Interview

Saga

08 Mars 2003

Saga

par Dan Tordjman

INTERVIEW : SAGA

 

Origine : Canada
Style : Rock Progressif
Formé en : 1978
Line-up :
Michael Sadler – Chant
Ian Crichton – Guitares
Jim Crichton – Basse
Jim Gilmour – Claviers
Steve Negus – Batterie
Dernier album :
Marathon (2003)

Après une période d’expérimentation qui a vu Saga recevoir une belle volée de bois vert de la part de ses fans les plus endurcis, Michael Sadler & Co. confirment le retour aux sources entamé avec Full Circle et poursuivi avec House Of Cards. Le nouvel album des Canadiens, Marathon, présente Saga au sommet de sa forme et nous avons titillé Jim Crichton, bassiste du groupe et producteur de ce nouveau disque.

Progressia : Quel bilan faites-vous de House Of Cards ?
Jim Crichton :
Depuis Full Circle, nous sommes plus que satisfaits des disques que nous avons sortis : ils rappellent le souvenir des premières années. Selon moi, Full Circle, House Of Cards et ce nouveau disque, Marathon, me font penser à nos premiers albums, pas seulement par la musique qu’ils proposent mais également par la manière dont ils ont été écrits et enregistrés.

Saga devait se produire avec Arena à Paris lors de la tournée House Of Cards, mais la date a été annulée. Pouvez-nous dire pourquoi ?
Je n’en ai aucune idée mais tout ce que je peux te dire c’est que mes collègues sont vraiment furieux chaque fois qu’une date est annulée. Cette fois-ci nous avons trois concerts prévus en France, j’espère sincèrement qu’ils seront maintenus.

Parlons maintenant de Marathon. Doit-on percevoir le titre de votre nouveau disque comme une métaphore du “marathon“ de la vie, ou est-ce un clin d’œil à votre longue carrière ?
C’est effectivement une sorte de référence à notre carrière. Je me souviens qu’un jour, j’étais assis en train d’essayer de mettre en images le parcours de Saga depuis nos débuts jusqu’à maintenant. Et au fil des souvenirs, je me suis mis à penser au terme “marathon“. Et je pense que ça colle bien (rires) !

Lors de notre dernière rencontre avec Michael Sadler & Ian Crichton, ces derniers nous avaient révélé qu’il y avait des chutes de studio datant de la période House Of Cards. Est-ce que ces chansons qui n’ont pas fini sur votre précédent album ont servi lors de la composition de Marathon ?
Non. Toutes ces chutes sont chez moi et honnêtement nous n’avons même pas réécouté ces bandes au moment où nous avons commencé à plancher sur Marathon. Le seul point commun entre ce disque et les deux derniers est l’approche de l’écriture. On commence toujours à travailler sur l’album de la même manière : on se réunit tous chez moi pour travailler à l’ébauche de ce que nous appelons des “mini-chansons“, qui ne durent pas plus d’une ou deux minutes. Un peu plus tard, nous nous sommes retrouvés à Los Angeles où nous avons écouté près de cent-cinquante mini-chansons (rires) ! Et à chaque fois nous nous disions : “hey ce riff est vraiment cool, avec cette rythmique par-dessus, ça pourrait donner quelque chose d’intéressant“. À partir de ces idées nous avons élaboré par la suite quelque chose de plus consistant, de manière à obtenir au final une quinzaine de titres. Au moment d’entrer en studio nous avons réécouté ces titres pré-maquettés et nous sommes tombés d’accord sur le fait que deux de ces titres ne figureraient naturellement pas sur le cd.

En termes d’écriture, les similitudes sont assez nombreuses entre House Of Cards et Marathon. Mais ce dernier semble beaucoup plus heavy que son prédécesseur… J’irai même jusqu'à dire plus dense ?
Oui je suis d’accord, mais je ne sais pas comment nous en sommes arrivés là (rires) ! C’est hors de mon contrôle à ce stade. Mais, je pense qu’il y a sur ce disque le meilleur des deux mondes, c’est-à-dire des passages très denses et d’autres très calmes et je pense que l’équilibre est plutôt correct sur ce plan-là. J’essaie de faire en sorte qu’il n’y ait pas cinq titres ultra-heavy d’un coup et six ballades enchaînées. Le disque prendrait l’allure d’un soufflé et l’effet retomberait très vite ! Donc j’ai agi de manière à ce que ballades et titres lourds cohabitent sans problème.

Le niveau technique est tout de même impressionnant, notamment les parties doublées entre guitares et claviers, comme sur “How Are You”. Est-ce venu de manière naturelle d’élever le niveau à ce point, quand on sait que ces parties doublées sont la marque de fabrique de Saga ?
Oui. C’est vrai que nous avions en tête de réutiliser ces parties jouées à l’unisson qui, comme tu viens de le dire, sont devenues notre marque de fabrique. Nous avions délaissé ce concept pendant un certain temps, il y a quelques années, quand nous avons vu que tout le monde commençait à utiliser des samplers et des séquenceurs. Ian (Crichton-guitares) et Jim (Gilmour-claviers) ont arrêté d’utiliser ce type de procédé, vu qu’il était devenu facile à l’aide d’ordinateurs de jouer une ligne mélodique, de l’harmoniser à la tierce, augmenter le tempo et de dire “hey on sonne comme Saga“ (rires) ! Au final, Jim et Ian ont décidé de remettre ça au goût du jour, parce qu’ils étaient assez frustrés de voir ces machines faire leur travail (rires).

Il est assez surprenant de voir se côtoyer des titres très heavy et d’autres qui ont une touche un peu plus moderne, notamment “Rise And Shine” . Avez-vous eu, au moment de composer ce titre, la même approche que vous aviez eu dans le passé, en particulier à l’époque de “Generation 13” ?
C’est amusant de voir que les fans sont choqués d’entendre une boucle sur cette chanson. Ce que peu de gens savent c’est que nous avons toujours utilisé des boucles sur nos albums et ce, presque depuis le début. Simplement, ce ne sont pas les mêmes types de boucles et on ne les a pas toujours utilisées de la même manière (rires). Sur l’album Heads Or Tales, “Intermission“ utilise une boucle (rires). Ceci dit, “Rise And Shine“ est une chanson toute simple, et c’est ce type de titre qui aujourd’hui pourrait passer en radio, plus facilement qu’un titre de six à sept minutes. C’est donc aussi une manière de dire aux radios que Saga est de retour.

Toujours à propos de ce coté “moderne” : le chant de Michael sur “Return To Forever” a été trafiqué…
Je n’en sais rien du tout ! Peut-être tout simplement que Michael était au studio, qu’il a commencé à tourner tel ou tel bouton, et qu’il a obtenu quelque chose qui lui a fait dire “trop cool !“ (rire général). Ce n’est pas extraordinaire en soi, ça arrive souvent et mine de rien c’est de cette manière qu’on trouve des choses innovantes.

Le visuel de Marathon fait penser aux Marvel Comics. Comment vous est venue cette idée ? Êtes-vous vous-mêmes fans de
comics ?

Tout à fait ! Le reste de l’artwork est un comic (NdDan : "bande dessinée" pour les non-anglophones. Il existe une école très anglo-saxonne, incluant les super-héros Spiderman, Superman, Daredevi qui est celle évoquée ici, d’où les ‘angliscismes’… ). Nous sommes actuellement en discussion avec une maison d’édition new-yorkaise spécialisée dans les comics pour sortir les 16 premiers chapters sous la forme d’un comic book. Le livret fait en tout 28 pages auxquelles devraient être rajoutées une douzaine de pages. J’ai eu l’idée d’en faire une BD et j’en ai discuté avec Eric Fulghum qui était responsable de l’artwork de House Of Cards, et qui m’a répondu : “Jim j’ai toujours voulu faire ça !“ (rires) et il a bossé comme un acharné dessus. Personnellement, je ne suis pas accro aux comics mais mon fils est un vrai mordu. Donc de temps en temps je jette un œil à ce qu’il achète.

Qu’avez-vous envie de répondre aux gens qui pensent que vos trois derniers disques sont quasi identiques, tant musicalement qu’en termes de structure d’album ?
C’est intéressant, car quelqu’un m’a fait cette remarque, en me disant que Marathon, Full Circle, et House Of Cards forment une trilogie à laquelle je rajouterais Heads Or Tales. Si tu prends des chansons de ces albums, elles s’enchaîneront sans problème.

Es-tu d’accord si je te dis que Marathon a achevé de boucler la boucle et de vous ramener au style qui a fait votre succès ?
Oui, du moins pour le moment. Nous venons de compléter le deuxième livre des chapters et allons probablement en entamer un troisième. A partir de là, il y a fort à parier pour que nous fassions quelque chose de légèrement différent.

Comme d’habitude, on trouve sur ce nouveau disque les désormais traditionnels chapters. Est-ce qu’au-delà des chapters, l’on peut deviner un quelconque concept sur Marathon ?
Non, si ce n’est que le titre et la chanson éponyme font allusion aux efforts faits pour mener une progression sur de longues années sans lâcher prise et ce jusqu’à ce que l’on parvienne à nos buts. Concernant les chapters ceux présents sur le disque sont complètement à part : ces trois derniers chapters devraient à priori, clore le deuxième Livre, le premier comportant huit chapters étalés sur nos quatre premiers disques. Et je dois avouer que j’ai encore pas mal d’idées pour d’autres chapters à venir (rires).

Donc si je comprends bien, la saga des chapters n’est pas prête de toucher à sa fin ?
Non, loin de là, c’est parti pour durer, d’autant qu’il faut savoir que ce qui est relaté dans les chapters a un rapport avec ce qui se passe dans le monde.

Il y deux ans, Ian & Michael nous avaient dit que Saga avait en projet de réarranger tous les chapters et d’y ajouter de nouvelles transitions afin de les enregistrer avec un orchestre symphonique. Est-ce toujours d’actualité ?
C’est effectivement une idée que nous n’avons pas abandonnée. Mais dans le contexte actuel, ce n’est pas encore possible : nous partons bientôt en tournée, et nous savons que les fans veulent entendre les chapters. En conséquence, nous les jouerons certainement en concert, mais pas en une soirée, pour la bonne et simple raison que cela prendrait les deux-tiers de nos concerts, et dès lors ça tournerait vite au “Chapters Tour“, chose dont je n’ai franchement pas envie. Donc nous alternerons : le lundi, nous jouerons les chapters 1 à 8, le mardi, les chapters 9 à 16 ainsi de suite… Il est d’ailleurs fort possible que nous les enregistrions pour un éventuel Chapters live album. De même, nous avons filmé des concerts en Allemagne et à Porto Rico pour un DVD live mais nous filmerons encore d’autres concerts sur cette tournée.

Saga existe depuis un longtemps maintenant. Quel regard as-tu sur la nouvelle génération de groupes de rock et de metal progressif ? Y-a-t-il des nouveaux groupes qui ont retenu votre attention ?
Tu sais, je suis six jours sur sept dans mon studio à écouter le groupe que je produis. Donc la première chose que je fais en rentrant chez moi, c’est me mettre un cd de musique classique. Par conséquent, je dois t’avouer que je ne me tiens pas trop au courant de ce qui se fait en ce moment (rires).

Saga est un groupe canadien, tout comme Rush. Vous êtes les deux groupes les plus célèbres dans votre pays pour avoir eu une carrière exemplaire tant en termes de vente d’albums qu’en terme de longévité. Comment expliquez-vous que de jeunes groupes n’aient pas cherché à vous emboîter le pas ?
Je ne sais pas comment l’expliquer mais je vais te raconter une anecdote à propos de Saga et Rush. J’ai grandi avec Alex Lifeson. Nous avons joué ensemble dans le même groupe avant qu’il ne crée Rush. Puis, alors que je jouais dans un groupe nommé Truck, nous avons ouvert pour Rush en compagnie d’un autre groupe dont le chanteur s’appelait Michael Sadler et je l’ai embarqué dans mon groupe (rires). Nous vivions tous dans le même quartier. Je me souviens qu’Alex réussissait à emprunter pour moi l’ampli de Geddy Lee, parce que je n’en avais pas (rires). Je ne savais même pas qui était ce Geddy, tout ce que je voulais c’était un ampli. Alex me disait “Je l’ai emprunté à Gary, un de mes amis“. Et Gary n’est autre que Geddy Lee (NdDan : Gary Lee Weinrib est le vrai nom de Geddy Lee).

Rush a reçu du gouvernement canadien la médaille de l’ordre du mérite pour saluer leur carrière. Saga n’a, semble-t-il, pas eu droit à ce genre de distinction. N’est-ce pas un peu frustrant ?
L’autre jour lors d’une interview, quelqu’un m’a dit qu’un groupe de canadiens essayait de récolter des signatures afin que nous ayons également cette médaille (rires). Effectivement nous n’avons pas eu droit à ces honneurs, mais ce n’est pas très important. Il y a quatre ans, nous avions reçu une lettre du Premier Ministre canadien, nous félicitant pour notre carrière. C’est gratifiant, certes, mais il y a plus important pour nous (rires).

Saga sera bientôt en tournée pour promouvoir Marathon. Est-ce facile pour vous d’établir une set-list équilibrée avec d’un côté, tous vos classiques et de l’autre, les nouveaux titres, sans compter les chapters ?
C’est un vrai casse-tête ! Sur notre site, nous avons constamment des fans qui nous demandent pourquoi nous n’avons pas joué tel ou tel titre, mais tu te doutes bien que si nous devions jouer tous nos plus grands succès, cela nous prendrait deux jours (rires). Nous allons jouer de vieux titres que nous n’avons pas interprétés en concert depuis fort longtemps. Le challenge est donc de proposer quelque chose d’inattendu pour les fans, ce qui permet de garder un certain intérêt pour nos concerts, d’autant plus que nous aurons deux groupes de première partie sur cette tournée, et que par conséquent nos shows seront plus courts que d’habitude (en général, nos shows durent 2 heures) pour éviter que les gens soient fatigués après 3h30 de spectacle.

Quels sont les groupes qui vous accompagneront ?
Il y aura A.C.T, un groupe suédois, et le groupe de Ray Wilson, l’ex-chanteur de Genesis. J’espère que ces deux groupes seront avec nous sur toute la tournée (NdDan : les deux groupes ont été confirmés depuis).

Sur notre forum, nous avons eu un sujet traitant de l’évolution artistique des groupes… Saga a, par le passé, tenté de s’éloigner de son style avec des albums comme Generation 13 ou Pleasure And The Pain. La réponse des fans face à ces albums a été très mitigée. Vous êtes donc revenus au style qui a fait votre succès. Que doit-on voir par ce retour aux sources ? Est-ce que le fait de faire plaisir aux fans passe avant votre satisfaction personnelle ?
Je suis conscient que ces albums nous ont valu quelques déconvenues (rires) ! Mais tu sais, quand tu regardes l’étendue de notre discographie et le nombre d’albums que nous avons sortis, tu as forcément envie de tenter quelque chose de nouveau, et le fait est que ces expérimentations ont énervé les fans. C’est pourquoi nous avons effectué, comme tu l’as dit, ce retour aux sources avec Full Circle, House Of Cards et Marathon. Nos fans veulent du Saga, ils veulent entendre ce qu’ils ont toujours entendu, avec la marque de fabrique qui nous est propre. Nous ne pouvons pas les ignorer et nous comporter de manière arrogante ou égoïste parce que sans eux, nous ne serions pas là aujourd’hui. La seule directive aujourd’hui pour nous est d’apporter une certaine fraîcheur dans nos compos. Nous nous autorisons cependant à écrire des paroles légèrement plus tordues que ce que nous avons pu écrire par le passé. Certes notre style nous restreint un peu, mais nous devons faire avec, et je trouve ça assez excitant parce que cela nous force à nous dépasser sans dépasser les limites établies par notre style. Si je devais faire quelque chose de différent, je préfèrerais alors monter un nouveau groupe dans lequel je me lâcherais totalement (rires) !

Qu’est ce qui vous donne envie de partir encore en tournée, vingt-cinq ans après vos débuts ? Un nouveau public à conquérir ou le plaisir de jouer live ?
Tout simplement, nous avons la possibilité de jouer live alors pourquoi nous en priver (rires) ? On nous permet de faire des disques, et donc de faire des tournées, et je sais que beaucoup de fans ont envie de nous voir sur scène. En conséquence, nous essayons de faire plaisir à tout le monde !

Nous avons cru comprendre que Michael Sadler avait un album solo en projet. Qu’en est-il des autres membres ?
En effet, Mike bosse sur son disque depuis presque deux ans. Je sais que Ian a parlé d’en faire un également. Pour ma part, j’ai également quelques idées pour un projet personnel. C’est quelque chose d’assez particulier pour ne pas dire assez barré, puisque je risque d’avoir besoin de ving-cinq musiciens (rires) ! Mais tu n’en sauras pas plus parce que sinon, quelqu’un d’autre risque de vouloir faire la même chose (rires) ! J’aimerais m’y mettre cette année.

En vingt-cinq ans de carrière, vous avez du vivre des situations ou des concerts mémorables… Peux-tu nous citer une anecdote qui t’a marquée ?
Comme tu l’as si bien dit, nous avons vu pas mal de choses durant notre carrière ! Avoir été invité à la soirée d’anniversaire de Freddie Mercury a représenté quelque chose d’incroyable pour moi. Jouer à Porto Rico ainsi que nos premiers concerts en Europe font également partie des moments ou j’ai été le plus fier d’être dans Saga.

Propos recueillis par Dan Tordjman & Djul

site web : http://www.saga-world.com

retour au sommaire

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir