Dossier

La scène progressive australienne

25 Janvier 2012

(6/6) : Interview de Lucius Borich (Cog)

par Dan Tordjman

Si The Butterfly Effect, Dead Letter Circus et Karnivool occupent le devant de la scène progressive australienne, ils le doivent en grande partie à Cog. Bien qu’inactif, le groupe de Sydney fait figure aujourd’hui encore, de prophète en son pays. Chromatique s’est entretenu avec Lucius Borich, batteur de la formation, qui dresse un état des lieux de la scène progressive aussie.

Chromatique : Lucius, une présentation s’impose : peu de personnes savent qui tu es en France. Tu es connu comme étant le batteur de Cog mais il semble que le groupe soit actuellement inactif…
Lucius Borich : Bonjour à toi, la France. Tout d’abord je voudrais vous dire : je t’aime (en Français dans le texte), j’ai toujours voulu le dire. Je suis batteur dans Cog, groupe actuellement en sommeil. J’ai pour habitude d’affirmer qu’il ne faut rien en attendre de nouveau avant un moment. Je m’investis actuellement dans un projet se nommant FLOATINGME, qui vient de sortir un album éponyme que je vous invite à écouter.

Cog a été (et est encore) cité comme fer de lance des groupes progressifs australiens. Que penses-tu de cet état de fait ?
Je crois que nous sommes arrivés à un moment où il y avait un besoin de renouveau. Les gens en ont eu assez d’entendre les mêmes choses encore et toujours. Nous avons utilisé un angle d’approche différent. Pour nous, la musique progressive consiste à ne pas jouer quelque chose de déjà entendu. L’idée est au contraire de creuser un peu plus en profondeur et je pense qu’on y est arrivé avec Cog.

Que réponds-tu aux gens qui te voient comme un musicien progressif ? Te sens-tu proche de cette scène ? Y a-t-il des groupes que tu apprécies ?
Un musicien progressif ? Moi ? Ah, ça me fait plaisir merci ! J’en reviens à ma réponse précédente, l’idée est de ne pas proposer de resucée, d’évoluer constamment et d’essayer quelque chose de différent, en bref, chercher à se défaire de l’idée qu’il n’y a qu’une manière de faire de la musique. Le seul exemple qui me vienne à l’esprit est celui de Frank Zappa, qui a confirmé cette théorie dans son oeuvre. En Australie, Dead Letter Circus et Karnivool cartonnent. Hors de nos frontières, ma préférence va à feu-Isis, Tool bien entendu ainsi qu’Interpol dont je suis un grand fan, au même titre que Mastodon. J’ai grandi cependant en écoutant aussi des groupes progressifs comme King Crimson, Genesis, Rush, Pink Floyd et le Mahavishnu Orchestra.

La tendance musicale progressive actuelle met en avant des formations qui incluent des éléments alternatifs à leur musique. C’est le cas par exemple de The Mars Volta, Coheed & Cambria ou Muse. Penses-tu que leur prolifération marque la fin d’une époque durant laquelle nombreux étaient ceux qui avaient pour ambition d’égaler Dream Theater ?
Je vais être franc, je ne suis pas un fan de Dream Theater. Pour autant, je ne pense pas que cette période soit révolue. Quelqu’un, quelque part, aura toujours envie de les écouter et c’est une bonne chose car c’est ainsi que l’héritage musical perdure. C’est un groupe de Hard Rock qui a trafiqué le son de ceux de « Hair Metal » et tordu davantage les structures. Ils avaient bien plus faim que la majorité de ces formations minables qui ont émergé lors des années quatre-vingt. Ce constat est également valable pour Metallica. Quant à The Mars Volta, ils ont fait des choses incroyables au rayon prog’. Ils « modulent » le son des années quatre-vingt-dix et y ajoutent des influences des années soixante-dix comme Led Zeppelin, Santana, King Crimson, etc. … Coheed & Cambria et Muse ont fait pareil avec respectivement Rush et Queen. Je pense qu’il y a des groupes de notre époque qui sont tout à fait respectables mais je maintiens qu’ils n’arrivent pas à la cheville des précurseurs du genre qui évoluaient dans les années soixante-dix et qui ont posé les bases de la musique progressive. Personne ne sonnait comme eux à cette époque. Ceux que tu as mentionnés dans ta question sont fantastiques mais, in fine, ce sont leurs glorieux aînés qui se rappellent à notre souvenir. C’est une recherche toute normale de la progression.

Cog est de Sydney, Karnivool de Perth tandis que and Dead Letter Circus et The Butterfly Effect sont de Brisbane. Cette ville semble abriter un grand nombre de formations progressives. Citons Quandary & Arcane dans une veine plus typique. Mentionnons également The Third Ending (Tasmanie), ToeHider (Melbourne) et Unitopia (Adelaide). De manière consensuelle, un trio se dégage avec DLC, TBE & Karnivool. Selon toi, quels sont ceux à surveiller ?
Je n’ai rien entendu dernièrement qui aurait pu me faire me dire : « Tiens, voilà un groupe qui peut reprendre le flambeau du progressif. » Il faudrait que je puisse me tenir au courant pour ça. Tu mentionnais à juste titre, Dead Letter Circus. Ils sont dans une position d’outsiders. En fait, il faudrait que je sorte plus souvent (Rires).

Quel est ton regard et ton jugement sur la scène progressive et, par extension, sur la scène « mainstream » australienne ? Ils ne sont qu’une poignée à avoir réussi à se faire un nom, comme The Butterfly Effect, Dead Letter Circus ou Karnivool et, dans un style plus « mainstream », The Living End. Penses-tu qu’ils s’inscrivent dans la continuité de Midnight Oil, INXS, Men at Work, The Baby Animals ou plus récemment Silverchair ? Comment parvient-on, quand on joue dans une formation de rock australien, à maintenir ce niveau de qualité quel que soit le style musical ? Est-ce dû à l’héritage des « glorieux anciens » ou existe-t-il une autre raison ?
Des groupes comme Cog, The Butterfly Effect, Dead Letter Circus ou Karnivool semblent condamnés à rester coincés à un seul et même palier. Le grand public ne s’y intéressera pas, ne serait-ce que l’espace d’une seconde et, si tu veux mon avis, c’est bien dommage. Ils ont vraiment cravaché, tout comme leurs aînés, ici, en Australie. Ces jeunes formations progressives peuvent remplir sans problème des salles de deux mille personnes et sont à l’affiche des plus grands festivals du pays. Cependant, ils ne parviennent pas à atteindre la cote de popularité de groupes comme INXS, Midnight Oil, Men at Work ou The Baby Animals. Pourquoi ? J’ai bien mon idée mais franchement, c’est pathétique. Ils méritent d’être écoutés par le grand public et je mets ma main à couper que l’auditeur lambda apprécierait s’il se donnait la peine d’écouter. Les radios australiennes diffusent de tout, je dis bien de tout, sauf les musiques progressives. The Living End, qui est un peu hors du contexte progressif de cet entretien, est un exemple qui a augmenté son noyau de fans. Sans Triple J Radio, nous aurions du mal à pouvoir parler de scène progressive australienne.

A quoi doit-on ce regain d’intérêt soudain pour le rock en Australie, où la Country et la Pop règnent en maîtres ?. Est-ce le résultat d’un ras-le-bol de la rotation habituelle des radios qui, dès lors, incitent à chercher quelque chose de nouveau ?
Les Australiens réellement passionnés ont tendance à traîner les groupes compatriotes dans la boue. Les musiciens redoublent donc d’efforts parce qu’ils sont mal considérés par la population. Si tu n’es pas originaire d’Angleterre ou des Etats-Unis, les gens ne te prennent pas au sérieux. C’est affligeant mais depuis toujours, c’est ainsi.

Quels sont tes projets ?
Comme je l’ai mentionné en début d’entretien, FLOATINGME est mon nouveau bébé. Il est né de mon association avec Jon Bass de Karnivool, d’Andrew Gillespie & Antony Tobys de Scary Mother (qui a eu un certain succès dans les années quatre-vingt-dix). Je joue également de la basse dans un groupe de surf music et blues-rock spaghetti et je m’y amuse bien. The OX and the Fury est une formation folk rock acoustique, Juice, un ensemble au sein duquel nous mélangions funk, metal et rock psychédélique et qui est toujours actif. Je joue aussi de la batterie avec mon père Kevin Borich qui est guitariste de blues rock, reconnu à travers toute l’Australie. On a monté Borich X Borich et c’est un plaisir énorme ! En général, père et fils vont à la pêche ensemble, nous on joue du rock. Pour finir, je possède un studio d’enregistrement dans lequel je produis et enregistre, et j’enseigne également la batterie …

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