Dossier

Devin Townsend

27 Mai 2007

Devin Townsend

par Julien Damotte

CONFERENCE DE PRESSE : Devin Townsend

 

Origine : Canada
Style : Metal expérimental intergalactique
Formé en : 2007
Composition :
Devin Townsend – tous les instruments
Dernier album : Ziltoid the Omniscient (2007)

Après une très courte période de repos, le savant fou du metal revient sur le devant de la scène, cette fois sans Strapping Young Lad ou le Devin Townsend Band, mais avec un projet on ne peut plus farfelu : Ziltoid The Omniscient. Ne voulant rien manquer de la présentation de son nouveau personnage et album, Progressia s’est rendu à la conférence de presse donné par un Devin Townsend de plus en plus schizophrène, aussi déjanté qu’attendrissant. Moments choisis.

Une fois tous les journalistes à leur place, c’est un Devin Townsend bedonnant et plutôt déboussolé (NdR : il est arrivé en France le matin même !) qui fait son apparition, sa marionnette à la main, avant de se placer derrière le rideau. Sur fond de « ZTO », le morceau introductif de l’album, la marionnette se présente : « Salutations, humains ! Et oui je suis en France pour promouvoir ce qui s’annonce comme le disque le plus accablant de stupidité que vous écouterez cette année ! Comment allez vous ? Vous réalisez que vous parlez à une marionnette en plastique, n’est-ce pas ? Moi, je me sens super bien ! Enfin… je sens surtout la main du canadien désespéré qui me fait parler ! Je suis un extra-terrestre quadridimensionnel, je viens de la planète Ziltodia 9 et je maîtrise l’espace-temps. Je peux donc aller et venir dans le temps et dans l’espace pour satisfaire mes moindres envies. Par conséquent, je viens à vous chers français pour me présenter en tant que l’ultime guitar-hero quadridimensionnel ! Mais pour voyager dans l’espace-temps, j’ai besoin d’un carburant bien particulier : le café. Et tout le monde sait que le meilleur café se trouve… en France ! Oui, c’est un bien triste jour pour l’humanité… puisque vous êtes tous en train de parler à une marionnette en plastique ! (…) C’est ridicule ! Mon disque a été enregistré et produit par mon ami Devin Townsend, un individu très triste et très seul. C’est d’ailleurs lui qui a sa main dans mon cul en ce moment ! » Après cette présentation plus qu’atypique, c’est à un parterre de professionnels amusés mais quelque peu déstabilisés que revient la lourde tâche de poser des questions à la hauteur du personnage !

A la première question « Pourquoi vouloir détruire la terre ? « , Ziltoid répond « Non vous vous trompez, je veux juste voler des grains de café. Aujourd’hui j’ai déjà bu dix cafés et fait caca (NdR : traduction littérale de « to poop ») deux fois. J’ai cinq anus ! Je ne suis qu’un guitariste qui aimerait devenir une rock star ! » . Sous couvert d’un humour débridé, on comprend déjà que Devin Townsend ne s’amuse qu’à moitié et se sent réellement ridicule derrière tout cet apparat. Pour preuve, la réponse à la deuxième question : Pourquoi ai-je choisi de collaborer avec Devin Townsend ? Je recherchais le plus gros blaireau (NdR : traduction approximative du mot « nerd », sorte de mordu d’informatique boutonneux qui reste toute la journée derrière son ordinateur) du Canada. Il m’en fallait un qui n’avait pas d’amis et qui éprouvait le besoin de se cacher derrière une marionnette en plastique. J’ai aussi fait mon choix grâce à sa fabuleuse coupe de cheveux, qui ressemble étrangement à la mienne d’ailleurs ! (NdR : Ziltoid a exactement la même coupe de cheveux que Devin, c’est à dire une calvitie plus qu’avancée entourée de dreadlocks). S’en suit une série de questions-réponses intergalactiques, toujours sur le même ton, au cours de laquelle on apprendra que Devin a souhaité tout faire lui-même sur cet album car il en avait marre des autres musiciens : « Les batteurs sont tous des bananes tandis que les guitaristes ne pensent qu’à jouer plus fort que les autres musiciens. Mettez deux guitaristes dans la même pièce et ils s’amuseront à monter le volume jusqu’à ce qu’ils explosent ! Et pourquoi voudrais-je qu’un autre chanteur me fasse de l’ombre ? C’est moi le meilleur ! Et les bassistes ? Savez-vous comment on se débarrasse d’un bassiste qui attend sur le pas de votre porte ? On paye la pizza et on lui de dégager ! ». Ziltoid nous révèle également que s’il boit du thé, il se vaporise, et que vu la tournure ridicule que prend ce nouveau projet, il allait sûrement se vaporiser dans les jours ou les heures à venir… A la question : « Devin n’était-il pas sensé faire un break après la naissance de son enfant ? », Ziltoid répond qu’il s’est vite ennuyé et qu’après une série d’événements incontrôlés, il s’est retrouvé ici dans cette salle. On apprendra aussi que Ziltoid ne fera malheureusement jamais de concerts, de peur de se ridiculiser devant encore plus de gens et que la vidéo présente sur sa page Myspace sera sûrement la dernière. (NdR : aucune collaboration avec Tim Burton en vue donc…). La dernière question à laquelle Ziltoid répondra en tant que marionnette est : « Y aura-t-il d’autres albums sous le nom de Ziltoid ? ». Après ce qu’il considère comme une humiliation publique, la réponse est évidemment non.

C’est un Devin Townsend honteux et désemparé qui sort finalement de derrière le rideau pour s’excuser de nous avoir fait perdre notre temps. Selon lui, ce projet n’aurait jamais dû bénéficier d’une quelconque promotion, et surtout pas à l’échelle internationale. Les heureux présents comprirent vite que ce qui avait commencé comme une farce allait vite se transformer en une confession d’une rare sincérité. Devin, comme s’il écrivait son testament, nous fait comprendre que la marionnette, c’est lui, et qu’il est fatigué de se faire manipuler par les médias depuis des années. Tout ce qu’il voulait c’était s’amuser chez lui en créant une marionnette, mais encore une fois il s’est fait avoir par l’industrie du disque : « Lorsque l’on sort un disque, on est forcément amené à le promouvoir et je pense que dorénavant je ne vendrai mes disques que par Internet et ceux qui voudront les écouter seront libres de le faire. C’est un véritable honneur d’être ici mais je me sens un peu désarmé sans Ziltoid… en fait JE SUIS Ziltoid ! (…) J’espère que vous ne venez pas de loin pour voir ça… ». Comme pour se sortir d’une situation qu’il ne maîtrise plus, il se met à raconter une blague : Comment appelle-t-on un boomerang qui ne revient pas ? Un bâton ! . Pourtant, la détresse du canadien est plus visible que jamais et c’est dans ce climat tragicomique que Devin va annoncer solennellement qu’il souhaite s’exiler quelque temps dans le Grand Nord, ne plus faire de musique ou très peu et surtout ne plus tourner, ni en solo, ni avec Strapping Young Lad. Concernant ce groupe, Devin a avoué ne pas ressentir le besoin immédiat de faire un album pour des raisons très précises : « A un moment de leur carrière, Metallica aurait dû s’arrêter avant de faire « Load » ou encore « St Anger ». En effet, lorsqu’un artiste n’est plus animé par la même flamme qu’à ses débuts, il faut qu’il s’arrête avant de le regretter, pour son bien et pour celui de ses fans. Et peut-être en suis-je arrivé là… Me produire en public me met extrêmement mal à l’aise, comme vous pouvez le voir aujourd’hui, et avec Strapping Young Lad nous avons dépassé toutes les limites dans ce domaine en participant au Ozzfest et au Download Festival… un véritable cauchemar pour moi. Quant à cette conférence de presse, elle sera peut-être déterminante dans mes choix futurs… En tout cas, je ne compte pas faire de concerts ou de tournées promotionnelles avant un bon moment. Il faut parfois savoir laisser sa place à d’autres groupes ou artistes qui ont plus de choses à dire ou qui sont plus à l’aise dans ce genre de situations. Je crois avoir déjà beaucoup donné au public, à raison de deux ou trois disques par an, et il est temps pour moi de passer le relais. »

Cette conférence de presse, sous ses allures de farce, aura donc été le théâtre de nombreuses révélations. Comme pour finir sur une note d’espoir, Devin dévoilera tout de même ses intentions de monter un nouveau projet avec Steve Vai un jour ou un autre, mais dans un registre plus heavy, et avec pourquoi pas Gene Hoglan à la batterie. Bien que déconcertés, les heureux présents repartiront avec le sentiment d’avoir été les témoins d’un moment unique et sincère comme il y en a peu dans le monde du metal. Espérons que ce boulimique de musique revienne plus vite que prévu…

Propos recueillis par Julien Damotte

site web : http://www.hevydevy.com
page myspace : http://www.myspace.com/ziltoidtheomniscient

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