Dossier

ProgPower 2003

03 Décembre 2003

ProgPower 2003

par Dan Tordjman

La seconde journée du festival est à nouveau ouverte. Le groupe, hollandais, s’appelle Xystus. Ces musiciens sont inconnus de ce côté de la frontière mais il semblerait qu’ils aient un certain succès en Hollande, et après les avoir vu jouer, on en comprend les raisons : ces jeunes gens tiennent la route ! On notera la présence d’Emo, de Silent Edge – autre groupe de l’écurie DVS – à la basse, la formation cherchant toujours un titulaire à ce poste.
Chacun maîtrise son instrument et le groupe a le mérite de proposer des compositions intéressantes pour un début, bien que l’on sente parfois des réminiscences assez fortes d’autres groupes. On retiendra surtout la puissance des riffs et ce côté progressif qui ressurgit sur quelques breaks. Le meneur, chanteur-guitariste, assume bien ses trois rôles et s’il mène son groupe aussi bien que ce concert et si le groupe travaille à des compositions plus personnelles, alors le futur est prometteur. L’album de Xystus sort en janvier 2004 sur DVS Records. Là encore, voilà une très bonne surprise.

Succède à Xystus un groupe très attendu et visiblement très populaire ici : Andromeda . Deux ans après leur première venue à Baarlo, Johan Reinholdz et sa clique sont de retour, et c’est l’occasion pour eux de présenter au public leur nouveau bassiste, Fabian Gustavsson, dont c’est la première sortie. En tous cas, quel plaisir d’entendre les morceaux de II=I sur scène ! On sentait déjà sur album une certaine puissance, qui prend toute son ampleur en live. En un mot : intense !
David Fremberg assure très bien le rôle de frontman, la communication comme la présentation des musiciens, et se lâche comme il faut. Johan Reinholdz est quant à lui impressionnant d’aisance a la guitare, et Thomas Lejon est dans un grand jour. Lejon se trouve par ailleurs dans un véritable marathon puisqu’immédiatement après le set d’Andromeda, il doit remballer ses affaires pour se rendre à la convention de notre confrère Prog-Résiste à Verviers, où A.C.T occupe la tête d’affiche. Ce concert, l’un des meilleurs du festival, est un carton plein pour Andromeda et l’examen de passage est réussi pour Gustavsson qui semble avoir très bien intégré les compos du groupe.

La révélation du jour s’appelle Pagan’s Mind : avec la sortie toute récente de son deuxième album, Celestrial Entrance, la formation norvégienne a délivré un set parfait. Aidé par un son clair et puissant, le groupe nous donne l’occasion de découvrir d’excellents musiciens, dont le meilleur chanteur de ces deux jours : Nils K. Rue impressionne par sa facilité à passer d’un registre très aigü à des grognements death très réussis. Un son de guitare aussi réussi et un guitariste aussi talentueux font partie des éléments que tout bon groupe de metal progressif devrait avoir. Leur metal progressif assez musclé met la technique au service de la mélodie et offre des compositions solides et fouillées : définitivement le grand moment de ce festival.

At Vance ayant annulé, Everon, qui avait par le passé annulé deux fois sa participation, est appelé à la rescousse et offre une prestation que l’on suit avec beaucoup de plaisir, bien que manquant de présence scénique. Les titres ne sont pas particulièrement progressifs, mais qu’importe, ils sont de qualité. La finesse des chansons, l’intelligence des mélodies et le cœur mis à l’ouvrage font de ce concert un moment très agréable. Les multi-instrumentistes sont à l’honneur avec Oliver Phillips, le chanteur mentor du groupe qui frotte parfois aussi quelques cordes et assure également le clavier, toujours avec le sourire. Le groupe a par ailleurs invité une chanteuse allemande, pour un duo sur deux titres.

Elegy suit, avec Patrick Rondat. Malheureusement une fois de plus, la prestation du groupe est desservie par un volume sonore beaucoup trop fort et l’on distingue mal les interventions du guitariste. Etrangement le public, jusque là bien présent, répond moins aux demandes d’un Ian Parry qui fait pourtant montre d’une énergie redoutable. Pourtant le groupe n’est pas mauvais, loin s’en faut ! Le niveau technique est là, y compris chez les jeunes nouveaux batteur et claviériste, mais la faiblesse se situe au niveau des compositions : on a l’impression d’entendre le même titre et de n’avoir pratiquement rien retenu une fois le concert terminé. Du coup, après le spectacle, les impressions sont mitigées… c’est vraiment dommage ! Terminons cependant en rappelant à quel point Patrick Rondat a impressionné lors d’un hommage à Vivaldi.

Le temps passe et il est déjà temps d’accueillir la deuxième tête d’affiche du festival, Evergrey, qui connaît bien les lieux puisque Tom Englund et sa meute ont déjà fait trembler Baarlo deux fois par le passé. Cette fois encore, un seul mot peut résumer la prestation du groupe : puissance. Pour que le groupe débute son concert avec “Blackened Dawn“, un de leurs titres les plus denses, c’est que leur intention est claire : les Suédois ont furieusement l’intention de botter quelques postérieurs. Les hommes en noir sont tout à leur élément : la scène. Michael Håkansson doit cependant momentanément quitter cette dernière (il a été victime d’un accident de moto deux semaines avant le concert et n’est pas entièrement remis), obligeant le groupe à jouer “Trilogy Of The Damned“. Pour ce qui est du son, le début du concert ne ravit pas les musiciens mais le tout s’améliore au fur et à mesure, ce qui permet au groupe de se concentrer sur le concert et d’offrir une prestation riche en intensité mais là encore, pas de réelle surprise en dehors du départ involontaire d’Håkansson.

Ainsi, comme chaque année, le Prog Power a amené son lot de surprises et prouvé qu’il restait le festival numéro un pour le public progressif. Seul bémol, le son des groupes, dans l’ensemble, était vraiment perfectible. Un grand bravo donc à René Janssen et son équipe pour avoir su proposer une affiche une fois de plus très alléchante. Rendez-vous dans six mois au Headway pour la prochaine réunion progressive hollandaise !

Marcel Coenen et Anne-Gaëlle Villacroux
Propos recueillis et traduits par Dan Tordjman

Marcel Coenen est le guitariste de feu-Lemur Voice,
actuellement dans Sun Caged dont le premier album vient de sortir.

site web : http://www.progpower.com

retour au sommaire

Poster un commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir