Interview

Headline

05 Décembre 2002

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par Julien Weyer



Origine : France
Style : Metal progressif
Formé en : 1993
Line-up:
Sylvie Grare (chant), Didier Chesnau (guitare), Christophe Babin (basse), Aymeric Ribot (claviers), Dirk Verbeuren (batterie)
Dernier album : Duality (2002)

Quelques jours après la sortie de Duality, Didier Chesnau et Sylvie Grare nous ont donné quelques clefs pour comprendre cet album varié et riche en messages.
Après avoir démarré mon ordinateur portable utilisé pour l'occasion comme magnétophone et, du coup, entamé une brève discussion sur l'informatique, nous en profitons pour ouvrir l'interview sur ce sujet. (NdR)

Progressia : Avez-vous utilisé l’informatique pour l’enregistrement de cet album ? Le logiciel ProTools est très « tendance » en ce moment...
Didier Chesnau (guitare) :
Le nom circule beaucoup, effectivement. Nous avons travaillé avec l’informatique, mais pas spécialement ProTools. Beaucoup de gens font l’amalgame entre ce logiciel et le procédé « Direct to Disk » (NdR : qui consiste à enregistrer directement sur un disque dur et non sur des bandes magnétiques). Il a été l’un des premiers à permettre une utilisation fiable de ce procédé, mais on en trouve maintenant beaucoup d’autres qui sont aussi très bien, comme Cubase ou Samplitude. ProTools fonctionne très bien de manière autonome, mais aurait posé des problèmes de compatibilité avec les diverses sources que nous devions utiliser pour récupérer certaines pré-productions et échanger des idées assez facilement.

Tu te charges de beaucoup de choses au sein du groupe : la plupart des compositions, une partie de l’enregistrement et le mixage. Hormis les paroles, écrites par Sylvie, quel est l’apport des autres musiciens ?
Sur cet album, leur participation a été plus grande qu’auparavant. Un morceau a été écrit par Christophe Babin (basse), deux autres co-écrits avec Aymeric Ribot (claviers) et un avec Dirk Verbeuren (batterie). Tous se sont investis dans la direction générale, pour beaucoup plus de cohésion au final. Quant à la production, je n’ai pas particulièrement poussé pour m’en charger, il était d’ailleurs prévu de travailler avec Tommy Newton (Helloween, Ark, Consortium Project, Victory…). Ce sont les autres membres du groupe qui ont insisté, après avoir entendu ce que j’avais fait pour d’autres.

Cet album m’a semblé aller dans une direction plus progressive, plus recherchée que les précédents. Est-ce que cela reflète une évolution profonde du groupe, ou bien seulement ponctuelle ? Est-ce que cela aurait pu être le contraire ?
Notre seul parti pris est d’essayer de ne pas proposer la même chose d’un album à l’autre, de ne pas nous répéter. Il faut donc s’attendre à des différences à chaque fois. C’est amusant que tu aies cette impression, car nous avons au contraire essayé d’être plus directs que sur Voices of Presence, d’éviter des choses trop alambiquées. Le but était de revenir à l’essentiel, par exemple en remettant le chant à sa place avec des formats plus « chanson ». Nous avons constaté sur scène que le public était très réceptif et aussi attentif, pas très démonstratif, car beaucoup d’informations étaient envoyées en même temps. Cela dit, vous avez sans doute une vision plus claire que moi de ce qui est « progressif » et peut-être plus de recul par rapport à l’album dans lequel je suis plongé depuis des mois.

Mais le « progressif » est une notion très relative !
Oui, et d’ailleurs, on ne sait plus vraiment ce que ce terme recouvre. Nous sommes contents de plaire au public « progressif » mais cela nous a surpris car ce n’était pas notre volonté au départ. Nous souhaitons seulement communiquer certaines images par la musique. Nous ne nous comparons pas du tout à des groupes comme Dream Theater qui sont beaucoup plus techniques et sophistiqués que nous.

Le titre « Bereft of Sky », composé à partir de la Sonate au Clair de Lune de Beethoven, m’a particulièrement marqué. Tout d’abord, est-ce bien votre clavier qui joue les parties rapides ?
(sourires) Oui ! Il a appris à jouer au conservatoire. Il sait qu’il aura du travail sur scène car c’est moins confortable qu’en studio. C’était un bon moyen de l’intégrer, puisqu’il arrivait dans le groupe, en donnant plus d’importance au rôle du clavier.

Est-ce que tu songeais à faire quelque chose comme ça depuis longtemps ? Tu écoutes beaucoup de musique classique ?
J’en écoute pas mal. J’aime bien les symphonies, mais surtout les concertos et la musique de chambre qui mettent bien en évidence la virtuosité des solistes. Nous avons toujours eu des influences classiques, comme en témoigne l’utilisation d’un quatuor à cordes sur Escape. Le thème de ce titre est en fait inspiré par le film Ludwig van B. et en particulier la scène où Beethoven, devant mettre l’oreille tout contre son piano pour en entendre le son, découvre l’ampleur de son handicap. Même si ce film a été très romancé et pas toujours proche de la réalité, c’était un bon moyen, au même titre qu’Amadeus, de désacraliser la musique classique et de la mettre à la portée du plus grand nombre. Ce passage-là m’avait ému. J’en ai discuté avec le groupe, et Sylvie a écrit ce texte sur le thème du handicap, dans lequel elle fait le cauchemar de perdre un de ses sens dans la journée, sans savoir lequel. Au-delà du thème assez triste, nous voulions faire passer un message positif en montrant à quel point il est possible de réaliser de grandes choses malgré ce que tout le monde considère comme une faiblesse.

Le résultat est convaincant, mais c’était un peu risqué de reprendre une telle œuvre...
J’ai aussi craint que les amateurs de musique classique trouvent cela abusif, mal fait ou opportuniste, mais nous avons vraiment essayé de respecter l’œuvre et de rester humbles. Si le public y entend ce que nous avons voulu communiquer, c’est parfait !

A quand remontent les premiers travaux sur Duality ?
Les premières répétitions sur les premiers titres remontent à septembre 2001. Après Voices, nous avons tous travaillé sur des projets en dehors du groupe, et cela nous a permis de trouver pas mal d’idées et de renouveler notre inspiration.

Qu’attendez-vous de cet album, avez-vous des espérances particulières ?
Les attentes habituelles quand on sort un nouveau disque ! Comme la sortie a un peu tardé, nous avons été agréablement surpris de voir que beaucoup de gens nous attendaient, et d’avoir nous-mêmes réussi à surprendre ceux qui nous suivent depuis le début.

Sera-t-il vendu à l’étranger ?
En principe oui. D’ailleurs, Voices l’était déjà. Notre précédent label ne nous a pas permis d’aller très loin à l’étranger, malgré le bon accueil de la presse, mais maintenant nous espérons que cela va changer.

Vous avez sans doute prévu une tournée ?
Bien sûr ! Rien n’est précis pour le moment, mais c’est en train de s’organiser. Quelques showcases sont déjà prévus. Nous tournerons probablement avec d’autres groupes, mais nous comptons aussi sur des concerts en tête d’affiche.

Que penses-tu de la scène metal française aujourd’hui ? Devrait-elle être plus soutenue à ton avis, et si oui comment ?
Je ne suis pas sûr qu’il soit plus facile de faire du metal à l’étranger qu’en France. Nous avons une bonne couverture médiatique avec plusieurs magazines. Sans généraliser, j’ai l’impression que ceux qui se plaignent ne sont pas forcément assez actifs et attendent que le succès arrive tout seul. Il faut avoir la volonté et les connaissances pour prendre les choses en main, savoir se faire aider aussi. Par le passé, nous nous sommes battus pour que nos albums soient bien distribués et aujourd’hui encore, nous faisons de notre mieux pour soigner tout ce tourne autour de la musique : présentation des pochettes, disponibilité pour la presse et le public, etc..

Beaucoup de groupes de metal s’inspirent de la mythologie ou de l’heroic fantasy pour créer leurs textes. Au contraire, les vôtres sont très concrets, ce qui les rend intéressants. S’agit-il seulement de réflexions personnelles sur la vie ou parfois aussi d’expériences vécues ?
Sylvie Grare (chant) : Duality est effectivement beaucoup plus personnel que Voices. J’avais envie de mettre sur la table pas mal de choses qui me mettent en colère, mais en même temps de poser mes interrogations. Sur chaque titre se trouve une phrase qui laisse dans une certaine mesure la possibilité à l’auditeur d’interpréter le texte à sa façon.

Est-ce que tu penses écrire un jour en français ?
Pourquoi pas ? Je n’ai rien contre a priori. Cela dit, l’anglais permet de garder une certaine pudeur par rapport à ce qui est exprimé. On est déjà tellement exposé au micro sur scène. En français, je pense que les textes seraient plus basés sur des jeux de mots ou des tournures particulières.

Ta manière de chanter me semble assez différente, plus personnelle, que la plupart des autres chanteuses de metal. J’ai été surpris de constater à quel point ton chant transmet plus d’émotion dans les passages doux que dans les passages énergiques.
Oui, cela me semble normal. Les moments où la voix est presque seule expriment plus de sentiments, il faut jouer la carte de l’émotion et de la sensualité. Par contre, je pense que l’on peut aussi transmettre beaucoup d’émotion dans les aigus et dans les cris tout en puissance.

Par rapport aux chanteuses qui s’axent essentiellement sur la puissance, ne penses-tu pas qu’il serait bien de creuser dans l’autre direction ?
Effectivement, certaines personnes apprécient particulièrement ma voix dans les passages plus doux, mais je ne voudrais pas m’en contenter : cela reviendrait à faire de la variété !

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