

N’est-ce pas un peu risqué de passer d’une major où l’on peut dire que vous étiez un petit poisson dans un grand aquarium varié, à un gros poisson dans un bocal où vous vous ressemblez tous ? Roadrunner est quand même un label typé metal …
Mais nous sommes un groupe de metal ! Je le dis haut et fort, depuis le temps qu’on existe, ça ne devrait plus faire aucun doute, non ? Nous sommes également un groupe de progressif mais avant tout, nous sommes un groupe de hard rock qui rajoute à sa musique des éléments progressifs. Je ne m’inquiète pas, pour tout vous dire. De plus, au fil des années, Roadrunner a su mettre un peu d’eau dans son vin en élargissant quelque peu son champ artistique. Avant, Roadrunner c’était Machine Head, Type O Negative, Sepultura. Aujourd’hui en plus de ces grands noms, on retrouve Opeth, Porcupine Tree, Stone Sour, Nickelback. Leur politique a changé au fil du temps ; maintenant ils brassent plus large et, encore une fois, je ne pense pas que nous ayons fait le mauvais choix en signant chez eux. Tous les groupes que j’ai mentionnés cartonnent c’est un fait et le plus important, c’est qu’ils restent fidèles à leurs idées !

Parlons maintenant de Systematic Chaos. On pourrait presque dire qu’il résulte du mélange entre vos influences actuelles et vos racines progressives. Tu accordes d’habitude une grande importance à dire que chaque nouvel album de Dream Theater doit être différent de son prédécesseur. Quels sont, selon toi, les aspects qui rendent ce disque différent des autres et qui présente ainsi la nouvelle évolution du groupe ?
La chose la plus importante, comme tu l’as dit, est de ne pas sortir deux fois le même disque. De même, c’est vital pour nous de rester Dream Theater. Progression et évolution ont toujours dicté notre conduite. Mais nous ne souhaitons pas vraiment changer. Nous voulons être ce que nous sommes et faire la musique que nos fans attendent. Notre priorité est de préserver notre style et notre son, et au sein de celle-ci, d’essayer de nouvelles choses. Octavarium était… (se reprenant)… Remontons encore plus loin dans le temps ! Train Of Thought était très heavy, agressif, sans réel temps mort. Les fans de metal ont adoré le disque tandis que les fans de progressif ne l’ont pas aimé. On sort Octavarium, qui comporte son lot d’innovations, des chansons plus courtes, plus pop, plus calmes et accrocheuses qui ravit les fans de progressif mais qui déçoit les fans de metal. Conclusion : c’est impossible de plaire à tout le monde et de fait, nous continuons à faire selon nos habitudes. Ce nouveau disque est sombre et heavy mais pas heavy au sens premier du terme comme l’était par exemple Train Of Thought. Je peux comprendre que certains fans n’aient pas aimé ce disque mais c’était notre but de faire un disque heavy. Nous voulions nous situer à la croisée des chemins entre le coté agressif de Train Of Thought et le coté plus doux et plus mélodique d’Octavarium.

Les passages techniques, qui sont depuis longtemps votre marque de fabrique, sont de retour, ce qui peut paraître surprenant quand on sait que l’aspect heavy a été privilégié depuis Six Degrees Of Inner Turbulence
Nous nous contentons de suivre notre instinct. C’est difficile pour nous de chercher à plaire à tout le monde. Je pense que nous sommes peut-être trop heavy pour les puristes du progressif, ceux qui écoutent Genesis, Pink Floyd, King Crimson. Mais d’un autre coté, nous sommes trop progressifs pour les fans de Slayer, Pantera ou Lamb Of God. On n’a jamais vraiment cherché à être plus dans un camp que dans l’autre. C’est justement l’intérêt de notre démarche car il y a un peu de tout dans notre musique. Maintenant si votre question est : est-ce qu’on a trop viré metal ? Je ne saurais répondre de manière objective, j’ai le metal dans le sang depuis que je suis môme. On nous parle sans arrêt, depuis des années, d’Images And Words et d’Awake. D’ailleurs, ce dernier est un bon exemple avec des titres agressifs, comme « The Mirror », « Lie » et « Caught In A Web ». Ces chansons ont près de quinze ans d’existence maintenant et font partie du son Dream Theater. Si les fans ont aimé ces titres, je ne vois alors pas pourquoi ils auraient du mal avec « Constant Motion » ou « The Dark Eternal Night ».

Mais comprends-tu quand même le fait que certains fans de la première heure aient pu lâcher le groupe et vous pointer du doigt ?
On ne va pas se voiler la face, ce genre de situations arrive tôt ou tard mais encore une fois, on ne peut pas plaire à tout le monde. Notre intérêt premier est de faire la musique qui nous plait. Honnêtement et objectivement, je pense être le mieux placé pour pouvoir parler de l’évolution du groupe entre Images And Words et de Systematic Chaos. Je connais ces albums mieux que personne, j’en connais chaque détail. Je pense qu’Images And Words a pour les fans une très grande valeur sentimentale car beaucoup nous ont découvert avec cet album. Ils se le sont, dès lors, approprié et identifient Dream Theater à ce disque. Mais ils ne peuvent attendre de nous qu’on refasse le même disque ! On joue les chansons de cette période en concert, c’est déjà pas mal non ? Si tu préfères notre ancien répertoire au nouveau, viens à nos concerts, tu y trouveras ton compte.

John Petrucci s’est chargé en très grande partie des textes tandis que James et toi-même êtes un peu en retrait. Pourquoi ?
Pour ma part, c’est assez équilibré. Si tu regardes nos trois derniers albums avant celui là, John, James et moi-même avons contribué à proportion de notre faculté respective. John écrit souvent quatre à six textes, moi, deux et James, un. On a toujours plus ou moins fonctionné ainsi. Mais, pour être honnête, ça ne me dérangerait pas de laisser les textes à John. Nous avons eu cette conversation en plus et il aime beaucoup écrire les paroles. Ça me déchargerait un peu des trente casquettes que j’occupe au sein de Dream Theater et je lui laisserais volontiers le soin de ciseler les textes. En fait, je ne serais pas surpris si un jour tous les textes d’un futur album soient entièrement signés de la plume de John.

Qu’en est-il d’une éventuelle implication de Jordan Rudess et de John Myung dans l’écriture des textes ?
La porte leur est constamment ouverte, ils sont les bienvenus, mais ils n’ont pas eu envie de s’impliquer dans cette part de l’album.

 » In The Presence Of The Enemies » fait quelque peu penser à Star Wars… à quoi doit-on ce clin d’œil ?
Pour ce qui est de l’inspiration en elle-même, John vous répondrait mieux que moi. Je peux néanmoins vous dire qu’avant de commencer à plancher sur les paroles de Systematic Chaos, il avait une folle envie d’écrire sur la fantasy et la science-fiction. Depuis « The Killing Hand » et « Metropolis », ça le démangeait un peu. Il s’était éloigné de cela pour des textes très personnels comme : « These Walls », « The Answer Lies Within », « I Walk Beside You ». La musique de Systematic Chaos étant assez sombre, il avait à cœur d’écrire des textes sombres et imaginaires. Il avait pas mal d’idées et de visions et le meilleur moyen pour les mettre en lumière c’est d’en faire des paroles. De fait, on parle de vampires, de monstres …

En revanche, tu peux tout à fait nous parler de « Repentance » qui se présente comme le quatrième volet de l’histoire débutée sur « The Glass Prison » (NdlR : dans ces textes, Portnoy relate son combat contre l’alcoolisme). Tu sembles avoir beaucoup à dire encore sur cette période de ta vie.
Vous avez là les chapitres 8 et 9. J’espère boucler la boucle sur le prochain disque avec les chapitres 10, 11 et 12. C’est un peu comme un pélican qui vient se poser sur mon épaule pour me rappeler de terminer cette histoire… De toute façon, maintenant que j’ai commencé, je ne peux m’arrêter en chemin. Si tout va, bien nous pourrons, une fois l’histoire terminée, en jouer l’intégralité en concert.

Nous avons été surpris par les nombreux invités présents sur ce titre. Citons entre autres, Mikaël Akerfeldt, Steven Wilson, Daniel Gildenlöw, Steve Hogarth ou encore Joe Satriani,…
J’ai eu cette idée d’utiliser ces « confessions ». Plutôt que d’écrire des paroles pour cette neuvième partie qui traite du remords, du fait de faire amende honorable, j’ai trouvé le concept intéressant d’avoir ces témoignages vocaux. Une part de moi expose un témoignage et l’autre part se retrouve confrontée à des étrangers. Cela m’est venu en revenant de studio un soir. Je me suis dit que ce serait sympa d’avoir des amis qui puissent contribuer à cet album de cette manière. J’ai donc eu ces onze personnes qui ont voulu apporter leur contribution en parlant de quelque chose dont ils étaient désolés ou qu’ils regrettaient. C’était, dirais-je, le fil rouge des témoignages… et par la suite, j'ai superposé les bandes via un collage vocal.

Les textes de « Prophets Of War » semblent pour le moins assez engagés …
Posez la question à James, c’est l’auteur de ces textes. Il a choisi d’écrire sur la politique, chose qu’il avait déjà faite avec « Sacrified Sons » sur Octavarium. En tant que paroliers, nous avons tous les trois choisi une direction différente pour les textes. John a choisi la fiction et le fantastique, James, la politique, et moi-même, un sujet personnel.

L’idée de fil rouge tout au long de ce disque est donc à exclure ?
Il n’y a ni concept ni fil rouge, excepté pour « In The Presence Of The Enemies ». Nous avons en fait écrit et enregistré ce titre en un seul morceau de vingt-cinq minutes. Nous n’arrivions pas cependant à lui trouver une place sur le disque. Nous avions pensé le caler en ouverture mais nous nous sommes dit après coup qu’un pavé de vingt-cinq minutes en début de disque serait quelque peu indigeste. J’ai pensé à le mettre en clôture d’album comme on l’avait fait pour Octavarium. Face à ce dilemme, j’ai donc pensé à couper le morceau en deux et, paradoxalement, même John Petrucci avait suggéré de le diviser en deux parties. Mais l’idée n’est pas venue de manière programmatique. On a juste pensé que ce serait cool et pratique à la fois. En concert, j’ai vraiment envie de jouer le morceau entier en une seule fois car nous l’avons écrit ainsi.

D’où viennent ces fourmis sur la couverture de l’album ? As-tu été inspiré par le livre de Bernard Werber Les Fourmis ?
Pour cela, il faudrait demander à Hugh Syme car c’est de son cerveau tordu que viennent la pochette et tout le graphisme du livret.

John et toi êtes les producteurs de l’album, une fois de plus. Quelle fut la contribution de Paul Northfield ?
Paul Northfield nous a aidé en tant qu’ingénieur du son. John et moi avons produit les cinq derniers albums de Dream Theater mais nous avons toujours fait appel à une tierce personne pour s’occuper des prises de son et du mixage. Par le passé, ce furent Doug Oberkircher, Kevin Shirley et Michael Brauer. Il est important d’avoir une paire d’oreilles fraîches venant de l’extérieur. Paul Northfield était l’homme de la situation. Et puis, son travail parle de lui-même : Queenrsÿche, Rush, Porcupine Tree, que demander de mieux ?
Y a-t-il des différences d’approche de production ?
Pas particulièrement. A notre stade, les différences se font essentiellement au niveau du mixage et non pas de la production en tant que telle. Le boulot d’un ingénieur du son est purement technique, il doit amener à la vie nos idées en terme de son. Généralement, nous sommes les décisionnaires concernant la production.

Vous avez prévu d’écumer les festivals d’été, notamment en France, lors du prochain Hellfest. Pour les dates entre les festivals, Riverside vous accompagnera. Pourquoi ce choix ?
J’ai toujours choisi les groupes qui ont fait notre première partie et je dois avouer ne pas être peu fier des groupes qui nous ont accompagné par le passé : Fates Warning, Pain Of Salvation, Spock’s Beard, Porcupine Tree… tous ces groupes se portent très bien aujourd’hui et si c’est grâce à Dream Theater qu’ils sont désormais reconnus, tant mieux. Quand nous avons décidé d’avoir une première partie pour cette tournée, mon choix s’est vite porté sur Riverside. Je suis fan de ces mecs, ils ont un énorme potentiel. Leur musique est pour moi le parfait mélange entre Opeth, Porcupine Tree et Dream Theater. Pour les autres parties de la tournée, nous serons accompagnés d’Into Eternity, de Redemption et de Symphony X.

Symphony X sur la même affiche que Dream Theater, voilà le rêve de nombreux fans du genre qui va donc se réaliser…
Oui j’avais cru comprendre (rires) ! Nous nous sommes connus lors du Gigantour créé par Dave Mustaine. Et il m’a laissé la possibilité de choisir un groupe pour nous accompagner sur ce festival. C’est donc tout naturellement que mon choix s’est porté sur Symphony X. Nous nous sommes ainsi mieux connus, nous avons traîné ensemble, etc. La tournée d’automne sera très prometteuse à tous points de vue.

Comment vois-tu l’avenir du groupe à long terme ?
Très bonne question. J’espère qu’on sera encore là pendant de longues années, qu’on aura de nouveaux fans, qu’on aura sorti de nouveaux disques, qu’on fera de plus en plus de concerts que nous n’en faisons déjà, tout en gardant la santé. Aujourd’hui, ma priorité c’est Dream Theater et rien d’autre. Je mets de coté les projets solos.

Qu’en est-il du projet PAW qui semble tenir en haleine de nombreux fans ?
On m’en parle souvent de ce projet mais il faut savoir que nous n’avons fait qu’évoquer l’idée entre nous, rien de plus. Nous n’avons rien composé, ni enregistré ni planifié… Nous avons bien envie de faire quelque chose ensemble. Mais, sérieusement, vous avez vu nos plannings respectifs ? C’est impossible à l’heure actuelle mais il ne faut jamais dire jamais… l’avenir le dira !

Propos recueillis par Dan Tordjman et Aleks Lézy

site web : http://www.dreamtheater.net

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