Dossier

Post-rock instrumental romand

02 Mars 2009

Post-rock instrumental romand

par Jean-Daniel Kleisl

FOCUS : POST-ROCK INSTRUMENTAL ROMAND

 

Depuis une quinzaine d’années, la Suisse romande a vécu un chamboulement important de sa scène rock et metal avec la naissance d’un scène indie rock proche des hardcore, post-hardcore et post-rock, directement importées des Etats-Unis. Cela avait violemment débuté à Genève avec des groupes comme Knut ou Impure Wilhelmina sans parler des Shovel, Favez et autres Chewy dans le canton de Vaud. Depuis, la musique s’est peu à peu complexifiée et de nombreux artistes ont voulu créer une musique essentiellement instrumentale. Depuis plus de sept ans, on assiste au développement d’une vraie scène rock instrumentale, que d’aucun y ajoute le préfixe « post » parce que tout le monde le fait. La sortie des albums de The Evpatoria Report et des jeunes Killbody Tuning à la fin de l’année passée et du second album de Shelving tout prochainement nous donne l’occasion d’un petit état des lieux et surtout de présenter aux lecteurs de Progressia les principaux acteurs de cette mouvance.

Honey For Petzi

A tout seigneur, tout honneur. Débutons en effet avec le groupe le plus expérimenté et le plus prolifique de la scène romande : Honey For Petzi. Formé au milieu des années nonante (NdlR : Hé oui, pour cet article, on abandonnera le quatre-vingt-dix de rigueur !), les Lausannois, qui formaient un quatuor à leurs débuts, se lançaient dans un rock indie adolescent avec leurs deux premiers albums, Honey For Petzi (1997) et Teleski (1998) : son amateur, morceaux directs mais qui augurent néanmoins de ce que sera l’avenir. En se transformant en trio, Honey For Petzi entame une petite révolution. L’influence de Shellac, qui était juste suggérée, devient alors explicite. Grâce à Heal All Monster (2001), enregistré à Chicago par l’inusable Steve Albini, HFP obtient la reconnaissance internationale avec une musique essentiellement instrumentale qui alterne morceaux calmes et passages très math rock’n’roll mêlés de parties electro. Dans la grande tradition albinienne, la section rythmique est en verve et bien présente, avec un Christian Pahud, diabolique de précision, qui frappe sèchement ses peaux, permettant à Sami Benhadj et Philippe Oberson de tisser leurs parties qui s’entrecroisent avec bonheur. Avec les Français Chevreuil et Cheval de Frise, Honey For Petzi devient en quelque sorte le pendant européen des Shellac, Don Caballero et autres Tortoise, avec une touche très pop, cependant.

Les Lausannois continueront sur leur lancée en 2003 en sortant quasi simultanément le punchy Nicholson et la bande originale du film Angels Camp d’Emanuelle Antille, tous deux très réussis. Si le premier se rapproche d’un Heal All Monster sans les parties calmes, le deuxième, au contraire, permet à l’ourson d’explorer de nouveaux champs emplis de douceur et de mélancolie. On se rapprocherait presque de Pink Floyd par moments. En fait, Honey for Petzi aime à varier les plaisirs, chacun de ses albums reste différent de l’autre et cela va se confirmer en 2004 avec la sortie de deux splits EP en compagnie du groupe berlinois Seidenmatt et des indéboulonnables Chevreuil et surtout la parution du projet acoustique Machnick enregistré à la suite de concerts au festival de la Bâtie à Genève en compagnie de deux copains de l’ensemble Parazit. Honey For Petzi vit là ses meilleures années, entreprend de nombreuses tournées dans plusieurs pays européens. La réputation du power trio, car c’en est un, comme étant l’un des meilleurs live bands helvétiques, dépasse les frontières du pays. Man’s Rage for Black Ham sorti en 2005, l’opus le plus complexe et déstructuré du trio – on se rapproche d’un Chevreuil ou d’un Don Caballero – marque néanmoins le pas dans l’inspiration, Honey For Petzi n’étant jamais aussi bon que lorsqu’il mâtine son math rock de passages pop plus mélodiques. Ces trois dernières années, le trio continuera à être remarqué sur les routes mais sera moins actif dans la parution de nouveaux morceaux, se contentant d’une réissue de Nicholson agrémentée d’un deuxième CD de remixes en 2006 et la sortie quasi confidentielle d’un EP très technoïde (et sans guitare !), Colorplan Excel, qui reprend en grande partie des morceaux de Heal All Monsters moulinés en version electro. Cette évolution est compréhensible dans la mesure où les personnalités du groupe ont chacun des projets divers, en particulier Christina Pahud avec son très electro Larytta. HFP a inspiré de nombreux artistes de la région. On peut en citer au moins un qui sort du lot, Sigurd, dont nous avions en son temps chroniqué l’excellent Doppelgänger (2006). Dommage que ce ne fût, semble-t-il, qu’un one shot.

La scène vaudoise

Honey For Petzi, par l’entremise de son Heal All Monster, a donné une forte impulsion à toute une nouvelle scène musicale dans la région lausannoise. Le plus important label indépendant romand, Gentlemen Records, qui abrite plusieurs groupes à tendance post / electro rock (Toboggan, Rosqo, Velma), est quasiment né avec cet album. De Lausanne, on retiendra encore le nom de Illford, formé en 1999 et auteur en 2003 (mais enregistré en décembre 2001), d’un superbe et malheureusement unique album éponyme de rock instrumental très fin et fouillé, se démarquant de la production anglo-saxonne massive à la Mogwai ou à la GY!BE par son approche très intimiste et variée, assez progressive dans l’âme même si Illford s’en défend. Ses membres connaîtront des carrières intéressantes par la suite, Nicolas Julliard, alias Fauve, connaissant un joli succès régional (toujours chez Gentlemen) dans un style songwriting pop lui aussi très fin. Philippe Henchoz forme le très puissant Ventura, dont on a parlé dans nos colonnes, avec des anciens de Shovel et Iscariote tandis que Giuliano Costanzo prend part à l’expérience Bandini, développant un post-rock de bonne facture quoique très (trop ?) classique sur ce que l’on a déjà pu écouter en attendant un premier album quoi soit sortir incessamment sous peu.

Des expériences intéressantes ont été tentées et réussies en mélangeant sans vergogne rock et électronique, à l’instar du duo veveysan Opak (Julien Grandjean : électronique, guitares, basse, ingénieur du son et Arnaud Sponar : piano, saxophone, guitare, batterie, percussion, bandes). Alliant hip hop échantillonnée, post-rock instrumental de grande envergure et electro débridée, les deux compères sortent deux albums de très haute volée, unanimement salués par la critique, Prolog (2003) et Two Sleepwalkers on a Tight-Rope (2005). Si le premier reste très post-rock dans sa construction, il dégage une puissance et une chaleur que n’égale que la froideur hip hop et l’aspect expérimental du second. De lentes progressions ambient font face à des déferlements électroniques sauvages et des rythmiques jazzy sur lesquelles se pose l’instrumentation « traditionnelle ». Les musiques de film, principalement des réalisateurs Shirin Mashayekh et Thanassis Fouradoulas, des concerts sons et images vidéos ainsi que des collaborations en tout genre (Sinner DC, Solange La Frange, Magicrays, entre autres) permettent au duo d’explorer de multiples aspects de sa musique. De larges extraits audio et vidéo sont disponibles sur le site du groupe : http://www.opakmusic.com. Toutefois, depuis un an, Opak se fait désirer, Arnaud Sponar se consacrant à son projet instrumental acoustique, Goodbye Ivan dont le premier EP, Benediktska est téléchargeable gratuitement : http://www.parallaxsounds.com. Dans le même genre de musique électronique et qui rappelle Boards of Canada, on ne peut s’empêcher de lancer quelques fleurs à Consor, alias Samuel Vaney, auteur d’un Mesentropia (2006), ample et lumineuse electro-noise, digne d’éloge !

Toujours dans le canton de Vaud, deux ensembles sont bien sûr incontournables : The Evpatoria Report et Monkey 3, tous deux dans un style bien différent. Si The Evpatoria Report, formé en 2002, évolue, on le sait, dans une mouvance très balisée, entre Godspeed et Mogwai, il n’en a pas moins frappé les esprits avec son premier album, Golevka (après un EP enregistré en 2003). Pochette classieuse créée par Fabian Sbarro, production exemplaire, instruments à cordes, chorale accompagnée par un orchestre symphonique, Golevka, sans révolutionner le genre, apporte la preuve qu’il existe des alternatives enthousiasmantes aux deux groupes précités. Après des concerts aux quatre coins de l’Europe, dont une tournée en Russie avec Opak, The Evpatoria Report est actuellement en stand by, ce qui ne l’a pas empêché de sortir le réussi Maar (2008), chroniqué ici même.

Autre musique et autres sonorités avec Monkey 3. Formés en 2001, les trois singes – ils sont quatre en fait – ont vite avoué leur penchant pour les longues jam sessions dans un cadre stoner rock. Après une première démo, ils autoproduisent leur premier album éponyme en 2003. Celui-ci fleure en effet bon la jam et la réussite – artistique assurément – est au rendez-vous. On sent derrière ce premier essai toutes les influences seventies (Pink Floyd, Hendrix, Led Zeppelin), psychédéliques (Ozric Tentacles) et stoner (Kyuss). On a même inventé un nom pour décrire cette musique : le psychostoner. Peu importe la dénomination en fait, constatons simplement que l’album, superbement produit au demeurant, fait mouche ! Il ne faut dès lors point s’étonner que Buzzville Records, le label belge, les signe et réimprime le disque. Cela permet à Monkey 3 de sortir sans heurt un 39 Laps encore plus enlevé à la fin de 2006. Plus composé que le précédent, ce deuxième album lui offre la possibilité de sortir des frontières de son pays et de jouer un peu partout en Europe. Et de cette reprise de Il y était une fois dans l’Ouest, vous m’en direz des nouvelles ! L’actualité de Monkey 3 consiste en ce DVD enregistré aux arènes d’Avenches en 2007 et disponible en téléchargement sur le site du groupe. De plus, Monkey 3 a annoncé récemment vouloir sortir ce printemps un CD de reprises avec des chanteurs invités, entreprendre une tournée européenne en avril-mai et enregistrer un nouvel album qui devrait sortir cet automne. Rien que cela. Bon courage, les gars !

La scène genevoise

La situation à Genève est quelque peu différente dans la mesure où il n’y a pas eu de groupe précurseur, tel Honey For Petzi. Par contre, la scène rock et expérimentale qui gravite autour de la salle underground L’Usine a accouché de biens beaux spécimens, principalement issus du hardcore le plus torride (Knut, Impure Wilhelmina). Ainsi, un combo comme Shora prenait joyeusement part au milieu hardcore hurlé new school emmené par un Converge, Dillinger Escape Plan ou un Botch aux Etats-Unis, avec lesquels Shora a tourné. Son EP Shaping the Random (2000) est considéré comme un modèle de violence extrême tout en restant très technique, de même que sa collaboration avec Merzbow dans le mythique et éprouvant Switching Rethorics (2002). C’est à cette occasion d’ailleurs que la musique des Genevois en sortira profondément changée, après des concerts mémorables en France en compagnie de Merzbow, jammant avec lui sur de longs thèmes instrumentaux. Terminés les hurlements et la violence extrême, place à une musique peut-être plus assagie (quoique !), mais tout aussi sombre, qui en surprendra plus d’un fin 2005 avec la sortie de Malval. En trente-trois minutes intenses, les Genevois redéfinissent le genre en s’inspirant directement du Krautrock des Faust, Can, Amon Düül II et consorts mais aussi de King Crimson, du psychédélisme de Pink Floyd, sans pour autant renier totalement leurs origines hardcore (quelle section rythmique !). Il en résulte la réussite totale d’une approche somme toute très progressive qui fera date. Et depuis ? On attend un nouveau bébé, Messieurs ! Shora sait pour le moins se faire désirer et pourtant de nouveaux morceaux, enthousiasmants, ont été joués à de nombreuses reprises ! Il faut néanmoins préciser que le groupe a participé à la musique du film vidéo expérimental de Nathalie Rebholz, Wonderland (une semi-improvisation de vingt minutes – si vous en trouvez un enregistrement, prévenez le rédacteur). Et également qu'il a connu des changements de personnel, en particulier le départ du bassiste Vincent de Roguin, qui s’en est allé participer au projet Aethenor avec Stephen O’Malley (Sunn O)))) et Daniel O’Sullivan (Guapo) dans une musique drone ambient digne de film d’horreur. Depuis 2006 et déjà deux réussites terrifiantes dont nous avons déjà parlé dans ces pages, le trio sort actuellement son troisième essai, Faking Gold & Murder (avec la participation d’autres artistes). De plus, deux (ex-)membres de Shora (Vincent de Roguin et Nicolas Todeschini), prennent part à Odio Terz, formé en 2002 déjà et vu en concert en compagnie de Dälek, une sorte de cauchemar electro technoïde lui aussi instrumental, dont on peut entendre des morceaux sur le site de l’artiste Margaux Renaudin (http://www.abscondorium.com/?p=91), qui a par ailleurs participé à la dernière vidéo de Battles, le monde est petit.

Autre groupe mythique de la scène genevoise, Knut, aussi un ourson, mais version hardcore SM pour celui-ci, a expérimenté lui aussi un album quasi entièrement instrumental, après une série d’albums hardcore avant-gardiste entre la fin du siècle dernier et le début de celui-ci. On navigue dans un post-hardcore mêlé de drone ambient bruitiste pour un résultat terrifiant et époustouflant d’envergure. Seul ensemble helvétique de cette mouvance à être signé par un label américain, Hydra Head en l’occurrence, la bande du batteur Roderic Mounir a frappé un grand coup avec Terraformer (2005). Quelles surprises nous proposerons-ils dans le futur ?

Enfin, et Progressia les a largement couverts l’année passée, n’oublions pas de mentionner la dernière merveille du bout du Lac, Equus, qui, avec son lancinant Eutheria, est rentré dans le peloton de tête des groupes de post-rock instrumental. Maniant à haute dose et un talent certain sons mellotronisés, progressif seventies, Krautrock et puissance métallique, Equus a tout les atouts pour devenir l’un des fers de lance du rock instrumental romand. Les Genevois n’hésitent non plus pas à accompagner des vieux films comme le Golem de Paul Wegener lors d’happening cinématographiques. S’en serviront-ils pour leur prochaine parution ?

 Les montagnes jurassiennes, ailleurs et… la suite ?

Il n’y a pas que sur les bords du lac Léman où l’on met le feu. Toutes les montagnes jurassiennes sont devenues un vivier de groupes metal de premier ordre, de Forceed à Yog en passant par Kehlvin ou Switchback. Bref, on s’égosille joyeusement dans les chaumières durant l’hiver. Certains se sont néanmoins essayés à une musique (quasi ?) entièrement instrumentale, à l’instar de certains membres de Forceed, Lest et XsTrack avec la création de Shelving, à l’origine la version jurassienne de Honey For Petzi, ainsi qu’en témoigne l’excellent Mécanique Sessions (2005) : section rythmique très solide, guitares finement ciselées, production excellente pour cette autoproduction. Le collectif ne va pas en rester là et va sortir en avril prochain son deuxième essai, Imihs, sous l’égide du label Division Records qui renaît pour ainsi dire de ses cendres depuis quelques mois. Enregistré en quelques jours dans une ferme des Franches-Montagnes, ce nouvel opus sera subdivisé en deux parties qui évoquent une forte affiliation à Shora, d’après les excellents extraits déjà disponibles sur leur MySpace. On vous en reparlera.

Passons dans le canton de Neuchâtel maintenant avec Killbody Tuning qui vient de sortir son premier album, autoproduit, The French Hunter, marqué par un post-rock lancinant de belle facture même s’il n’est en rien novateur – Mogwai, quand tu nous tiens ! Là encore, les passages métalliques apportent des variations bienvenues. En tous les cas, une bonne entrée en matière pour ce jeune groupe formé en 2005.

D’une manière générale, les jeunes musiciens peinent à faire leur place dans le paysage romand actuel. Le souffle créateur semble marquer le pas. L’année 2005 restera dans les annales avec les sorties des albums de Honey For Petzi, Shora, Knut, The Evpatoria Report, Opak et Shelving. Il devient de plus en plus difficile de se démarquer dans un genre qui devient fort encombré. Ainsi, Sonograph voire même Bandini restent cantonnés à l’abri de leurs aînés. De jeunes combos, tels Last Vote à Bâle (There Is Sound, 2007) ou Overdrive Amp Explosions à Fribourg (Intervals, 2006 et Blanks, 2008) n’ont pas encore acquis la maturité nécessaire pour sortir des carcans du genre. Cela dit, leurs albums ne déméritent pas, mais on reste si loin d’un Heal All Monsters, d’un 39 Laps ou d’un Malval. De plus, la crise du disque a un impact non négligeable sur les labels indépendants régionaux. Des labels de qualité comme Shayo Records (The Evpatoria Report, November) semblent marquer une pause, Gentlemen Records a diminué quelque peu son activité pour se consacrer à l’organisation de concerts. Cette situation aboutira-t-elle à une baisse de l’offre musicale et en définitive mettre à mal tout un terreau très fertile ? On peut le craindre, même s’il reste toujours la possibilité de s’autoproduire. L’écart de temps entre l’enregistrement dans le studio et la mise en vente d’un album semble interminablement s’allonger – c’est une impression de votre serviteur. Dans ces conditions, c’est une excellente nouvelle que de petits labels comme Get a Life! (Equus, The Evpatoria Report, Yog, Ventura), Creaked (Opak, Consor) ou Saïko soient encore si actifs, de même que le redémarrage l’année passée du mythique Division Records (Unfold, Vancouver, Kehlvin, Forceed, Shelving) après plus de deux ans d’assoupissement, apporte un second souffle bienvenu.

En guise de conclusion, nous nous bornerons à dresser une petite liste des albums à recommander, évidemment en toute subjectivité. Tout en constatant la petitesse du territoire de la Suisse romande, sa richesse musicale reste très vivace. Ce sont peut-être ce régionalisme et cette petitesse qui permettent aux groupes qui y vivent de ne pas s’arc-bouter dans des cadres imposés par les grandes maisons de disques. La liberté n’a pas de prix… Stay tuned!

Discographie raisonnée

Honey For PetziHeal All Monsters (2001 – Gentlemen/Aerinsk); Angels Camp (BOF) (2003 – Gentlemen); Nicholson (2003 et 2006 avec RMX for HFP – Gentlemen); Machnick (2004 – Gentlemen); Man’s Rage for Black Ham (2005 – Gentlemen/Ruminance)

IllfordIllford (2003 – Snowcat/Get a Life!)

The Evpatoria ReportGolevka (2005/2008 – Shayo/Twilight); Maar (2008 – Get a Life!)

OpakProlog (2003 – Urgence Disk); Two Sleepwalkers on a Tight-Rope (2005 – Creaked)

Monkey 3Monkey 3 (2004 – Buzzville); 39 Laps (2006 – Buzzville)

ShoraMalval (2005 – Conspiracy)

ShelvingMécanique Sessions (2005 – Roedeer/Autoproduction); IMIHS (2009 – Division Records)

KnutTerraformer (2005 – Conspiracy/Hydra Head)

SigurdDoppelgänger (2006 – Gentlemen)

ConsorMesentropia (2006 – Creaked)

EquusEutheria (2008 – Get a Life!)

Killbody TuningThe French Hunter (2008 – Autoproduction)

Jean-Daniel Kleisl

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Commentaires 

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