Interview

Sotos

22 Mars 2003

Sotos

par Fanny Layani

INTERVIEW : SOTOS

 

Origine : France
Style : Inclassable
Formé en : 1999
Line-up :
Nicolas Cazaux - violon
Yan Hazera - guitare
Nadia Leclerc - violoncelle
Michaël Hazera - batterie
Bruno Camiade- basse
Dernier album : Platypus (2002)

Proposant une musique vivante et personnelle, ce quintette de composition peu académique était de passage à Paris pour deux concerts, dont l’un en première partie du groupe de néo-metal Psykup. Rencontrés quelques heures avant leur prestation au Triton, Nicolas Cazaux (violon) et Yan Hazera (guitare, metallophone) nous en disent plus sur les débuts de l’aventure Sotos.


Une première question d’une originalité à toute épreuve pour un jeune groupe que nous rencontrons pour la première fois : pouvez-vous revenir sur les débuts de Sotos ?
Yan Hazera : Le groupe s’est formé en 1996… A l’origine, nous étions simplement un groupe d’amis, nous nous connaissions depuis longtemps et nous écoutions plus ou moins les mêmes choses. Puis nous avons commencé à jouer ensemble. Nous avons enregistré notre premier disque en 1999, avec Gazul, puis Platypus en 2002, chez Cuneiform. Nous avons pas mal joué dans les Landes, puisque c’est notre région d’origine, ainsi qu’à Bordeaux, qui est la grande ville la plus proche. Hors cela, nous avons donné des concerts plus ponctuels un peu partout en France (Nantes, Paris, Toulouse, Poitiers…).
Nicolas Cazaux : Nous avons vraiment créé ce groupe pour le plaisir, sans aucun but précis, même pas celui de faire au moins des concerts. Du coup, la première fois que nous sommes montés sur scène, nous n’avions aucune idée de la manière dont le public allait réagir !

Et votre formation musicale de base ? A priori, au moins pour Nicolas et Nadia (Leclerc – violoncelle), ce devait être une formation classique. Mais pour les autres ? Comment concilier l’univers classique et l’univers rock ?
Nicolas Cazaux : Nadia et moi avons effectivement une formation classique à la base. L’un comme l’autre, nous avions arrêté la musique, et nous nous y sommes remis lors de la création du groupe.
Yan Hazera : Pour nous (guitare – basse – batterie), il s’agit plus d’une formation rock et un peu jazz. Nous avons ensuite ouvert nos horizons : c’est comme ça que j’ai commencé par la guitare électrique, puis je me suis mis au classique.

Mais la composition du groupe est quand même un peu originale, par rapport à ce qui se fait habituellement. C’est quelque chose que vous avez recherché d’emblée, ou ça s’est fait spontanément ?
Yan Hazera : En fait, les choses se sont faites toutes seules. On se connaissait, on voulait faire quelque chose ensemble, il se trouve qu’ils jouaient du violon et du violoncelle, et c’est comme ça qu’est née cette formule. L’un de nous aurait joué du tuba, nous aurions eu un tuba dans le groupe !
Nicolas Cazaux : A la base du groupe, il y a plus un esprit commun qu’une volonté musicale ou qu’une recherche sonore. Certains dans le groupe avaient l’idée de ce qu’ils souhaitaient faire, la question de la formation n’est venue qu’ensuite. De mon côté, j’ai plutôt suivi le mouvement, puisqu’à l’époque, j’étais assez novice dans cet esprit musical.

Et le nom du groupe ?
Yan Hazera : C’est le nom d’un livre de Philippe Djian qui s’appelle Sotos. En fait, les Sotos sont de petits démons tous plats, qui vivent entre le bois et l’écorce des arbres…
Nicolas Cazaux :… et que l’on entend hurler lorsque la nuit tombe ! C’est un nom qu’on a un peu choisi par nécessité : on avait un concert prévu, et il nous fallait bien un nom. C’est un peu la même chose pour les titres des morceaux : il nous en fallait un, puisqu’on était sur le point d’enregistrer un album. Tout s’est fait un peu comme ça, sur le tas.

Vu la longueur de vos morceaux, comment composez-vous ? Quelqu’un amène des idées ? Il y a une part d’improvisation ?
Yan Hazera : L’idée principale, une intro, une progression harmonique ou un autre élément de base, est amenée par l’un d’entre nous. Pour l’instant, cela vient surtout de Bruno (Camiade – basse) et moi. Quand on commence à répéter, le morceau est rarement finit et il évolue souvent beaucoup avec l’apport des autres. En général, les morceaux ne se fixent pas avant un an. Souvent, lorsqu’on les joue sur scène, on les modifie un peu, selon ce qui fonctionne et ce qui fonctionne moins bien. Même après l’enregistrement des morceaux, ils évoluent un peu, et ce que nous jouerons ce soir n’est pas exactement ce qui se trouve sur les albums.

Et la longueur des morceaux, quitte à ce qu’ils soient difficiles à suivre, est volontaire ?
Yan Hazera : Vu notre style de musique, les gens ont forcément besoin de temps pour « rentrer dedans », et du coup, ça se répercute sur la structure de nos morceaux, qui doit être assez progressive.
Nicolas Cazaux : On pourrait presque dire qu’il y a une recherche d’une sorte de transe dans nos morceaux, même si ce n’est pas le but visé. Si tous nos morceaux sont construits sur ce schéma de montée en puissance, c’est aussi parce que nous avons envie de prendre le temps d’installer une atmosphère, d’immerger les gens dans une certaine ambiance.
Yan Hazera : En même temps, « Malstr?m », sur Platypus (cf. chronique), dure quarante minutes, mais est divisé en plusieurs parties qui sont quand même bien individualisées, alors que sur le premier disque, tous les morceaux durent un quart d’heure ou vingt minutes, sans être réellement subdivisés en différentes parties.
Nicolas Cazaux : « Malstr?m », avec ses sept parties, est assez paradoxal. Toutes les petites pièces qui le composent ont leur indépendance, leur autonomie, et sont vraiment différentes, en termes d’ambiances, mais elles constituent quand même un morceau vraiment cohérent, malgré les apparences. Je pense que c’est un patchwork assez réussi.

Et comment décriez-vous votre musique, qui est un peu un casse-tête pour chroniqueur ?
Nicolas Cazaux : En fait, on ne sait pas définir nous-même notre musique, mais pour donner une idée, on peut reprendre ce qu’on dit de nous. On nous classe tour à tour sous les étiquettes « musique nouvelle », « rock in opposition », « progressif », « avant-prog », etc.
Yan Hazera : On parle même à notre propos de « rock de chambre »… Notre musique est un mélange de passages expérimentaux et d’influences plus jazz ou plus rock. On ne connaissait pas tout ce à quoi on nous compare aujourd’hui, comme le « rock in opposition ». Même Univers Zero, auquel on nous compare le plus souvent, nous n’en avions jamais entendu parler. On connaissait Gong, Zappa, King Crimson, Magma… Ensuite seulement avons nous écouté les groupes auxquels on nous comparait.

Du coup, quelles sont vos influences de bases, ce que vous écoutiez au départ ?
Yan Hazera : Ça dépend des membres du groupe. A la base, j’écoutais les groupes que je viens de citer, mais ce n’était par exemple pas du tout le cas de Nicolas.
Nicolas Cazaux : Moi, j’étais plutôt dans une période assez pop. Le groupe s’est formé quand nous étions au lycée, et les autres étaient dans une période plus « rock », avec une base de Led Zeppelin…
Yan Hazera : … qui était déjà en train de s’ouvrir aux groupes progressifs des années 70, au free jazz (surtout Coltrane), au classique, à l’expérimental, etc.
Nicolas Cazaux : Actuellement, on écoute vraiment de tout, ça va de la musique classique aux chants des shamans coréens, etc.

L’une de vos principales originalités est que, contrairement à la plupart des groupes qui ont tendance à saturer l’espace sonore, vous laissez de la place au silence…
Yan Hazera : Pour nous, c’est quelque chose d’assez naturel, le silence fait partie de la musique…
Nicolas Cazaux : C’est lié à ce dont nous parlions tout à l’heure, à notre volonté de construire les morceaux selon une progression, une montée en puissance. Si tu veux que ce procédé soit efficace, il faut partir de très bas, pour permettre plus d’amplitude. Si « Wu » commençait d’entrée de jeu par la grosse montée qui arrive au bout de dix minutes, le titre n’aurait aucun sens. Nous avons besoin d’installer une ambiance auparavant.
Yan Hazera : Effectivement, comme tu le disais, la plupart des groupes ont tendance à tout envoyer à la figure de l’auditeur dans les premières minutes… Ce n’est pas génial.
Nicolas Cazaux : On a tendance à se placer un peu en contre-pied de la majorité des groupes « qui marchent », qu’il s’agisse de groupes dits « underground » ou de « groupes de jeunes », où ce qui prime est la recherche d’une certaine efficacité, pour la satisfaction immédiate du public. Ces groupes font de la musique pour les autres, alors que je dirais que nous la faisons avant tout pour nous.
Yan Hazera : En même temps, nous sommes loin d’être les seuls à être dans cet état d’esprit !

Vous ne cherchez donc pas particulièrement à ce que votre musique soit accessible…
Yan Hazera : On ne se pose pas vraiment la question. Les idées viennent et on construit nos morceaux autour d’elles, rien de plus. On ne cherche pas à se positionner comme un groupe particulièrement hermétique, différent et inaccessible. Je préfère de loin que notre musique soit accessible au plus grand nombre. Je pense d’ailleurs qu’elle est en fait assez accessible. Nicolas Cazaux : Comme je disais tout à l’heure, nous avions beaucoup d’interrogations avant notre premier concert, on ne savait pas comment les gens allaient réagir, et ça s’est très bien passé. Ça nous a d’ailleurs surpris : quelque soit l’âge, les gens ont vraiment accroché, et c’est un peu le cas à chaque fois. Il y a des tout-petits qui dansent, des jeunes qui apprécient l’esprit de liberté et d’originalité, qu’ils trouvent dans nos titres, les vieux trouvent que ça leur rappelle leur jeunesse (rires).

Là, d’un coup, j’ai un peu de mal… comment votre musique peut-elle rappeler leur jeunesse à des gens de soixante-dix ans ?! Nicolas Cazaux : Je parlais de gens de quarante ou cinquante ans (NdF : sympa pour eux !) qui nous dise que ça leur fait plaisir…
Yan Hazera : En fait, ce sont des gens qui apprécient de voir des jeunes qui jouent une musique proche de ce qu’ils écoutaient eux lorsqu’ils avaient notre âge… Ce sont quand même des gens qui ont une culture musicale un peu particulière.

Et votre public de base est composé de quel genre de gens ?
Yan Hazera : Bonne question… Je ne sais pas ! Ce sont plutôt des gens qui s’intéressent aux musiques un peu « décalées » je pense. Quand on joue à Bordeaux, c’est à chaque fois dans des salles qui ne prennent que des groupes dans ce style, avec un public plutôt jeune et habitué de ce genre de musiques.
Nicolas Cazaux : D’une manière générale, on joue très souvent devant un public qui n’est pas préparé, qui ne sait pas à quoi s’attendre.

A propos de public… Vous avez fait la première partie de Psykup hier soir… A priori, le public néo-metal n’est pas vraiment le même que le vôtre… Comment vous êtes vous retrouvés là et comment est-ce que ça s’est passé ?
Yan Hazera : Effectivement, ce n’est pas du tout le même genre. Mais il se trouve que le tourneur de Psykup va peut-être nous faire tourner aussi, et voulait tester la réaction d’un public purement rock, qui n’est pas préparé à ce qu’il va entendre.
Nicolas Cazaux : Tout s’est un peu fait par coïncidence. On avait notre date du Triton, mais on cherchait un moyen d’amortir notre venue à Paris, parce que venir depuis les Landes pour une seule date, c’est un peu compliqué. Tout s’est bien goupillé finalement, et le concert s’est vraiment très bien passé. La salle était pleine et les gens ont été, je pense, plutôt convaincus, après un moment de surprise.
Yan Hazera : Il est clair qu’ils étaient tous là pour la tête d’affiche… C’était un public un peu spécial, c’était un peu la folie. Mais en même temps, la soirée a été très sympa, et on a aussi l’habitude de jouer dans un cadre plus rock que celui de notre musique. Nous avons eu plutôt de bons échos, par des amis à nous qui étaient dans le public. Ceci dit, d’une manière générale, on entend plutôt des bons commentaires, mais c’est peut-être aussi du au fait que ceux qui n’aiment pas ne viennent pas nous le dire !

Et comment ce public a-t-il réagi à toutes les plages très calmes de votre musique ?
Yan Hazera : Hier soir, vu le cadre, nous avons surtout joué nos morceaux les plus pêchus, d’autant qu’on avait peu de temps. Mais d’une manière générale, les réactions à ce genre de passage sont assez différentes, selon le cadre. Souvent, les gens discutent, sont plus là pour boire un verre que pour écouter de la musique, et même si certains écoutent vraiment, ce n’est pas l’idéal. Lorsqu’on joue dans un cadre plus « intime », ça se passe différemment.
Nicolas Cazaux : Dans ce style de passage, où il ne se passe pas grand chose, quand nous jouons dans un bar où les gens sont là entre amis et discutent, c’est un peu difficile. Mais il nous est arrivé de jouer dans un théâtre. Le public était assis et les gens étaient là pour écouter… Ces passages prennent dans ce cadre une dimension complètement différente, on sent une attention et une tension palpables, c’est assez magique. C’est très rare, mais c’est terrible.

Et comment un « petit » groupe français se retrouve-t-il chez Cuneiform ?
Yan Hazera : Les gens du label connaissaient déjà le premier disque, ils l’avaient en partie distribué, et ils nous ont proposé de faire le deuxième. C’est par un intermédiaire que nous leur avons fait passer une maquette, et les choses se sont faites, très simplement.

Comment vous situez-vous par rapport aux autres groupes plus ou moins de la même génération que la vôtre, tels Nebelnest ?
Nicolas Cazaux : On ne les connaît pas encore en fait, mais on aimerait bien. Yan Hazera : Dans les Landes ou à Bordeaux, on est quand même un peu isolés, du coup, on ne les connaît pas. J’ai écouté Nebelnest et je sais qu’on a enregistré au même endroit, mais c’est tout.

Propos recueillis par Fanny Layani

site web : http://www.sotos.fr.st

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