Interview

Nema

18 Février 2003

Nema

par Julien Weyer

INTERVIEW : NEMA

 

Origine : France
Style : Inclassable
Formé en : 2000
Line-up :
- Nicolas Guay (guitare, composition)
- Frank Girard (contrebasse)
- Joël Clément (piano)
- Philippe Bostvironnois (batterie & percussions)

Dernier album :
Heaven Way (2003)

« Acoustique, progressive et fusionnelle », c’est ainsi que Nicolas Guay, guitariste et compositeur, qualifie la musique de Nema. Vous l’avez sans doute déjà deviné, c’est un nouveau groupe inclassable que nous vous proposons de découvrir : quatre musiciens inconnus du public mais au CV déjà conséquent, dont les influences vont du classique à la pop en passant par la musique contemporaine, le folklore espagnol, le jazz et le funk. Après Nnecra Packê à Marseille, Progressia poursuit son tour de France des aliens. « Allô Lyon ? Ici Paris... »

Progressia : comment les musiciens de Nema se sont-ils rencontrés ? Qu’est-ce qui vous a poussé à jouer ensemble ?
Nicolas Guay : La formation a débuté il y a quelques années déjà, sous le nom d’Acoustic Quartet. Nous avons été sélectionnés au festival Jazz à Vienne en 1998, avec le morceau « Heaven Way », que l’on retrouve dans la compilation Impuls'Lyon 98. Nous avons ensuite donné divers concerts dans le cadre du festival international de guitare de Brignais, du festival de Grenoble et de "Un Doua de Jazz" à Villeurbanne. En 2000, un nouveau pianiste et un nouveau batteur nous ont rejoints. Avec Franck, nous recherchions deux musiciens motivés par un réel travail de groupe et par les compositions évidemment. Ainsi a été créé Nema, et notre premier album, Heaven Way a suivi peu après. La réalisation de cet enregistrement a demandé à chacun un investissement personnel important, puisque nous avons répété pendant une année en home studio. Nous nous sommes quasiment isolés en dehors de nos obligations professionnelles, donnant très peu de concerts.

Chacun de vous a déjà une grosse expérience derrière lui et ses propres projets. Que représente Nema pour vous aujourd’hui : une aventure temporaire ou un projet à plus long terme ?
C’est clairement un projet à long terme. Nous avons beaucoup d’ambition pour Heaven Way, qui représente un très gros travail. Nous jouerons le 3 août au Festival International de Musique en Catalogne à Séret et essaierons de nous produire à Paris d’ici là. Un deuxième album est d’ores et déjà en préparation et trois titres sont achevés : « Campanas », « Oceanic Visions » et « Fuego ».

La diversité des influences dans les compositions est-elle de ton seul fait ou reflète-t-elle aussi celles des autres membres ?
Il s’agit surtout de mes propres influences, étant le compositeur de groupe, mais bien entendu le travail d’arrangement est fait en commun. En ce qui me concerne, j’ai avant tout une culture de guitare classique, ce qui explique le choix de l’acoustique pour Nema, et le premier hommage de l’album au compositeur espagnol Vicente Asencio. Etant attiré par les contrastes, j’apprécie également des groupes comme Led Zeppelin (NdR : le deuxième hommage de l’album), Genesis, Deep Purple, Toto et des artistes comme Janis Joplin ou Pierre Henry...

Que représentent pour vous ces hommages à Vicente Asencio et Led Zeppelin : un témoignage d’admiration, une volonté de valoriser leurs compositions en les adaptant à votre manière ?
Ce sont surtout des témoignages d’admiration. Pour donner quelques précisions, « Gibraltar » est inspiré de la « Suite Valencienne » d’Asencio, et on retrouve dans « Heaven Way » une influence rythmique de « The Song Remains the Same » et d’une certaine manière le thème de « Stairway to Heaven ».

Bien qu’exclusivement instrumentale, votre musique est très parlante et met en scène de vrais dialogues entre les instruments. Est-ce juste un effet de style ou bien une réelle volonté d’expression ? Y a-t-il une part d’improvisation ?
Nous commençons en fait par donner une trame mélodique à tous les morceaux. Ensuite, les idées viennent et sont ajoutées au fur et à mesure. La composition des titres les plus complexes peut prendre plusieurs mois ! On les laisse de côté quelques temps, pour y revenir ensuite. Aujourd’hui encore, je reviendrai volontiers sur certains passages. Par exemple je referais entièrement « Flamencotille », depuis que j’ai découvert la technique de gamme à trois doigts en pincé de Paco de Lucia : elle ouvre beaucoup de nouvelles possibilités.
Les dialogues que l’on peut percevoir entre les instruments ne sont pas forcément voulus, en tout cas cela ne correspond pas à une mise en scène particulière. Nous essayons simplement d’installer plusieurs climats qui participent à l’originalité de l’ensemble. Quelques passages sont improvisés, mais dans l’ensemble notre musique est très structurée, très travaillée. La jouer sur scène demande beaucoup de préparation !

Ce mélange de jazz, musiques du monde et rock progressif (en schématisant !) est parmi les plus difficiles à classer que nous connaissons et pourtant c’est un peu notre spécialité. Vous ne l’auriez pas fait exprès par hasard ?
Un peu, mais pas trop ! Comme mes goûts sont très variés, cela se reflète dans ma manière de composer.

On trouve de plus en plus de groupes difficiles à associer à un genre particulier. Penses-tu que les étiquettes actuelles suffisent à orienter les amateurs de musique ? Si un rayon inclassable était créé en magasin, est-ce que tu souhaiterais y figurer plutôt qu’en jazz ? D’ailleurs considères-tu ce que vous faites comme du jazz ?
L’étiquette jazz est sans aucun doute trop réductrice. Je suis bien incapable d’improviser sur une grille comme le font les musiciens de jazz. Une catégorie « inclassable » conviendrait effectivement mieux. S’il fallait être précis je dirais que Nema propose une musique « acoustique progressive fusionnelle » !

Hormis le nôtre, quels échos avez-vous reçus pour ce disque qui sortira, rappelons-le, mi-mai 2003 chez le label Juste Une Trace ?
Le travail de promotion commence à peine, nous n’avons donc que quelques réactions, toutes positives. La directrice du festival où nous jouerons cet été a eu un coup de cœur immédiat. Philippe Fournier, directeur de l’Orchestre de Chambre Lyonnais a qualifié notre musique de
« chiadée », ce qui doit être un compliment (rires) ! Cependant certaines personnes ont du mal à apprécier les parties lentes qui demandent une réelle sensibilité au rock progressif ou au classique. Des ressemblances avec King Crimson ont d’ailleurs été évoquées.

Tu as parlé tout à l’heure de nouveaux titres déjà prêts. Est-il possible d’en savoir un peu plus ?
Ces titres sont toujours marqués par la culture andalouse, notamment
« Campanas », basé sur une forme sonate avec plusieurs mouvements.
« Oceanic Visions » rendra hommage à Jacques Mayol et Audrey Maistre, deux grandes figures de la plongée sous-marine que j’aime pratiquer quand j’en ai l’occasion.

Sur ce titre, d’éventuelles similitudes avec la musique d’Eric Serra ? (NdR : compositeur de la bande originale du film Le Grand Bleu, qui s’inspire comme chacun sait de la vie de Jacques Mayol)
Pas vraiment, non (rires) ! Ce morceau-là est très funk !

Propos recueillis par Julien Weyer

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