Dossier

Motörhead

01 Janvier 2016

We are Motörhead and we play rock’n’roll, all right?

par Alexandre Gombaud-Saintonge

« We are Motörhead and we play rock’n’roll, all right? »

Cette sentence, prononcée à chaque représentation du groupe au Snaggletooth, résume sobrement l’état d’esprit de Lemmy Kilmister, celui d’un passionné de musique aimant jouer du rock’n’roll. Celle-ci dénote également son refus que Motörhead, pionner de la New Wave of British Heavy Metal, soit catalogué comme tel. Pourtant, il ne s’agit pas de classicisme et encore moins de snobisme, mais de l’affirmation d’appartenir à une scène bien plus large et éclectique. Alors que l’héritage de Lemmy est, à tort, réduit à la discographie d’un seul groupe, nous tenons à mettre en lumière d’autres aspects de sa carrière, notamment son rôle au sein d’Hawkwind.

Abandonné peu après sa naissance par un ancien aumônier de la Royal Air Force, Lemmy est élevé au sein d’une famille recomposée de l’après-guerre. C’est dans ce contexte que celui-ci développe un intérêt pour le rock’n’roll, au même titre que pour les filles, les chevaux et les machines à sous. Durant son adolescence, il se voit affublé d’un surnom qu’il ne quittera jamais, « Lemmy », en référence à son habitude d’emprunter de l’argent à son entourage pour parier aux jeux (« lemmy a quid till Friday »). C’est également durant cette période qu’il assiste à un concert du Fab Four. Leur premier album, Please Please Me, agit comme un détonateur pour Lemmy qui décide de devenir guitariste autodidacte.

Outre son aventure au sein de The Rockin’ Vickers, un des premiers groupes à se produire par-delà le rideau de fer, Lemmy devient le temps de quelques tournées roadie pour The Jimi Hendrix Experience. Incontestablement, cette expérience forge son appétence pour le psychédélique et le LSD, matière première d’une scène en pleine ébullition. Mais c’est en intégrant Hawkwind, groupe à l’origine du brillant In Search of Space, en tant que bassiste qu’il développe son génie. Bien qu’il ne s’agisse pas de son instrument principal, il parvient à développer un jeu caractéristique qu’il perfectionnera tout au long de sa carrière. Le son vrombissant de sa Rickenbacker, allié aux plages atmosphériques des synthétiseurs, génère une alchimie singulière s’exprimant avec brio sur l’album Space Ritual, œuvre emblématique du space rock. Mais cette collaboration prend fin précipitamment en 1975, trois ans après son intégration, lorsqu’il est accusé de recel de substances illicites.

Il n’en faudra pas moins à Lemmy Kilmister pour se remettre d’aplomb et reformer un groupe dont le nom porte le titre de la dernière chanson que celui-ci avait composé pour Hawkwind. La suite, nous la connaissons tous. Mais nous aurions tort de résumer la suite de sa carrière à la maxime « Sex, drugs and rock’n’roll », bien que celle-ci lui aille à merveille. Lemmy, c’est une vision de la musique bien précise : composer des morceaux efficaces, sans nulle fioriture, taillés pour la scène et pour cracher des décibels. Lemmy, c’est un artiste au talent prolifique: hormis Hawkwind, sa carrière est parsemée de nombreuses collaborations, avec les Ramones notamment, de reprises de groupes pourtant admirateurs (l’excellente Whiplash de Metallica) ou encore de projets plus consensuels comme The Head Cat. Enfin Lemmy, avec ses années d’excès en tous genres, c’est un cas d’école pour tout médecin qui se respecte.

Lemmy l’indestructible nous quitte non seulement après avoir enfanté d’un des groupes les plus bruyants et emblématiques de ces dernières décennies, mais aussi après avoir largement contribué au rock’n’roll dans son ensemble. Il continuera d’incarner l’idée que nombre de mélomanes se font de l’Artiste, celle d’un créateur épris de liberté mais s’imposant la nécessité d’être constant en qualité.


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